La charge contraceptive, un enfer pour les femmes ?

En France, les femmes sont les principales responsables de la contraception et endurent parfois des effets secondaires pénibles, voire très dangereux pour la santé. Faut-il masculiniser la contraception, ou encore la repenser complètement ?

Various methods of birth control.

“J’ai toujours porté la charge de la contraception, même quand j’étais en couple”, nous confie Lolita, étudiante de 23 ans. “Sur mes neuf partenaires sexuels, un seul a eu la gentillesse de prendre part à ma contraception de façon plus active. Je gère ma contraception hormonale, j’étais celle qui insistait pour que chaque rapport ait lieu avec un préservatif. J'achète même des préservatifs pour éviter qu'on me fassent le coup du : “Oups, j'ai oublié. On fait sans ?”. La jeune femme n’est pas la seule à dresser ce constat. Que ce soit la bédéiste Emma, ou les témoignages recueillis sur le compte Instagram « T’as pensé à », on retrouve le même schéma : les femmes sont les principales responsables de la contraception. Pilule, implant, dispositif intra-utérin (aussi appelé stérilet), diaphragme… Presque toutes les méthodes contraceptives accessibles en France - mis à part le préservatif - concernent les femmes. D’ailleurs, quand on cherche des chiffres sur la contraception en France, on se rend compte que les études et les statistiques sur le sujet concernent presque exclusivement les femmes. On croirait que les hommes sont exclus du processus de reproduction...

Pour Mireille Le Guen, démographe, si le poids de la contraception pèse sur les femmes, c’est en partie dû à la structure du système de santé français : “D’une part la contraception est principalement prescrite par les gynécologues, des médecins qui ont un contact privilégié avec les femmes. D’autre part, il y a une norme contraceptive qui conseille l'usage du préservatif en début de la vie sexuelle, puis la pilule quand on est dans une relation stable et le DIU (dispositif intra-utérin ndlr) une fois qu'on a atteint le nombre d'enfant souhaités.” Une norme genrée donc, puisqu’elle donne à la femme la responsabilité de la contraception dans le cadre d’un couple. Elle nuance toutefois : “Le rôle des hommes n’est pas visibles dans les études, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Aujourd’hui, nous ne savons pas dans quelle mesure les hommes participent à la contraception, s’ils partagent les frais, rappellent à leur compagne de la prendre ou si les effets secondaires sont discutés au sein du couple. »

Des effets secondaires gênants, voire même violents

“Sept ans de contraception m'ont épuisée moralement et physiquement” , poursuit Lolita. Passée par la pilule, l'anneau contraceptif, l'implant et le DIU hormonal, elle a subi des effets secondaires handicapants liés à ces méthodes : règles très douloureuses, malaises et contractions liées à la pose du DIU… Aujourd’hui encore, alors qu’elle prend la pilule dans le cadre d’un traitement contre l’endométriose, elle vit toujours avec des effets secondaires pénibles : “Tous les jours, à 21h, je prends des hormones qui démontent mon corps : j'ai de l'acné, j'ai pris énormément de poids, j'ai des règles particulières, et j'ai des sautes d'humeurs... J'aimerais tellement que la contraception soit portée par quelqu'un d'autre un jour, car je n'en peux plus.”

En France, la contraception hormonale est celle qui est la plus utilisée - on estimait la part des utilisatrices parmi les femmes de 15 à 49 ans à 33,2 % en 2016 - mais présente son lot d’effets secondaires gênants (douleurs aux seins, maux de tête, risque de problèmes veineux, baisse de la libido, changements d’humeur, terrain propice à la dépression…) voire beaucoup plus violents...

Sabrina Debusquat, journaliste devenue experte en matière de contraception et autrice de “J’arrête la pilule” (2017) a rassemblé de nombreux témoignages de femmes souffrant de leur contraception avec le hashtag et le compte #PayeTaContraception sur Twitter. “J’ai constaté au cours de mes enquêtes une minimisation, voire une fatalisation des symptômes liés à la contraception par certains médecins” explique-t-elle. Il y a une omerta et des non-dits que les femmes ressentent.” Des risques qui ne sont souvent pas connus des femmes, qui ont pourtant consulté un praticien avant d’utiliser une contraception : “La plupart des femmes n'ont pas lu la notice de la pilule et leurs médecins ne leur a pas fait le détail de tous les effets, ajoute-t-elle. Pourtant, les effets secondaires peuvent être très graves : cancer du sein, accident thrombotique, AVC, embolie pulmonaire. La pilule aurait aussi des effets génotoxiques, c’est-à-dire qu’il pourrait modifier notre ADN sur le long terme…” D’après les recherches de la journaliste, les chiffres des victimes de la pilule et des autres contraceptions hormonales sont aussi largement sous-estimés. L’agence française du médicament estimait à 20 le nombre de décès par an lié à la pilule de 2000 à 2011, des chiffres qui sont incomplets pour Sabrina Debusquat : “Cette estimation ne prend en compte que les décès en milieu hospitalier et ni toutes les méthodes contraceptives hormonales. D’après mes calculs, réalisés avec une toxicologue habituée à l'exercice, il y aurait 3050 femmes qui finissent à l’hôpital et 83 décès par ans. Et ce sont des hypothèses basses.”

