Une combine de patinoire de hockey et l’avenir du Québec

Normand Lester

Le fait que trois députés péquistes « ministrables » démissionnent pour des raisons d'éthique d'un parti qui était promis, à court terme, au pouvoir doit complètement méduser leurs adversaires libéraux. Qu'est-ce que c'est que ces individus bizarres? Mettre leurs principes au-dessus de considérations électoralistes, ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique.

C'est donc le parti libéral, le parti le plus immoral, le plus corrompu et le plus bassement opportuniste du Québec contemporain qui va profiter des déboires actuels du Parti Québécois. Pauline Marois et son entourage doivent accepter la responsabilité de cette catastrophe. Fallait-il que le parti de René Lévesque renonce à ses principes d'éthiques politiques et de transparence pour gagner d'hypothétiques votes dans la région de Québec?

Les élections sont dans deux ans et les électeurs ont la mémoire courte. Les 200 millions promis par Charest pour le nouveau Colisée ne se sont pas traduit par une montée de popularité des libéraux dans les sondages et l'appui inconditionnel du Bloc à Labeaume ne lui a pas apporté un vote de plus dans la région de Québec lors de la dernière élection fédérale. Je suis de ceux qui pensent que Labeaume va être le seul à profiter politiquement de la construction du Colisée et du retour des Nordiques. Il va aussi être le seul en en payer le coût politique si le projet foire.

Comment exiger de la transparence dans les grands travaux, dans la gestion publique et s'y opposer dans le cas de la construction du Colisée? Pauline Marois n'aurait pas dû donner son appui inconditionnel à la façon détournée que le maire de Québec voulait soustraire l'entente avec Quebecor de toute contestation. Un contrat au sujet de la construction d'une patinoire pour un club de Hockey va-t-il compromettre la réalisation de l'indépendance du Québec? Ou simplement l'avenir politique de Pauline Marois?

La décision d'appuyer le gouvernement dans cette affaire est une erreur stratégique de la part de Pauline Marois. Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe ont aussi claqué la porte du parti parce qu'ils trouvaient qui le parti sous Pauline Marois était trop mou sur la question de la souveraineté. Le Colisée m'est que « la goutte qui a fait déborder le vase. », comme le dit le cliché abondamment répété depuis 24 heures.

Tous les élus du PQ sont maintenant forcés de prendre position sur ce qui est devenu une question de fond. Le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, a rejoint ses trois collègues démissionnaires. D'autres députés pourraient suivre et ainsi remettre en cause l'autorité de la chef péquiste malgré l'appui extraordinaire de 93 % des militants du parti, obtenu lors du dernier congrès du PQ.

Certains au PQ veulent utiliser l'occasion pour provoquer un changement de garde et un changement de génération. L'avenir du PQ n'est pas lié à Pauline Marois. Bien sûr, elle a bien mérité de la Patrie, mais il ne faut pas oublier que, selon les sondages, la souveraineté est actuellement plus populaire que la dirigeante du PQ. On va voir dans les prochains jours si le leadership de Pauline Marois est irrémédiablement compromis dans cette affaire.

Cette nouvelle crise au sein du PQ va-t-elle amener sa gauche à lorgner du côté de Québec solidaire et d'Amir Khadir et ses électeurs centristes à trouver refuge auprès de François Legault? Après le comportement erratique de l'électorat québécois lors du dernier scrutin fédéral, il serait vraiment présomptueux de prédire quoi que ce soit. Tout le monde dit que l'électorat québécois veut du changement. Malgré toute sa valeur, Pauline Marois n'incarne pas le changement, mais une certaine continuité.