Boulangers, bouchers, restaurateurs... Peuvent-ils être les nouveaux gilets jaunes ?

Photo d'illustration (Photo by John MACDOUGALL / AFP)
Photo d'illustration (Photo by John MACDOUGALL / AFP)

Artisans et commerçants s'alarment de l'avenir de leur profession avec la flambée des coûts de l'énergie. Des actions locales sont lancées, avant une manifestation prévue à Paris le 23 janvier.

Un mouvement né hors syndicat, de professions peu habituées à se mobiliser pour protester contre la flambée des coûts de l'énergie, qui se structure localement avant de donner rendez-vous à Paris. La mobilisation des boulangers, suivie d'autres indépendants comme les bouchers ou les restaurateurs, a un goût de gilets jaunes, quatre ans après le début du mouvement lancé pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant.

La mèche a été allumée par les boulangers, inquiets de l'avenir de leur métier face à la flambée des prix de l'électricité, avec des factures multipliées par 10 ou plus. Une grogne concrétisée localement, avec la mobilisation de boulangers comme à Rieux, où Julien Pedussel a alerté sur le sort de sa profession en se rendant... à un rond-point pour une opération de distribution de viennoiseries, afin d'alerter l'opinion publique.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Un appel de boulangers à "entrer en résistance"

Dans les médias, les cris d'alerte de boulangers, bouchers ou encore restaurateurs se multiplient pour demander un bouclier tarifaire à l'État. De là à donner naissance à un mouvement d'ampleur ? "En 2018, les Gilets jaunes sont apparus avec une revendication claire, la lutte contre la hausse des prix des carburants. Là aussi, le mouvement emmené par les boulangers a une revendication claire, l'accès à un bouclier tarifaire pour l'énergie. Avoir une revendication claire aide à fédérer un mouvement", relève le sociologie Jean-François Amadieu.

Autre point commun, l'organisation, au moins partielle, sur les réseaux sociaux, avec le lancement de la page, en vue de la manifestation du 23 janvier prévue à Paris, par le "Collectif pour la Survie des Boulangeries et de L’ Artisanat", qui appelle à "entrer en résistance".

"Les conditions sont réunies pour un mouvement du type des gilets jaunes"

Autre élément qui soutient la comparaison avec les gilets jaunes, "c'est un mouvement qui rassemble des gens qui vivent la même situation, dans différents points du territoire, et qui né en dehors des corps représentatifs de la profession. Ces professions sont très présentes dans les zones périphériques, qui étaient celles qui se sont mobilisées en novembre 2018", relève Arnaud Benedetti, professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire.

À l'origine de la manifestation, on retrouve un boulanger de Nice, un autre de Vendée, un du Puy-de-Dôme et un des Pyrénées-Atlantiques. "Les conditions du mécontentement de 2018 restent toujours là : la fracture sociale, territoriale, la dépossession politique, avec en prime la condition économique qui s'est aggravée depuis. Les conditions objectives sont donc réunies pour un mouvement du type des gilets jaunes, mais il faut que le mouvement prenne", poursuit le spécialiste.

Des professions qui se mobilisent peu

Car s'il y a des points communs, qui peuvent faire penser à une reprise du mouvement des gilets jaunes, certains points plaident en la défaveur d'un tel scénario.

"L'histoire montre que ces professions de l'artisanat, boulangers, bouchers, restaurateurs ne se sont que très rarement mobilisées ensemble. Le dernier exemple, c'est le poujadisme dans les années 50. Ce sont des professions qui ne manifestent que très rarement, ce qui peut leur desservir. Mais c'est aussi un point commun aux gilets jaunes, où nombre d'entre eux étaient des primo manifestants", remarque Jean-François Amadieu.

"Une volonté de montrer que l'exécutif est à l'écoute"

Un scénario à la novembre 2018 auquel ne croit pas du tout Jean Viard. "En 2018, le milieu rural se sentait agressé par les décisions politiques et le milieu urbain : hausse des taxes sur les carburants, passage aux 80 km/h, avec le sentiment qu'il n''existaient pas aux yeux des politiques. Aujourd'hui il n'y a pas ce sentiment d'agression. De plus, les conflits sociaux les plus importants ont lieu lorsque l'économie n'est pas en berne. Or, avec la baisse de pouvoir d'achat, difficile de se permettre quelques jours de travail en moins pour manifester", estime le sociologue.

Un scénario de novembre 2018 qui reste en mémoire de l'exécutif. "En 2018, le gouvernement n'avait pas écouté les signaux d'alerte. Là, on voit qu'il y a une volonté de montrer que l'exécutif est à l'écoute, même si les solutions concrètes tardent à réellement venir", poursuit Arnaud Benedetti, alors que le gouvernement a fait plusieurs annonces à destination des boulangers, mardi 3 janvier.

Des annonces suffisantes ?

Comme toutes les PME, ils pourront demander le décalage de leurs échéances fiscales et sociales, ainsi que la possibilité de résilier leurs contrats d'électricité quand ils ont été signés au pire moment à l'arrivée de leur précédent contrat à échéance, quand les prix de marché étaient au plus haut. Enfin, le gouvernement a fait de la pédagogie sur les aides, peu connues, qui existent à destination des artisans.

Une réponse qui pourrait calmer la colère naissante avant la manifestation du 23 janvier, et éviter une addition des mobilisations, alors que les syndicats sont prêts à se mobiliser à l'issue de la présentation de la réforme des retraites, le 10 janvier.

VIDÉO - Frédéric Roy : "Je ne vais pas pouvoir payer mes factures d’électricité. On va devoir fermer… Je n’aurai plus rien. Mon entreprise, c’est l’investissement d’une vie"