Après l’annexion de la Crimée, les sanctions contre la Russie « n’étaient pas à la hauteur », estime Hollande

François Hollande (ici en mai 2022) a accordé une interview au journal ukrainien the Kyiv Independent en décembre 2022. (GONZALO FUENTES / POOL / AFP)
GONZALO FUENTES / AFP François Hollande (ici en mai 2022) a accordé une interview au journal ukrainien the Kyiv Independent en décembre 2022. (GONZALO FUENTES / POOL / AFP)

UKRAINE - The Kyiv Independent présente l’interview publiée ce mercredi 28 décembre comme « exclusive ». François Hollande a accordé, le 16 décembre dernier à Paris, un entretien au quotidien ukrainien dans lequel il revient sur l’attitude de la Russie lorsqu’il était en poste de 2012 à 2017 et livre son analyse sur la guerre en Ukraine.

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L’ancien président français se souvient d’un Vladimir Poutine « provocateur et agressif » dès son retour au Kremlin en 2012, qui « rêvait d’une recréation de l’Union soviétique ». Après l’annexion de la Crimée et le déclenchement de la guerre du Donbass deux ans plus tard, François Hollande tente avec Angela Merkel de pousser le président russe à négocier la paix : « Nous l’avons amené à accepter le format Normandie [une rencontre diplomatique entre les oblasts de Donetsk et de Lougansk, l’Ukraine, l’Allemagne, la France et la Russie] puis nous sommes allés à Minsk pour les négociations. »

Pour lui, les accords de Minsk ne sont pas un échec

« Les accords de Minsk stoppèrent momentanément l’offensive russe », affirme-t-il. Ces accords prévoient un cessez-le-feu ainsi que des mesures pour parvenir à la paix, comme le retrait des armes lourdes ou la tenue d’élections dans les républiques populaires autoproclamées.

De nombreux observateurs les qualifient toutefois d’échec diplomatique puisque, dans les faits, la plupart de leurs dispositions n’ont jamais été appliquées. Une analyse que réfute l’ancien chef de l’État. D’après lui, ces accords ont permis, à l’époque, de retarder les avancées russes en Ukraine et d’accorder ainsi du temps pour se préparer à la guerre, en « renforçant sa posture militaire ».

« Poutine pensait donc que le temps avait joué en sa faveur et qu’il pouvait franchir le seuil en envahissant davantage l’Ukraine, d’où l’agression qu’il a commise. C’est là qu’il s’est trompé », considère Hollande. « Le meilleur exemple est clairement visible sur le champ de bataille. Son armée est bien moins impressionnante qu’il ne l’avait imaginée, et la résistance ukrainienne bien plus retentissante qu’il ne l’avait estimée. »

Pour autant, l’ancien président reconnaît la faiblesse de la réaction de la communauté internationale lors de l’annexion de la Crimée : « Une chose est certaine, les sanctions n’étaient pas à la hauteur de la gravité de la violation du droit international. » Il l’explique par le désintérêt des États-Unis et la division des pays de l’Union européenne sur la question. « D’autres dirigeants, dont moi-même, voulaient que les sanctions soient maximales », assure-t-il.

Tacle à Macron

Interrogé sur la volonté de son successeur de jouer les médiateurs, François Hollande critique à demi-mots Emmanuel Macron : « Pour qu’un dialogue soit fructueux, il doit reposer sur un rapport de force. Je peux parler d’expérience, fait-il valoir. Le dialogue pour le dialogue n’a aucun sens et peut même avoir des conséquences négatives en suggérant que les responsabilités sont partagées et en offrant un cadre de communication commode pour Poutine. »

François Hollande livre également une vision plutôt pessimiste concernant la sortie de guerre : « Il n’y aura d’issue au conflit que lorsque, sur le terrain, la Russie aura constaté l’échec de son entreprise meurtrière. » Et de plaider pour une « solution durable et garantie pour l’Ukraine » lorsque les négociations auront lieu.

François Hollande salue par ailleurs le « rôle fédérateur » de Volodymyr Zelensky qui « joue également un rôle important ». « Sa capacité à séduire le monde entier et à mobiliser la nation ukrainienne sera au cœur de l’issue de la guerre et du respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, sans oublier la question de la Crimée qui, à un moment ou à un autre, reviendra faire partie des négociations » conclut-il.

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