Des victimes minimisées, mais pourtant bien réelles. La preuve : les témoignages sur le site de l’association des victimes d’embolie pulmonaires et d’AVC. On citera le cas de Leila, 29 ans, qui raconte : “La pilule contraceptive a failli me coûter la vie en juin 2017” écrit-elle. Victime d’une embolie pulmonaire, elle a dû rester hospitalisée deux semaines et un an sous traitement anticoagulant. Aujourd’hui, elle a récupéré 80% de sa capacité pulmonaire après l’accident. Elle conclut : “Nous ne sommes pas assez renseignés sur les dangers des moyens de contraception.” Des histoires de la sorte, il y en a des centaines sur le site de l’AVEP. Parfois les séquelles sont très graves (hémiplégie, aphasie, handicap…) et peuvent aller jusqu’au décès. Pourtant, les contraceptifs hormonaux sont toujours largement prescrits… faute de mieux ?

“On nous dit que les pesticides sont dangereux pour notre santé, mais pas la pilule, c’est absurde” s’offusque Sabrina Debusquat. Dans son dernier ouvrage “Marre de souffrir pour ma contraception” (2019), elle invite l’Etat à promouvoir des méthodes contraceptives sans effets secondaires qui existent déjà et en inventer de nouvelles, plus respectueuses des corps, de leur fonctionnement hormonal et de l’environnement : “Il faut mettre de l'argent sur la table et développer de nouveaux moyens de contraception. Il n'y a pas de raison qu'une femme qui n'est pas éduquée sur ces questions ait une contraception avec plein d'effets secondaires. Je n'ai pas envie de me résigner à ça ! Il y a plein de pistes à explorer, notamment du côté de la contraception masculine” finit-elle.

Les progrès de la contraception masculine

En matière de contraception masculine, les options sont moins nombreuses, même si de nouvelles techniques émergent. Le plus fréquent reste le préservatif - utilisé par 15,5% des femmes de 15 à 49 ans selon le baromètre de santé publique France en 2016 – et la vasectomie qui concerne 0,8% des hommes en France selon les chiffres des Nations Unies. D’autres méthodes existent, mais elles sont confidentielles et peu accessibles : les injections hormonales, prescrites par deux médecins en France le Professeur Soufir, andrologue à l’hôpital Cochin de Paris et le Docteur Mieusset andrologue à Hôpital Paule de Viguier à Toulouse et le slip contraception thermique, seulement prescrite par le Docteur Mieusset.

Le meilleur moyen de se renseigner sur le domaine est sûrement de se tourner vers L’Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine (ARDECOM). Pablo Sedan, 36 ans, a découvert le ”slip Boulocho”, (communément appelé “slip chauffant”), par le biais de l’association. Il a adopté ce dispositif de contraception thermique depuis six mois : “Je pense que la majorité des femmes que je connais, n’hésiterait pas une seconde si elle devaient troquer leur méthode de contraception pour porter un slip plusieurs heures par jour” confie-t-il. Ledit slip, fabriqué sur mesure, remonte les testicules à l’intérieur du corps, ce qui a pour effet, grâce à la chaleur, de réduire drastiquement la production de spermatozoïdes et donc de garantir l’infertilité temporaire du porteur. Même s’il doit être porté quinze heures par jour, c’était une alternative très avantageuse pour Pablo : “C’est une méthode non hormonale, non invasive, qui demande seulement de la rigueur. Contrairement aux femmes qui se rendent compte de l’inefficacité d’une méthode avec une grossesse non-désirée, les hommes peuvent s’assurer de l’efficacité d’une méthode grâce à un spermogramme (test pour compter le nombre de spermatozoïdes dans un éjaculat ndrl)” . Quand on le questionne sur ce choix contraceptif, il explique : “Je suis dans un couple stable et les contraceptions auxquelles ont accès ma compagne sont très rudes pour elles. Mais au delà de ça, je voulais prendre en main ma fertilité.” Et de conclure : “C’était très important pour moi de me poser la question ‘Est-ce que je souhaite des enfants’ de moi à moi, au-delà de l’avis de ma compagne.” Dans ce domaine, l’avenir s’annonce plutôt prometteur. Plusieurs méthodes sont en cours de développement à l’instar de la pilule masculine, ou des novateurs valve à spermatozoïdes et Vasalgel... Même si ce n’est pas pour tout de suite.

Belinda Mathieu