Au Royaume-Uni, Suella Braverman en pleine polémique après un échange avec une rescapée de l’holocauste

Britain's Home Secretary Suella Braverman arrives for the weekly Cabinet meeting at 10 Downing Street, in London, on January 10, 2023. (Photo by Daniel LEAL / AFP)
DANIEL LEAL / AFP Britain's Home Secretary Suella Braverman arrives for the weekly Cabinet meeting at 10 Downing Street, in London, on January 10, 2023. (Photo by Daniel LEAL / AFP)

La ministre de l’Intérieur a refusé de s’excuser pour avoir utilisé le terme « invasion » en parlant des migrants qui viennent au Royaume-Uni.

ROYAUME-UNI - « Je ne m’excuserai pas. » Vendredi 14 janvier, lors d’une réunion dans sa circonscription de Fareham, dans le sud du pays, la ministre de l’Intérieur britannique Suella Braverman a refusé de revenir sur les termes « invasion » ou « nuée » qu’elle utilise pour parler de l’immigration au Royaume-Uni.

Joan Salter, 83 ans, née Fanny Zimetbaum de parents juifs, à Bruxelles en 1940 s’est ensuite présentée devant la ministre en tant qu’« enfant survivante de l’Holocauste ». « Quand je vous entends utiliser des mots contre les réfugiés (...) cela me rappelle le langage utilisé pour déshumaniser et justifier le meurtre de ma famille et de millions d’autres. Pourquoi utiliser ces termes ? », interroge-t-elle. Joan Salter est membre de l’Ordre de l’Empire britannique comme le précise sa biographie sur le site du Holocaust Memorial Day Trust.

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Un extrait de ce moment a été partagé par le groupe Freedom From Torture sur Twitter. Dans ce passage d’à peine une minute, Joan Salter pose donc sa question et la réponse de la ministre est nette : « Je ne m’excuserai pas pour le langage que j’ai utilisé pour montrer l’échelle du problème. »

« Nous devons reconnaître qu’il y a un problème avec les gens qui exploitent notre générosité, qui enfreignent nos lois, qui minent notre système », poursuit Suella Braverman dans cette vidéo vue plus de 5 millions de fois.

Le ministère demande le retrait de la vidéo

Cette réplique violente n’est en réalité qu’une courte version de la réponse de la ministre. Dans la version longue, Suella Braverman se justifie pendant trois minutes. Elle évoque d’abord ses parents, d’origine indienne, qui « doivent tout à ce pays ». « Cela signifie aussi que nous devons reconnaître qu’il y a un problème. Il y a un gros problème maintenant concernant l’immigration illégale, à une échelle que nous n’avons jamais connue auparavant », explique-t-elle.

Après plus d’une minute, elle ajoute enfin : « Je ne m’excuserai pas pour le langage que j’ai utilisé afin de montrer l’échelle du problème. Mon job, c’est être honnête avec les Britanniques et pour les Britanniques. Je ne me déroberai pas devant les vérités difficiles, et je ne cacherai pas la réalité à laquelle nous sommes confrontés. »

Ces propos n’atténuent qu’en partie l’extrait partagé sur les réseaux sociaux, et la colère n’est pas retombée, au contraire. En effet, le cabinet de la ministre a demandé à l’association, dans un communiqué de presse, de supprimer des réseaux sociaux sa vidéo d’une minute. « Puisque la vidéo déforme l’échange qui parle d’un sujet sensible, nous avons demandé à l’organisation de la retirer », est-il écrit dans un communiqué partagé par un journaliste sur Twitter.

Suella Braverman régulièrement pointée du doigt

« Le ministère de l’Intérieur nous a demandé de supprimer notre vidéo. Mais nous restons droits dans nos bottes », a répondu la directrice du fonds, Sonya Sczats, qui a joint à son tweet le lien pour voir la vidéo avec la réponse complète de Suella Braverman.

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« Vendredi, j’ai confronté Suella Braverman pour son utilisation d’un langage haineux. Elle a refusé de s’excuser. Nous devons continuer à défier le langage de la haine. Le ministère de l’Intérieur a exigé que la vidéo soit supprimée. Ils semblent ne pas se rendre compte que nous sommes toujours une démocratie », a également réagi Joan Salter sur le réseau social.

Comme le souligne le Huffpost UK, si le cabinet de la ministre a demandé le retrait de la vidéo, il s’est en revanche abstenu de soutenir Suella Braverman. Après avoir rappelé l’accueil de « dizaines de milliers de réfugiés » dans le pays, le porte-parole a botté en touche et refusé de répondre sur l’utilisation des termes remis en cause.

La sévérité de la ministre en matière d’immigration est régulièrement pointée du doigt. Elle a par exemple révélé que son rêve était de voir « un avion plein de migrants décollant en direction du Rwanda », en référence à la volonté du Royaume-Uni d’expulser des migrants arrivés illégalement vers Kigali.

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