Boris Johnson prépare-t-il son retour comme Premier ministre ?

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ROYAUME-UNI - Les photos ont fait la Une des journaux britanniques ce lundi 23 janvier. Boris Johnson, bonnet sur la tête, au milieu des immeubles en ruines de Borodianka. Boris Johnson, cahier ouvert devant lui, échangeant avec le président Volodymyr Zelensky autour d’une table à Kiev. Boris Johnson, entouré d’Ukrainiens, serrant les mains d’enfants et posant pour des photos dans la ville martyre de Boutcha.

Si la presse britannique savait que cette visite était dans les tuyaux, aucune date n’avait été annoncée. L’ancien Premier ministre britannique a donc créé une (petite) surprise en se rendant dimanche 22 janvier dans la région de Kiev, où il a répété son soutien aux Ukrainiens.

L’actuel Premier ministre britannique Rishi Sunak, lui, a simplement indiqué par l’intermédiaire de son attaché de presse qu’il « soutenait » la démarche de son prédécesseur, comme celle de « tous ses collègues qui démontrent que le Royaume-Uni est derrière l’Ukraine ».

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Circulez, il n’y a rien à voir ? Derrière Rishi Sunak jouant l’apaisement, une partie des Conservateurs n’a pas manqué de critiquer cette visite, craignant qu’elle sape l’autorité du locataire actuel du 10, Downing Street. Auprès du Guardian, un ministre proche de Sunak fulmine : « Ce n’est pas seulement une histoire de soutien à l’Ukraine, c’est aussi l’histoire de la manière dont Boris se voit sur la scène internationale. La situation là-bas reste extrêmement fragile, il doit faire attention à ne pas compromettre la relation entre Rishi et Zelensky », s’irrite-t-il, y voyant une tentative de Boris Johnson d’avoir son « moment Churchill ».

« La Borismania est de retour »

Il faut dire que, depuis sa démission fracassante en juillet, l’ancien Premier ministre reste très présent. Tandis que Rishi Sunak ne décolle pas dans les sondages et fait face à des grèves massives, en pleine crise du coût de la vie au Royaume-Uni, son prédécesseur reste en embuscade, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article.

Il enchaîne notamment les discours rémunérés, désormais en tant que simple député à la Chambre des communes, aux États-Unis, au Portugal ou en Inde. En quelques mois, cette activité lui a rapporté plus d’1 400 000 euros. L’éditeur HarperCollins a également annoncé que Boris Johnson, âgé de 58 ans, écrivait ses mémoires, un « récit de son passage aux affaires pendant certains des événements les plus importants que le Royaume-Uni ait connus dans un passé récent ».

Le 10 janvier, il était l’invité d’honneur d’un dîner des Conservateurs à Londres - un rite de passage pour tous les anciens Premiers ministres Tories. L’accueil qui lui a été réservé par une foule de photographes et de journalistes, mais aussi son discours dans lequel il a vanté son bilan, ont fait dire à la presse britannique qu’il pouvait s’agir du début d’une campagne de come-back. « La Borismania est de retour », a ainsi titré la chaîne Sky News.

Boris Johnson arrive au Carlton Club de Londres le 10 janvier pour une soirée en son honneur.
Ricky Vigil M / GC Images Boris Johnson arrive au Carlton Club de Londres le 10 janvier pour une soirée en son honneur.

Au Times, un soutien disait espérer que ce dîner soit « l’occasion de montrer que Boris n’est pas parti ». Un autre, que l’événement permette de « garder la flamme allumée ». Et ils ne sont pas les seuls Conservateurs à donner de la voix dans la presse pour dire leur nostalgie du temps de « BoJo » et leur souhait de le voir se réinstaller à Downing Street.

« Tout le monde sait bien que ce que les Travaillistes craignent le plus, c’est le retour de Boris Johnson », affirme par exemple l’ancienne Secrétaire d’État Nadine Dorries dans une tribune au Mail on Sunday. « Avec Rishi au N° 10, nous allons droit vers un désert long, froid et brutal, celui d’une opposition ingrate. Alors les Conservateurs doivent ramener Boris ou mourir », conclut-elle. Les soupçons autour des ambitions de retour de Boris Johnson n’ont fait que se renforcer lorsqu’a été rendu public, début janvier, un don d’un million de livres (plus d’1 100 000 euros) de la part d’un homme d’affaires pro-Brexit pour l’ancien Premier ministre, l’un des dons les plus importants faits au Royaume-Uni à une personnalité politique seule (et non à un parti).

Le « partygate », la plus grosse épine dans son pied

Les partisans de Boris Johnson ont deux scrutins en ligne de mire : les élections locales, en mai, où d’éventuels mauvais résultats des Conservateurs pourraient précipiter la chute de l’actuel chef du parti, Rishi Sunak, et les élections générales, en 2024. « Je pense que je suis bien placé pour assurer une victoire conservatrice en 2024 », avait d’ailleurs prévenu Boris Johnson en octobre, en retirant au dernier moment sa candidature pour remplacer sa successeure, Liz Truss.

« Johnson a un ego aussi gros que la Terre, donc il est aisé d’imaginer qu’il pense pouvoir faire son retour, comme d’autres hommes politiques à l’ego aussi gros que la Terre, Silvio Berlusconi et Donald Trump », ironisait il y a quelques mois, auprès du HuffPost, le politologue Tim Bale. « Il manque déjà à certains conservateurs - ceux qui l’adulent et pensent qu’on l’a ’poignardé dans le dos’ -, qui rêvent qu’il revienne. Les membres du parti les plus rationnels comprennent sans doute que ce serait une folie, mais ont trop peur pour le dire à voix haute », ajoutait ce spécialiste de l’université Queen Mary de Londres.

Sa première tentative de retour avait été avortée car sa popularité est durablement écornée par le « partygate », qui l’avait contraint à la démission l’été dernier. Personne, y compris dans son propre parti, n’a oublié ses mensonges dans cette affaire de fêtes organisées à Downing Street pendant les confinements anti-Covid. Début janvier, de nouveaux témoignages diffusés dans un podcast de la télévision ITV contredisaient encore la version de l’ancien Premier ministre, qui avait assuré à la Chambre des communes que « les règles [sanitaires] (avaient) toujours été respectées ».

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Et c’est toujours ce dossier qui pourrait empêcher Boris Johnson de faire son retour, puisqu’une enquête parlementaire est en cours à ce sujet, et que son témoignage sera retransmis en direct à la télévision. Si l’enquête conclut à une faute, il pourrait être suspendu voire exclu de la Chambre des communes. Un retour deviendrait alors quasiment mission impossible.

D’autant plus qu’une autre affaire est venue déranger Boris Johnson. Dans un article publié le 21 janvier, le Sunday Times assure que l’ancien Premier ministre a reçu l’aide du patron de la BBC Richard Sharp pour obtenir un prêt de plus de 900 000 euros en 2020, quelques semaines avant de recommander sa nomination à ce poste. Richard Sharp assure avoir « simplement mis des gens en relation » et qu’il n’y a eu aucun conflit d’intérêts. Pour Boris Johnson, cette histoire n’est qu’un « tas d’inepties ». Mais elle pourrait être une épine supplémentaire dans son pied.

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