“Batavia” : le centre historique de Jakarta reprend son nom de l’époque coloniale

ADEK BERRY/AFP

Le 10 septembre 2022, lors de l’inauguration des travaux de la nouvelle station de métro du quartier historique de Jakarta, le gouverneur de la capitale, Anies Baswedan, a déclaré : “Ce quartier s’appelle ‘Kota Tua’ [‘Vieille Ville’], mais nous le renommons ‘Batavia‘, un nom qui reflète le passé dans cette ville moderne du futur.”

Pour Ajeng A. Arainikasih, chercheuse sur l’histoire coloniale et la décolonisation des musées à l’université de Leyde, aux Pays-Bas, cette initiative du gouverneur marque un pitoyable retour en arrière : “Cela montre que l’esprit de la décolonisation n’a toujours pas été compris [en Indonésie], car les noms néerlandais sont toujours considérés comme plus séduisants”, écrit l’universitaire dans Koran Tempo.

Arainikasih rappelle que “Batavia” est le nom de la ville construite en 1621 sur le site de l’actuelle Jakarta par Jan Pieterszoon Coen, alors gouverneur général de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). “Renommer Kota Tua ‘Batavia’, c’est célébrer la victoire de Coen et du colonialisme, alors même que la figure de Coen est aujourd’hui très controversée aux Pays-Bas”, souligne la chercheuse.

À Hoorn, ville natale de Coen, aux Pays-Bas, des citoyens demandent que la statue de ce général sanguinaire soit déboulonnée, considérant qu’il n’est pas un héros mais celui qui a mené le massacre de toute la population des îles de Banda, dans l’archipel des Moluques, pour assurer à la VOC le monopole du commerce de la noix de muscade.

Renommer ce quartier “Batavia”, c’est aussi, selon Koran Tempo, nier l’œuvre de l’ancien gouverneur de Jakarta, Ali Sadikin, qui, dans les années 1970 et dans un esprit de décolonisation avant l’heure, a converti tous les bâtiments administratifs et commerciaux construits par les Néerlandais en musées nationaux.

“Alors qu’en France le président Emmanuel Macron a restitué 26 collections du musée du quai Branly, pillées par les Français, à leur pays d’origine, la république du Bénin. Alors que le Rijksmuseum, aux Pays-Bas, a reconnu la sombre histoire du colonialisme avec l’exposition ‘Revolusi ! L’Indonésie indépendante’, à Jakarta l’esprit du colonialisme renaît de ses cendres”, fustige l’universitaire dans une tribune publiée antérieurement par The Conversation.

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