Publicité

Boxe: Pourquoi il ne faut pas rater le combat de Kenshiro Teraji, pépite cachée du noble art

Les recenser donne un grand sourire aux amoureux de belle boxe. Il y a le joyau destructeur Naoya Inoue, l’homme qui a unifié les quatre ceintures des coqs puis des super-coqs. Il y a l’expérimenté Kazuto Ioka, premier représentant du pays champion du monde dans quatre catégories. Il y a l’explosif Junto Nakatani et l’excellent Kosei Tanaka, respectivement en quête d’un sacre dans une troisième et quatrième divisions de poids dans un mois. Il y a les frères Shigeoka, Yudai et Ginjiro, qui possèdent la moitié des quatre titres chez les pailles. Il y a aussi le génial Kenshiro Teraji, champion unifié WBC-WBA-The Ring des mi-mouches qui remet sa triple couronne en jeu ce mardi à Osaka face au Vénézuélien Carlos Canizales.

>> Vivez le choc Teraji-Canizales avec les offres RMC Sport

Dresser la liste des meilleurs boxeurs japonais du moment revient à dresser celle des plus beaux représentants des petites catégories. Place forte du noble art, où il remplit des salles, fait des cartons d’audience et génère une économie florissante, le Japon fournit pépite sur pépite dans les divisions de poids les plus légères. Avec chaque fois une garantie de spectacle et d’excellence pugilistique. Prochain de cordée? "The Amazing Boy", Kenshiro Teraji (22-1, 14 KO; 32 ans). Qui porte bien son surnom. Si vous ne le connaissez pas, ouvrez grand les yeux. Ils vont vite être ébahis.

Cette impression de voir un artiste à l’œuvre. Immense palette technique, créativité, variété des coups, vitesse supersonique, grosse puissance pour sa catégorie, jeu de jambes et déplacements fabuleux, gestion de la distance maîtrisée sur le bout des gants, timing contrôlé, changements de rythme, capacité à placer des gros contres et à créer les angles quand il le fait, jab varié et hyper efficace, combinaison one-two (voir plus) belle comme une symphonie, coups au corps qui martyrisent l’adversaire: Teraji possède tout ce qui fait un grand boxeur. Un talent XXL façonné depuis des années.

Fils de Hisashi Teraji, ancien champion du Japon chez les moyens et champion Oriental and Pacific (OPBF) chez les mi-lourds, le garçon marche dans les traces de son paternel – qui a pris sa retraite huit ans après sa naissance – et débute une carrière amateur (58-16) avant de basculer chez les professionnels en 2014. Champion WBC Youth à son cinquième combat, champion du Japon au sixième, champion POBF au huitième, il connaît sa première chance mondiale chez les mi-mouches à sa dixième sortie, en mai 2017, et arrache la couronne WBC au Mexicain Ganigan Lopez après douze rounds accrochés. Son règne a débuté. Huit défenses victorieuses suivent, dont une revanche face à Lopez mis TKO dès le deuxième round, avant le seul accroc sur la route.

Amoindri part les effets du Covid-19, Teraji lâche son titre à son compatriote Masamichi Yabuki par arrêt de l’arbitre lors de la dixième reprise en septembre 2021. Un revers vengé dès le combat suivant, six mois plus tard, quand il reprend le trône à Yabuki en lui mettant un énorme KO au troisième round. Avant de signer sa victoire signature en infligeant un TKO au septième à son compatriote invaincu Hiroto Kyoguchi – autre gros talent récent de la boxe japonaise – pour ajouter le titre WBA et la prestigieuse ceinture The Ring (la plus légitime selon les spécialistes) dans son armoire à trophées.

Un succès qui lui offre le statut de meilleur mi-mouche de la planète. Qu’il n’a pas lâché depuis avec une paire de TKO en plus sur son CV, le dernier face au Sud-Africain Hekkie Budler, ancien champion du monde dans deux catégories. Face à Canizales, Teraji disputera son quinzième combat pour un titre mondial chez les pros, pour un bilan de 13-1. Moins que Canelo Alvarez (24), Naoya Inoue (21) ou Terence Crawford (18) mais plus, par exemple, que le champion unifié des lourds et ancien champion incontesté des lourds-légers Oleksandr Usyk (10). "The Amazing Boy" a battu au moins une fois tous les hommes qu’il a croisés en face en carrière et terminé avant la limite plusieurs champions du monde (Ganigan Lopez, Milan Melindo, Masamichi Yabuki, Hiroto Kyoguchi et Hekkie Budler).

