Brexit : pourquoi voir des artistes britanniques en France va devenir beaucoup plus compliqué

Laetitia Reboulleau
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LONDON, ENGLAND - DECEMBER 16:  Sir Paul McCartney performs live on stage at the O2 Arena during his 'Freshen Up' tour, on December 16, 2018 in London, England. (Photo by Jim Dyson/Getty Images)
(Photo by Jim Dyson/Getty Images)

La situation actuelle du monde de la musique est bien compliquée à cause de la crise sanitaire. Covid-19 oblige, les concerts sont momentanément interrompus, depuis plusieurs mois et pour une durée indéterminée. Mais en plus de cela, les artistes britanniques doivent subir les conséquences du Brexit, qui vont rendre leurs déplacements en Europe bien plus complexes.

Ça y est, c'est officiel, le Brexit a eu lieu et le Royaume-Uni a définitivement quitté l'Union Européenne, et cela va changer bien des choses pour les touristes comme pour les entreprises et les professionnels. Mais, de l'autre côté de la Manche, ce sont les artistes qui crient leur inquiétude, et ce depuis plusieurs jours. Déjà fortement impactés par l'interruption des concerts liée à la Covid-19, ils se retrouvent désormais confrontés à une situation particulièrement compliquée pour préparer leurs futures tournées en Europe.

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Passeport, visa et assurance

Depuis que le Brexit est officiellement entré en vigueur, les artistes britanniques qui voudront se produire en France ou ailleurs en Europe vont devoir se munir de toutes sortes de documents : outre un passeport qui expire dans plus de six mois, ils devront également souscrire à des assurances pour chaque pays visité, afin de se protéger en cas de problème. Ils devront également faire des demandes d'un visa de travail différent pour chaque pays, puisque les règles ne sont pas les mêmes en France, en Belgique ou en Allemagne.

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Mais ce n'est pas tout : les musiciens devront également prévoir des documents pour pouvoir se déplacer avec leurs instruments. Ainsi que l'a expliqué le compositeur Howard Goodall sur Twitter : "Si vous jouez d'un instrument, vous devrez vous munir d'un ‘Carnet ATA’ pour franchir les frontières européennes." Ces carnets se demandent auprès de la Chambre de commerce et d'industrie de Londres et coûtent 351,60£ par instrument (ou 562,80£ pour l'obtenir en moins de 2h), et ont une durée de vie de douze mois. Un sacré investissement, donc, en particulier pour ceux et celles qui ne disposent pas encore d'une grande notoriété, ou encore pour les groupes qui doivent se déplacer avec plusieurs instruments. Typiquement, les guitaristes ou les bassistes se déplacent généralement avec plusieurs instruments, et devront donc payer cette somme pour chacun d’entre eux.

Ce qui inquiète particulièrement les artistes, outre les différents points administratifs à ne pas oublier avant de pouvoir se déplacer, est la crainte d'être mis à l'écart par les organisateurs d'événements en Europe. En effet, pourquoi se compliquer la vie avec des démarches parfois coûteuses pour faire venir un groupe d'Angleterre, quand un groupe venu d'Allemagne ou d'Espagne sera nettement plus simple à accueillir ?

Un passeport spécial pour les artistes ?

De façon à pouvoir faciliter l'ensemble des démarches imposées aux artistes, notamment à l'occasion de tournées qui pourraient les amener à visiter plusieurs pays d'Europe, une pétition a été lancée à l'intention du gouvernement britannique. Le document, qui a déjà recueilli plus de 220 000 signatures, demande à ce que "les professionnels, les groupes, les musiciens, les artistes, les célébrités de la télévision et du sport" soient exemptés de visa pour travailler en Europe. Le chanteur britannique Tim Burgess fait partie des grands soutiens de la pétition, et l'a affirmé sur Twitter : "L’industrie musicale britannique a contribué à notre économie à hauteur de 5,8 milliards de livres en 2019. Pour que cela continue, nous devons pouvoir faire des tournées en Europe."

Toutefois, à l'heure actuelle, ce passeport spécial n'est pas encore ne serait-ce qu'envisagé. Aussi, lorsque les concerts pourront reprendre dans le monde entier, bon nombre d'artistes anglais risquent de se retrouver contraints à bouder la France et le reste de l'Europe.

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