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Canons Caesar, chars Leopard... Ces "lignes rouges" de Moscou déjà franchies par les Occidentaux en Ukraine

Emmanuel Macron a entrouvert la porte lundi soir à un éventuel déploiement de soldats français et occidentaux en Ukraine. Une décision perçue comme une "ligne rouge" à ne pas franchir pour le Kremlin, sauf à risquer une extension du conflit qui serait alors "inévitable". Mais depuis deux ans, plusieurs de ces mises en garde ont finalement été écartées par les alliés.

Un pas de plus dans le soutien à l'Ukraine? Emmanuel Macron a assuré ce lundi 26 février dans la soirée ne pas "exclure" l'envoi de troupes militaires sur le sol ukrainien. "Il n'y a pas de consensus aujourd'hui pour envoyer de manière officielle, assumée et endossée des troupes au sol. Mais en dynamique rien ne doit être exclu", a-t-il déclaré, à l'issue d'une conférence internationale de soutien à l'Ukraine et un peu plus de deux ans après le début de l'invasion russe en Ukraine.

C'est la première fois qu'un dirigeant occidental évoque de manière si claire et directe le déploiement de soldats en Ukraine. "Nous ferons tout ce qu'il faut pour que la Russie ne puisse pas gagner cette guerre", a-t-il prévenu, rappelant que depuis mars 2022 plusieurs étapes décisives dans l'aide militaire à l'Ukraine ont été franchies, mois après mois, par les Occidentaux.

Le Kremlin a réagi ce mardi matin expliquant que l'envoi de troupes occidentales en Ukraine ne "serait absolument pas dans l'intérêt de ces pays. Ils doivent en être conscients". Moscou a souligné au passage qu'il n'y avait "pas de consensus" à ce sujet chez les Occidentaux.

"Beaucoup de gens qui disent: 'Jamais, jamais' aujourd'hui étaient les mêmes qui disaient: 'Jamais des tanks, jamais des avions, jamais des missiles à longue portée' il y a deux ans", avait déclaré lundi soir Emmanuel Macron, listant ces lignes rouges qui pourraient amener à une extension du conflit, déjà franchies par l'Occident.

Une aide qui évolue dans le temps

La décision occidentale de se tenir militairement aux côtés de l'Ukraine a été prise rapidement après le début de ce que Moscou appelle encore une "opération militaire spéciale."

Dès fin avril 2022, sur la base américaine de Ramstein, en Allemagne, 40 pays alliés de l'Ukraine se sont réunis pour accélérer les livraisons d'équipements militaires. Deux ans plus tard, cette aide avoisine, pour les États-Unis et les pays européens, les 100 milliards d'euros.

Début 2023, une nouvelle étape occidentale a été franchie, peu avant le premier anniversaire du conflit, lorsque la décision d'envoyer une centaine de chars Leopard en Ukraine a été prise par plusieurs pays dont l'Allemagne, qui en tant que pays producteur conservait un droit de regard sur la cession des tanks et laissait sa réponse se faire attendre.

Cet engin, au blindage particulièrement lourd est un excellent rempart face aux roquettes et aux mines, plus lourd de 20 tonnes en comparaison de ceux utilisés par l'armée ukrainienne, était réclamé de longue date par Volodymyr Zelensky.

À la centaine de chars Leopard promis, il faut également ajouter une trentaine de chars Abrams de manufacture américaine ainsi qu'une quinzaine de chars lourds Challenger britanniques. Alors qu les annonces concernant les chars lourds se multipliaient, la Russie a bien tenté de tracer de nouveau une ligne rouge, signifiant que ces livraisons seraient une "provocation", sans succès.

Missiles de longue portée

Autre étape majeure, l'annonce par Emmanuel Macron en juillet 2023 de la livraison de missiles Scalp à l'Ukraine, des missiles longue portée également réclamés de longue date par Kiev.

Détail d'importance, les modèles fournis à l'armée ukrainienne ne sont pas ceux utilisés par la France dont la portée est de 500 kilomètres. Il s'agit de la version d'une portée de 250 kilomètres, avait précisé le ministre des Armées Sébastien Lecornu.

Cette distance permet de frapper, en usage défensif, les zones situées dans l'Est du pays aujourd'hui contrôlées par les Russes. Elle exclue toute utilisation pour frapper la Russie sur son territoire.

En février 2024, Emmanuel Macron a également annoncé la création d'une "coalition" pour fournir plus de "missiles et bombes de moyenne et longue portée" à l'Ukraine. Pour ce dernier, l'objectif était clair, former une coalition pour frapper la Russie "dans la profondeur". À ces annonces, Moscou a une nouvelle fois promis des "contre-mesures" à ces livraisons.

Autre signe de la tenue de la France aux côtés de l'Ukraine, la livraison de canons Caesar depuis le début de l'année 2023. Si l'exécutif avait promis une trentaine de canons, début 2024, le ministère français des Armées a promis d'en produire 78 autres à destination de Kiev en moins d'un an.

Paris avait déjà fourni 18 canons de ce type à Kiev. Ces obusiers sont particulièrement appréciés pour leur maniabilité: ils sont directement montés sur un camion. Ils ont une portée de 40km et chaque canon dispose de son propre calculateur balistique ainsi que de son système de navigation.

Pas de consensus sur les avions

Une ultime étape n'est pas entièrement tranchée, à date, par les Occidentaux: celle des avions de chasse. Si les Allemands et Américains ont dès le départ posé leur véto à cette hypothèse, Emmanuel Macron a ouvert la porte à un envoi début 2023.

"Je n'exclus absolument rien." Mais "ça ne correspond pas aujourd'hui aux besoins, avait-il assuré à la presse à l'issue d'un Conseil européen extraordinaire.

Depuis, le feu vert a été donné à plusieurs pays européens pour livrer ces appareils à l'Ukraine. En avril 2024, Berlin avait ainsi donné son feu vert jeudi à la Pologne pour qu'elle livre à l'Ukraine cinq chasseurs MiG-29 qui appartenaient avant à la RDA.

Fin mars la même année, la Slovaquie et la Pologne ont commencé à livrer à l'Ukraine des avions de chasse Mig-29 de conception soviétique. Aucun avion occidental moderne, réclamé par Kiev, n'a encore été livré, même si plusieurs pays occidentaux, comme le Danemark, ont affiché des ouvertures en ce sens.

"Cela ne change rien à notre analyse. (...) Ce n'est pas sur la table", a-t-il dit à des journalistes, rappelant que le président Joe Biden s'était alors opposé publiquement à la livraison d'avions de combat à l'Ukraine.

Ce mardi, après la sortie d'Emmanuel Macron concernant les troupes au sol, Moscou a une nouvelle fois fait part de son désaccord. Le porte parole du Kremlin a fait savoir que cette hypothèse "pas dans l'intérêt" des Occidentaux, "ils doivent en être conscients."

Article original publié sur BFMTV.com

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