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TOUT COMPRENDRE - Les raisons de la crise qui a emporté le gouvernement de Mario Draghi en Italie

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Mario Draghi et Sergio Mattarella à Rome le 21 juillet 2022.  - AFP PHOTO / QUIRINALE PALACE PRESS OFFICE
Mario Draghi et Sergio Mattarella à Rome le 21 juillet 2022. - AFP PHOTO / QUIRINALE PALACE PRESS OFFICE

Pour l'Italie, c'est la fin d'une parenthèse de près d'un an et demi de stabilité et l'entrée dans une énième zone de turbulences. Désavoué par trois des piliers soutenant son gouvernement d'unité nationale, le président du Conseil italien, Mario Draghi, en a été réduit à présenter sa démission au président de la République italienne, Sergio Mattarella, jeudi. La dissolution consécutive du Parlement va pousser à l'organisation d'élections anticipées à l'automne prochain - un scrutin à l'issue incertaine.

BFMTV.com ce vendredi revient sur les éléments de cette crise qui couvait depuis de longues semaines au sommet de l'État et menace de provoquer des répercussions à l'échelon européen.

• Que s'est-il passé?

Isolé à la tête de son exécutif, Mario Draghi n'avait plus les moyens de sa politique. C'est pourquoi jeudi matin, après un passage-éclair devant les députés, il a pris le chemin du Palais du Quirinal, à Rome, où il a remis la démission de son gouvernement au président de la République italienne, Sergio Mattarella.

"Mario Draghi a présenté sa démission et celle de son gouvernement. Le Président de la République en a pris acte", a laconiquement observé le communiqué publié aussitôt par le chef de l'État.

Un texte qui a scellé le destin de cette équipe arrivée au pouvoir le 13 février 2021, sur fond de crise sanitaire. Il faut noter d'ailleurs que c'était la seconde fois en une semaine que Mario Draghi proposait de partir, mais le 14 juillet dernier, Sergio Mattarella avait repoussé sa première démission.

Pour comprendre les événements de jeudi, il faut d'abord revenir une journée en arrière. Mercredi, Mario Draghi a en effet sollicité un vote de confiance des parlementaires afin d'introduire un second souffle dans les bronches d'un gouvernement en manquant cruellement. Certes, le président du Conseil a fini par l'obtenir... mais dans des conditions telles qu'il n'a pu y voir qu'un rejet de sa politique.

Trois des formations composant son gouvernement d'unité nationale ont refusé de lui accorder leur confiance, couvrant une grande part de l'échiquier politique - car à la droite du Forza Italia du revenant Silvio Berlusconi s'est ajoutée la défiance de l'extrême droite incarnée par la Lega de Matteo Salvini, et le défaut des inclassables du Mouvement 5 Etoiles.

• Pourquoi Mario Draghi a-t-il été lâché par ses partenaires?

Toutes ces formations avaient leurs raisons pour vouloir la chute du gouvernement. Dans un discours prononcé devant les sénateurs, et retranscrit mercredi par la correspondante du Figaro, Mario Draghi lui-même a listé quelques-uns des griefs formulés contre lui et la ligne qu'il défendait. "Les réformes du Conseil supérieur de la magistrature, du cadastre et des concessions de plage ont montré un effilochage progressif de la majorité sur la modernisation du pays", a-t-il lancé.

Comme le remarque encore Le Figaro la volonté de repenser l'attribution des concessions balnéaires ainsi que la libéralisation des taxis faisaient depuis longtemps figures de pommes de discorde entre la Lega de Matteo Salvini - qui refusait d'entendre parler de telles mesures - et Mario Draghi.

Au-delà, ce dernier n'entendait pas renoncer à ce paquet de réformes car leur réalisation est la condition sine qua non du déblocage par l'Union européenne d'un plan d'aide de 200 milliards d'euros à l'attention de l'Italie. Or, le pays qui traverse une situation économique particulièrement difficile, voit le coût de sa dette peser bien lourd et a subi de plein fouet une nouvelle vague de contaminations liées au Covid-19.