Voilà pour les accomplissements. Qui pourraient lui faire mériter une place dans le top 10 de la boxe toutes catégories confondues. Mais ils sont peu à le placer dans ce classement subjectif. Question de gabarit et de manque de respect envers les petites catégories. Le même boxeur plus gros/plus grand serait sans doute considéré. Même les cadors Naoya Inoue ou Roman "Chocolatito" Gonzalez ont dû enchaîner les sacres à différents poids et les performances extraordinaire pour enfin être reconnus à leur juste valeur… Pour enfin l’être, Teraji sait qu’il va devoir aller chercher plus. Avec déjà un but dans le viseur pour celui qui cite Inoue, pourtant plus jeune, comme source d’inspiratio: détenir toutes les ceintures majeures pour le premier champion incontesté de l’histoire des super-mouches, dont les premiers champions ont été sacrés en 1975.

Il aurait pu ajouter le titre WBO l’an dernier mais le détenteur de cette ceinture, le Porto-Ricain Jonathan Gonzalez, s’est retiré d’un combat prévu entre les deux en raison d’un mycoplasme. Le titre, IBF, appartient aujourd’hui au Mexicain Adrian Curiel, qui a détrôné à la surprise de beaucoup le Sud-Africain Sivenathi Nontshinga en novembre (revanche prévue le 16 février). Et si le Japonais ne peut pas les défier, l’autre option consistera à monter chez les mouches pour aller chercher un nouveau défi. Avec l’envie – partagée par les amoureux de boxe – de partager le ring avec le champion unifié IBF-WBO de cette catégorie, le fabuleux Jesse "Bam" Rodriguez.

Si la volonté de ce dernier de revenir chez les super-mouches pourrait mettre un frein à cette idée, Teraji est même prêt à traverser le Pacifique pour la première fois de sa carrière pro (il a seulement combattu dans son pays) pour obtenir cette chance. "Je ne veux pas encore penser à un tel combat, confie-t-il sur le site de The Sporting News. Mais s’ils veulent que je boxe en dehors du Japon, je serais heureux de combattre n’importe où. Je veux devenir champion incontesté mais monter de catégorie semble intéressant si je ne peux pas obtenir les combats pour unifier les mi-mouches. Je veux juste remporter le plus de ceintures possibles."

Et celui qui annonce vouloir "combattre trois fois cette année" de préciser pour The Ring: "Après Canizales, j’aimerais un combat d’unification ou monter chez les mouches. J’aimerais ajouter de nouvelles ceintures à ma collection avant la fin de l’année." Il faudra d’abord écarter Carlos Canizales (26-1-1, 19 KO; 30 ans), qui reste sur quatre victoires dont la dernière face au très coté (et alors invaincu) Daniel Matellon depuis sa défaite surprise face à Esteban Bermudez en mai 2021 et la perte du titre WBA qu’il avait remporté… contre un Japonais (Reiya Konishi) au Japon en mars 2018.

En trois combats face à des boxeurs nippons, dont deux chez eux, le Vénézuélien n’a jamais perdu. De quoi motiver la pépite en face, qui devra assumer son statut d’immense favori pour les bookmakers. 'Je suis excité car c’est un très bon combattant., un ancien champion du monde qui n’a jamais perdu contre un boxeur japonais, rappelle Teraji. Il a combattu partout dans le monde. Il est dur, il a du cœur, un bon jeu de jeu de jambes et un punch puissant. Mais je pense faire tout mieux que lui. Il va être surpris." Si vous n’avez jamais vu Kenshiro Teraji en action dans un ring, vous le serez aussi. Les talents rares ont tendance à provoquer ce sentiment quand on les découvre.

Article original publié sur RMC Sport