A Caracas, les habitants n'ont pas un accès régulier à l'eau courante

Dans l'un des principaux hôpitaux publics de Caracas, la plupart des salles de bain sont fermées et les patients remplissent des carafes à partir d'un petit robinet au rez-de-chaussée, où coule parfois un mince filet d'eau. Les interventions chirurgicales sont reportées ou annulées. /Photo prise le 14 août 2018/REUTERS/Marco Bello

CARACAS (Reuters) - Dans l'un des principaux hôpitaux publics de Caracas, la plupart des salles de bain sont fermées et les patients remplissent des carafes à partir d'un petit robinet au rez-de-chaussée, où coule parfois un mince filet d'eau. Les interventions chirurgicales sont reportées ou annulées.

"Je suis allée au bloc opératoire, j'ai ouvert le robinet pour me laver les mains, comme avant chaque opération, et rien n'est sorti", raconte Lina Figueria, une gynécologue de l'hôpital de l'Université centrale du Venezuela.

Les coupures d'eau viennent s'ajouter à la malnutrition, l'hyperinflation et l'émigration, conséquences directes de la crise économique qui touche les Vénézuéliens depuis cinq ans.

Les défaillances du réseau hydraulique à Caracas sont dues à l'absence de maintenance qui s'est aggravée ces derniers mois, privant les trois millions d'habitants de la capitale d'un accès régulier à l'eau courante.

A Caracas, située dans une vallée à 900 mètres d'altitude, l'eau est pompée majoritairement en profondeur. Mais les pompes n'ont pas été entretenues, les pièces de rechange manquent et les caisses de l'Etat sont vides.

"Pendant des années, le processus de dégradation n'était pas visible. Mais aujourd'hui, les réseaux d'alimentation en eau sont très endommagés", explique José de Viana, ancien président d'Hidrocapital, l'entreprise publique de gestions des eaux à Caracas.

Le gouvernement de Nicolas Maduro accuse régulièrement la droite vénézuélienne de se rendre coupable d'opérations de sabotage entraînant les coupures d'eau.

Le ministre de l'Information, Jorge Rodriguez, a annoncé en juillet un "plan spécial" pour régler ce problème, sans fournir plus de détails.

Le manque d'eau - et les robinets d'où jaillit parfois un liquide marronâtre - suscite des craintes pour la Santé des habitants, déjà exposés au manque de médicaments et de vaccins.

Selon une étude publiée ce mois-ci par deux organisations non gouvernementales vénézuéliennes, 75% des habitants de Caracas disent ne pas recevoir l'eau courante. Environ 11% des personnes interrogées pensent que l'eau insalubre leur a causé des problèmes de peau et de digestion.

Les conséquences pour la santé publique sont difficiles à évaluer, vu que le ministère de la Santé ne publie plus de statistiques hebdomadaires, mais les médecins affirment que les cas de gale et de diarrhées sont en hausse.


(Andreina Aponte; Arthur Connan pour le service français, édité par Tangi Salaün)