Publicité

Confinements, vaccin: les mesures anti-Covid ont-elles été vraiment efficaces?

Des confinements plus efficaces que d'autres, des morts qui auraient potentiellement être évitées, des mesures au bénéfice coût-risque à réviser... Près de quatre années après l'éclatement de la crise du Covid-19, une étude vient tirer des leçons de la séquence particulièrement éprouvante pour les services de santé.

Les chercheurs du CHU de Bordeaux, de l'Inserm et de l'Inria ont estimé, dans une étude publiée ce mercredi 7 février par la revue Epidemics, les taux d'efficacité des différentes restrictions appliquées.

"Nous ne sommes pas positionnés pour aller critiquer, que ce soit de façon positive ou négative, ce qui a été fait", pose d'emblée le professeur en santé publique Rodolphe Thiébaut, responsable de cette étude.

Un constat est clair: le premier confinement a été la méthode la plus efficace pour freiner la transmission du virus, avec une réduction de l'ordre de 84%. S'il avait été mis en place une semaine plus tôt, il "aurait permis d'éviter 20.000 décès". Un enseignement qui, selon Rodolphe Thiébaut, souligne l'aspect exponentiel de la diffusion d'un virus.

D'autres mesures se sont traduites par une diminution des contaminations. C'est le cas des couvre-feux, particulièrement celui décrété à partir de 18 heures. Cette restriction à permis de diminuer de deux-tiers la propagation de l'épidémie. Le modèle d'un retour à domicile à 20 heures était moins efficace:

"Un couvre-feu débutant plus tôt réduit davantage la transmission, ce qui nous semble avoir du sens", souligne le chercheur. Il note un "écart assez significatif" entre les deux couvre-feux, à deux heures de différence.

Sans vaccin, "159.000 décès supplémentaires" potentiels

L'étude française met en avant l'importance "majeure" de la vaccination. Avec l'un de ses modèles, elle démontre qu'en l'absence de vaccin, 159.000 décès supplémentaires auraient pu être décomptés, mais aussi 1,48 million d'hospitalisations supplémentaire.

"Soit le double de décès, car l’épidémie a causé 116.000 décès dans notre pays et entraîné 460.000 hospitalisations (selon l’INSEE)", résume cette étude. Une donnée à utiliser à titre "d'illustration" selon le professeur. En effet, cette fiction ne prend pas en compte les mesures supplémentaires qui auraient pu être prises en l'absence des vaccins.

"Ce résultat met l’accent sur l’importance d’un déploiement rapide et précoce des vaccins", souligne Rodolphe Thiébaut.

Il est également supposé qu'une mise à disposition sous 100 jours, comme le prévoyait au départ la Coalition internationale pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi), aurait pu réduire de 80% le nombre de morts. De la même manière, les trois-quarts des hospitalisations auraient pu être évités.

D'autres facteurs à prendre en considération

Cette étude présente plusieurs limites, de l'aveu même de son auteur. Par exemple, elle ne prend pas en compte les éventuels coûts sociaux des mesures:

"Au niveau des confinements, il faut bien sûr évaluer les choses au-delà de cette étude, puisqu'on sait qu'ils ont aussi des impacts néfastes sur la santé, notamment mentale", appuie le chercheur.

Ce besoin de complémentarité pourrait également s'avérer important dans le cas de la fermeture des écoles. L'étude française remarque que la fermeture de celle-ci n'a permis de diminuer les contaminations "que" de 15%. Un impact "relativement faible", sans que "l'objet de l'étude" ne soit de dire "si (cette mesure, NDLR) était bonne ou mauvaise".

L'objectif est donc bel et bien de prendre du recul. Connaître l'effet des divers outils afin que les décisions politiques soient étayées par des observations objectives, dans l'hypothèse possible - mais pas désirée - d'une nouvelle pandémie mondiale. "Si ce travail ne servait à rien, tant mieux", s'amuse Rodolphe Thiébaut.

Article original publié sur BFMTV.com