Au Québec, les hommages à Élisabeth II agacent

photo Mathieu Belanger/REUTERS

Si Le Devoir reconnaît dans un éditorial la notoriété d’Élisabeth II, il avoue d’emblée que “son décès nous plonge dans des sentiments partagés. Coincés nous sommes, entre un grand respect pour la personne mais une détestation de la fonction qu’elle occupait.”

Les Québécois, ajoute le quotidien, rendent ainsi hommage au personnage, “mais honnissent le fait d’être encore également soumis à la Couronne”, le souverain britannique étant de facto roi du Canada. Un sondage publié l’an dernier a révélé que 75 % des Québécois estimaient que la monarchie n’avait plus sa place au Canada.

Le Journal de Montréal affiche également ses couleurs anti-Couronne, écrivant :

“Le Québec n’a aucun intérêt à conserver les reliquats de la monarchie. Le reste du Canada vit avec l’illusion que les flots de nouveaux immigrants qui le peupleront d’ici une ou deux décennies s’identifieront à la monarchie. Bonne chance. En fait, seule une démocratie basée sur les valeurs laïques et républicaines peut fonder le Québec et le Canada de demain.”

“Samedi de la matraque”

Si la reine voyait d’un bon œil le Canada, qu’elle a visité vingt-deux fois au cours de son règne, il faut dire, remarque La Presse, que sa relation avec l’ancienne colonie n’a pas seulement été un conte de fées : “ses visites ont notamment donné lieu à plus d’un débat sur la monarchie au Canada, quand elles n’ont pas provoqué des manifestations”. Le quotidien garde particulièrement en mémoire son passage à Québec le 10 octobre 1964, “où des émeutes nationalistes ont été réprimées violemment dans ce que l’on appelle désormais le ‘samedi de la matraque’”.

Si le Québec avait été jusque-là favorable à la Couronne, écrit la publication, ce sentiment a changé dans les années 1960, “alors que soufflait le vent des indépendances sur la majorité des anciennes colonies britanniques”. La monarchie, résume pour La Presse l’historienne Carolyn Harris, est alors devenue un symbole de colonialisme, “alors qu’elle était vue auparavant comme un système qui protégeait les droits des minorités”.

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