C'est d'ailleurs en constatant ces difficultés italiennes, que le M5S avait allumé la première mèche de ce nouveau bouleversement de la scène publique transalpine. Le mouvement a quant à lui reproché à Mario Draghi de ne pas aller assez loin sur la question sociale. Ainsi, le 13 juillet dernier, son patron - et ex-président du Conseil Giuseppe Conte - a fustigé le projet de relance économique et énergétique envisagé par l'exécutif. Il a évoqué un simple "chèque en blanc", comme l'a relayé ici le Guardian, insatisfait des fonds alloués.

Enfin, une dernière donne - géopolitique cette fois - a contribué au pourrissement de l'union nationale et à l'éloignement progressif de ses composantes: le dossier ukrainien. Mario Draghi, chaud soutien du pouvoir de Kiev, s'est vu contrarié sur ce point par l'opposition du M5S à l'envoi d'armes aux troupes ukrainiennes. Et côté droit, Silvio Berlusconi n'a jamais fait mystère de sa proximité avec Vladimir Poutine, construite lorsqu'il dirigeait lui-même les affaires italiennes. Quant à Matteo Salvini, il a par le passé dit son admiration pour le maître du Kremlin.

• Quelles sont les conséquences de la démission de Mario Draghi?

Dans l'allocution télévisée prononcée jeudi dans la foulée de l'annonce du départ de Mario Draghi, Sergio Mattarella a acté que ces différends avaient débouché sur des positions irréconciliables. Le président de la République italienne, qui avait pourtant adjuré son président du Conseil de tout tenter pour essayer de se rabibocher avec les uns et les autres il y a sept jours, a pointé "l'absence de soutien parlementaire au gouvernement et l'absence de perspectives pour donner naissance à une nouvelle majorité". Il a en conséquence dissous le Parlement.

Cette dissolution chamboule de fait le calendrier électoral italien. Alors que les prochaines élections législatives devaient se tenir au printemps 2023, elles auront donc lieu à la fin du mois de septembre ou, au plus tard, au début du mois d'octobre à venir.

Le résultat du scrutin s'annonce d'ores et déjà bien incertain. D'après un sondage de l'Institut SWG - et publié le 18 juillet soit trois jours toutefois avant la démission effective de Mario Draghi - 24% des projections actuelles vont au parti postfasciste dirigé par Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia. Viennent ensuite le Parti démocrate et ses 22%, les 14% de la Lega, puis les 11,2% dévolus au M5S. Avec un score de 7,4%, le Forza Italia paraît décrochée... Mais le total des intentions prêtées aux formations de droite et d'extrême droite font d'une coalition entre elles la favorite à la succession du gouvernement Draghi.

Le gouvernement présent reste d'ailleurs en place d'ici là pour expédier les affaires courantes, comme l'a souligné Sergio Mattarella dans sa prise de parole.

• Quelles ont été les réactions devant cette démission?

La défaite de Mario Draghi a suscité de nombreuses réactions. Avant même que son départ n'apparaisse comme inévitable, les Italiens avaient semblé faire bloc autour de lui. Tandis qu'une étude, citée ici, a montré que sept Italiens sur dix espéraient le voir aller au bout de son mandat, un collectif de maires a lancé une pétition de soutien dimanche dernier. L'appel a fini par récolter 2000 signatures d'élus de tous bords.

De surcroît, l'instabilité du contexte international actuel, les difficultés de l'économie, ont conduit les responsables européens à s'inquiéter au cours des dernières heures de la désertion forcée de cet économiste, ancien président de la Banque Centrale Européenne, et connu pour son orthodoxie budgétaire. Le commissaire (italien) à l'Economie, Paolo Gentiloni a même poussé l'amertume jusqu'à traiter d'"irresponsables" les partis ayant fait faux bond au président du Conseil, les accusant d'envoyer la péninsule s'enfoncer dans "une tempête parfaite".

Emmanuel Macron a été plus pondéré dans la déclaration qu'il a émise jeudi. Il a ainsi salué un "grand homme d'État italien", doublé d'un "partenaire de confiance". L'automne prochain dira si le président français peut encore trouver chaussure à son pied auprès du gouvernement de la Botte.

Article original publié sur BFMTV.com

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