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Affaire Neymar au PSG: "Les plus petits clubs ne pourront jamais bénéficier de ces avantages", dénonce le député Eric Coquerel

Une perquisition a été menée lundi au ministère des Finances dans le cadre du transfert de Neymar au PSG en 2017 pour lequel Bercy est soupçonné d’avoir aidé le club parisien à ne pas payer d’impôts sur la transaction. Ce dossier prend donc une tournure judiciaire… et politique. Le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel, a envoyé une lettre mardi matin à Bercy pour demander des documents liés à ce transfert. Sur RMC, le député de la 1re circonscription de Seine-Saint-Denis revient sur ce dossier.

Quelle lecture faites-vous de ce dossier?

Il y a deux lectures. Tout d’abord, une problématique est posée s’il y a des passe-droits et des avantages qui sont donnés à un club de football avec l’appui d’un ministre. C’est à dire le fait d'accélérer par exemple un rescrit, qui est un avantage fiscal en réalité et qui correspond à des intérêts particuliers, c’est déjà assez choquant. Et puis il y a aussi une lecture plus globale qu’on a pu voir à travers l’amendement FIFA, qui finalement a été déclaré anticonstitutionnel. C’était une décision du gouvernement pendant la discussion budgétaire contre toute décision parlementaire qui était de permettre à la FIFA de s’installer en France dans une espèce de zone franche en termes de cotisation, de fiscalité… Je pense que le football professionnel a une volonté d’avoir des exceptions afin de déroger aux règles fiscales françaises et que nous avons un gouvernement qui est prêt à céder à ces exigences. Je pense qu’il y a à la fois la méthode qui n’est pas normale mais aussi le fond de l’affaire que ça révèle.

En tant que président de la commission des finances, quels sont vos pouvoirs dans ce dossier?

C’est simple, on ne peut pas ne pas me donner les documents que je demande. Pour être clair, j’ai demandé les rescrits, ce sont des décisions prises par la direction générale des finances s’il y a eu un accord fiscal de remise sur telle ou telle entité. Donc là en l’occurrence ça serait lié au transfert de Neymar. Je dois avoir ces documents. Et puis pour être complet j’ai aussi demandé des documents sur des accords liés au rugby professionnel. J’ai donc aussi demandé l’ensemble de ces documents liés à ces sports professionnels. Une fois que je les aurai, ça se complique un peu. Je peux les avoir mais une fois que j’ai ces documents, je suis soumis au secret et je ne peux pas les transmettre. Je peux arriver à en faire un sujet politique, sans révéler le contenu, mais afin de montrer qu’il y a un vrai problème. Et puis à partir de cet instant, il peut y avoir toutes sortes de suites possibles comme une commission d’enquête. La commission des finances pourrait très bien s’auto-saisir d’une commission d’enquête sur ce sujet. Il y a plusieurs manières de faire.

Et si Bercy se montre réticent à vous donner les documents?

J’irai les chercher. Personne ne peut m’empêcher d’avoir ces documents.

Darmanin s’est justifié lundi devant les caméras, vous comprenez les arguments?

L’excuse illustre parfaitement la deuxième lecture que je fais de cette affaire. Il y a aussi cette tendance qui laisse à penser que finalement au nom du fait que c’est bien que Neymar signe en France, au nom du fait que c’est bien que la FIFA s’installe en France, on est prêt à leur faire des exceptions, des cadeaux fiscaux qui dérogent aux règles générales. Je ne suis pas d’accord avec cette logique. C’est peut-être prestigieux pour la France de voir la FIFA s’installer à Paris, de voir Neymar au PSG mais à condition que les opérations se réalisent comme tous les contribuables français. C’est logique. Il faut aussi penser au fait que la signature de Neymar dans des conditions différentes d’un autre transfert peut aussi installer une concurrence déloyale avec les autres clubs du championnat. Les autres clubs pourraient aussi se plaindre de cette situation. Les plus petits clubs ne pourront jamais bénéficier de ces avantages.

Derrière toute cette histoire, il y a aussi l’ombre du Qatar…

Peut-être, c’est une possibilité. Moi, il y a longtemps que je suis assez soucieux de l’influence du Qatar, y compris dans le sport français. Mais je ne pense pas que ça puisse se résumer qu’à cette influence du Qatar. Oui, c’est un problème le poids des puissances économique ou géostratégiques dans le monde du sport. C’est pour cette raison qu’actuellement je travaille sur une proposition de loi sur la multipropriété. Mais finalement, je pense que n’importe quelle entité qui a un poids économique ou autre aurait peut-être bénéficié des mêmes avantages. C’est là où il faut s’interroger sur les avantages que l’on donne à ceux qui sont déjà trop puissants. Le Qatar, ça a surement rajouter une couche à cette puissance.

Article original publié sur RMC Sport