La Bulgarie soupçonne une implication russe dans l'explosion de dépôts d'armes

par Tsvetelia Tsolova
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par Tsvetelia Tsolova

SOFIA (Reuters) - Le parquet bulgare a déclaré mercredi rassembler des éléments sur la possible implication de six Russes dans quatre explosions survenues entre 2011 et 2020 dans des dépôts d'armes en Bulgarie abritant des munitions destinées à l'Ukraine et à la Géorgie.

Les procureurs bulgares peuvent raisonnablement envisager un lien entre ces explosions, une tentative d'empoisonnement du négociant en armes bulgare Emilian Gebrev en 2015 et des explosions dans un dépôt de munitions en République tchèque en 2014, a dit une porte-parole.

Les six suspects russes se trouvaient en Bulgarie à peu près aux dates à la fois des explosions des dépôts de munitions et de la tentative d'empoisonnement d'Emilian Gebrev, a déclaré Siyka Mileva au cours d'une conférence de presse.

"Les éléments rassemblés jusqu'à présent pointent, avec un degré élevé de crédibilité, vers la conclusion selon laquelle l'objectif des actions des ressortissants russes était d'interrompre les livraisons (en munitions) vers la Géorgie et vers l'Ukraine", a-t-elle dit.

"Des éléments continuent d'être rassemblés sur la complicité de ces six ressortissants russes", a-t-elle ajouté, sans fournir l'identité de ces suspects ni toute autre précision à leur sujet. Elle a simplement déclaré que trois Russes inculpés de la tentative d'empoisonnement d'Emilian Gebrev appartenaient probablement aux services secrets russes.

L'Ukraine est en proie depuis 2014 à une rébellion armée de séparatistes prorusses dans l'est de son territoire et la Russie a annexé cette même année la région ukrainienne de Crimée. La tension reste par ailleurs forte entre la Géorgie et la Russie depuis la guerre qu'elles se sont livrée en 2008.

Siyka Mileva a déclaré que les procureurs bulgares étaient en contact avec leurs homologues tchèques pour établir un lien éventuel entre les événements survenus en Bulgarie et les explosions dans un dépôt en République tchèque, où étaient aussi stockées des munitions appartenant à Emilian Gebrev.

LA RUSSIE REJETTE LES ACCUSATIONS

Les autorités tchèques ont ordonné la semaine dernière le départ de l'essentiel du personnel diplomatique russe à Prague après avoir accusé des agents secrets pour l'explosion du dépôt de munitions. En représailles, la Russie a elle aussi expulsé des diplomates tchèques. La Bulgarie a exprimé sa solidarité avec Prague.

Moscou qualifie les accusations tchèques d'absurdes et le ministre russe des Affaires étrangères a rejeté mercredi l'enquête bulgare.

"Soit les Bulgares ne savaient rien et seulement maintenant, après que la République tchèque a fait état de l'incident de 2014, ils ont décidé de se rendre plus intéressants que les Tchèques et sont allés fouiller plus loin", a dit Sergueï Lavrov à des journalistes. "Ou alors ils savaient depuis tout ce temps mais ne l'ont pas rendu public pour une raison quelconque."

D'après le parquet bulgare, il n'y a pas d'explication évidente et technique à l'explosion d'un dépôt d'armes appartenant à EMCO, entreprise d'Emilian Gebrev, en 2011, à deux explosions ayant frappé en 2015 l'entreprise publique d'armement VMZ ni à une quatrième dont a été victime la compagnie privée Arsenal en 2020.

Ces explosions ont toutes été déclenchées à distance à la suite d'incendies que les auteurs des faits ont apparemment provoqués de manière à permettre aux employés de ces sites de partir à temps afin d'éviter des victimes, a dit Siyka Mileva.

"Dans ces quatre explosions, la production destinée à être exportée vers la Géorgie et vers l'Ukraine a été détruite", a-t-elle déclaré.

Dans un communiqué, EMCO a déclaré que les munitions détruites dans son dépôt en 2011 n'étaient pas destinées à la Géorgie et la société a démenti tout lien avec les explosions chez VMZ. EMCO a exhorté le parquet à rechercher les véritables causes de ces incidents.

(Avec Gabrielle Tetrault-Farber à Moscou; version française Bertrand Boucey, édité par Jean-Stéphane Brosse)