Chasses traditionnelles : le revirement du gouvernement suscite la colère des défenseurs des animaux

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Un merle noir, une des cibles des chasses traditionnelles.

Après la décision du Conseil d'État estimant que certaines méthodes de chasse traditionnelle n’étaient pas conformes au droit européen, le gouvernement veut ré-autoriser certaines d’entre elles.

Entre la pression des chasseurs et celle des défenseurs des animaux, le gouvernement cherche un équilibre très difficile à trouver. Dernier sujet brûlant, celui de la chasse traditionnelle. Le gouvernement a interdit, à la fin du mois d’août, la chasse à la tourterelle des bois, qui avait été protégée par le Conseil d’État en 2020. En juin, la justice avait aussi déclaré illégale la chasse à la glu.

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En août, le Conseil d'État annulait plusieurs autorisations de chasse des vanneaux huppés, pluviers dorés, alouettes des champs, grives et merles noirs avec des filets (pantes, matoles) ou de cages (matoles), jugeant "que ces autorisations délivrées par le ministre chargé de l’environnement ne sont pas conformes aux exigences du droit européen relatif à la protection des oiseaux". Seule dérogation possible, si "il n’existe pas d’autre solution satisfaisante" pour capturer certains oiseaux. 

Or, le Conseil d'État, dans son arrêt, relevait que "le ministre n’a pas été en mesure d’établir que ces méthodes de chasse, certes traditionnelles, sont les seules permettant de procéder à la capture des vanneaux huppés, pluviers dorés, alouettes des champs, grives et merles noirs. Or, comme l’a précisé la Cour de justice de l’Union européenne en mars dernier, le seul motif de préserver ces méthodes de chasse dites 'traditionnelles' ne suffit pas à les autoriser".

D'importantes manifestations de chasseurs prévues

La décision suscite alors la colère des chasseurs, qui appellent à la mobilisation : des rassemblements sont organisés en août, et doivent passer à la vitesse supérieure à la rentrée. Le 18 septembre, plusieurs dizaines de milliers de chasseurs sont attendus partout en France pour protester contre cette interdiction, à Amiens, Caen, Forcalquier ou encore Mont-de-Marsan où 10 000 personnes sont attendues.

Une mobilisation qui reçoit le soutien d'élus locaux, comme dans les Landes où l'antenne locale du Parti Communiste appelle à la mobilisation. Dans un communiqué, des élus dénoncent "un nouveau coup dur porté aux pratiques cynégétiques et plus largement à notre ruralité, qui souffre d’un sentiment d’abandon. En zone rurale et même urbaine, les chasseurs jouent un rôle très important en matière environnementale. Ils assurent des missions d’intérêt général, en particulier dans la prévention des dégâts de gibier, et participent à la gestion, l’entretien et la préservation des milieux naturels. Principal réseau associatif du monde rural, la chasse contribue aussi à la vie économique et sociale de nos communes. Elle est un lieu où les barrières sociales s’effacent. Elle reste un élément important de notre culture populaire et du vivre-ensemble dans les Landes".

"C'est du cynisme politique"

Une mobilisation d'ampleur en perspective qui semble inquiéter le gouvernement. Pour tenter de calmer la grogne, le ministère de la Transition écologique a mis à consultation jusqu’au 6 octobre huit arrêtés pour la saison de chasse 2021-2022. Objectif, "sortir par le haut du débat sur les chasses traditionnelles en permettant au juge de se prononcer définitivement sur leur conformité au cadre légal européen sur la préservation des oiseaux", fait valoir le ministère.

Un choix du gouvernement qui fait bondir les défenseurs du bien-être animal. "C'est du cynisme politique. Emmanuel Macron défendait la biodiversité la semaine dernière à Marseille, et aujourd'hui il prend de tels arrêtés parce qu'il a peur des manifestations des chasseurs. Il fait le contraire de ce qu'il dit", déplore Yves Verilhac, directeur général de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO).

"Le gouvernement cherche à gagner du temps"

Les arrêtés prévoient d'autoriser le piégeage de 106 500 alouettes au moyen de pantes (longs filets horizontaux tendus en plein champ) et de matoles (cages tombantes) dans quatre départements du Sud-Ouest (Landes, Gironde, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques). Ainsi que celui de 1 200 vanneaux huppés, 30 pluviers dorés et 5 800 grives et merles à l’aide de filets rabattants ou de lacets à nœud coulissant. 

"Le gouvernement cherche à gagner du temps en faisant renoncer une partie des chasseurs aux manifestations, mais ils savent que sur le fond, leur arrêté sera cassé car il est illégal. Ils espèrent que le temps que la justice rende sa décision, la présidentielle sera passée", nous explique Yves Verilhac, directeur général de la Ligue de Protection des oiseaux. La LPO annonce par ailleurs un référé suspensif pour demander la suspension en urgence de l'application de ces arrêtés.

Xavier Bertrand en soutien aux chasseurs

L'un des principaux adversaires d'Emmanuel Macron dans l'hypothèse d'une candidature en 2022, Xavier Bertrand, s'est affiché récemment en soutien des chasseurs, souhaitant "inscrire les chasses traditionnelles au patrimoine mondial de l'Unesco".

L’ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot avait claqué la porte du gouvernement fin août 2018, critiquant notamment le poids des lobbies dont celui des chasseurs. Emmanuel Macron a de son côté a pris position à plusieurs reprises pour la chasse.

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