Et si on s’attaquait au grand tabou de l’adultère féminin : "Une femme peut avoir des relations sexuelles sans tomber amoureuse"

·Journaliste
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Avec son roman "Adulte Air" (éd. La Musardine), Rita Perse, fondatrice du compte Instagram du même nom, s’attaque à un tabou de notre société : l’adultère féminin. Entre fausses idées et langue de bois, l’infidélité féminine prouve que, lentement mais sûrement, les femmes se déchargent des injonctions patriarcales.

"Je suis une femme à la fois heureuse et honteuse. Une femme qui a décidé de tromper son mari pour ne pas se tromper elle-même. Une femme qui, en reprenant le contrôle de son corps, va peut-être perdre celui de ses sentiments". C’est sur ces quelques phrases que le roman "Adulte Air" de Rita Perse pose les bases de l’histoire : une femme mariée prise dans le tourbillon d’une passion indicible avec son amant. Une histoire somme toute assez commune, comme nous le confie son autrice, mais qui vient bousculer la morale de notre société patriarcale. Progressivement, les langues se délient. Une enquête IFOP de 2019 révèle qu’en 2016, 33% des femmes admettaient avoir été infidèles. Elles n’étaient que 9% en 1970.

François Kraus, directeur du pôle "Genre, sexualités et santé sexuelle" à l’Ifop, commente les résultats du sondage de la façon suivante : "Au regard de l’opprobre social qui pèse plus fortement sur les "écarts de conduite" féminins que masculins, force est de constater que le cliché du mâle plus volage que sa femme reste bien réel, en particulier dans des pays latins comme l’Espagne ou l’Italie : la France se situant sur ce point dans une position intermédiaire."

"On ne dira jamais : "Il est enceint, mais de qui ?""

Dans l’imaginaire populaire, l’adultère est associé au mâle alpha. Ce dernier, présenté comme un goujat, batifole pendant que Madame l’attend sagement à la maison en s’occupant des gosses.

La réalité est souvent différente. Les femmes trompent. Mais si l’infidélité est devenue courante au sein de notre société, celle des femmes dérange au point où elle est tue. "Ça renvoie à des choses qui sont ancrées dans notre culture. Avec notamment des problèmes de filiation qui ne se posent pas dans le cas d’un homme qui trompe sa femme. On ne dira jamais ‘Ah beh il est enceint. Mais de qui ?’"

Vidéo. "Les femmes qui se masturbent, c'est considéré comme "sale""

Sexualité masculine pulsionnelle VS sexualité féminine sentimentale

Autre bastion du patriarcat : la sexualité féminine. Si l’on considère l’infidélité féminine comme "plus grave", c’est en grande partie lié à la fausse image qu’à la société de la sexualité féminine. "L’homme sera pardonné plus facilement dans la mesure où l’on va mettre ça sur le dos de la sexualité masculine, qui elle est beaucoup plus vive, plus liée aux pulsions. Alors que si une femme a des relations extraconjugales, elle est forcément amoureuse, c’est forcément dramatique" déplore Rita Perse.

"La conquête de l’indépendance sexuelle"

Qui sont les femmes qui trompent ? Le plus souvent, elles ont entre 40 et 50 ans. "Parce qu’en général, elles sont mariées depuis 15 à 20 ans. Elles font partie de cette génération de femmes qui travaille, qui sort, qui rencontre du monde." Mais surtout, comme le souligne Rita Perse, elles sont plus connectées à leur corps. "À 40 ans, on prend plus connaissance de qui on est, et l’épanouissement sexuel en fait partie.".

Le plaisir sexuel, longtemps considéré comme l’apanage des hommes, devient une conquête de la libération des femmes. "De la même façon qu’une femme peut avoir des relations sexuelles sans tomber amoureuse, un homme peut en avoir et tomber amoureux. Il faut arrêter de vouloir toujours mettre une différence entre les deux", souligne Rita Perse.

Le danger de cette diabolisation de l’adultère féminin, c’est la charge de culpabilité qui en découle. Avec une constante qui n’étonne personne : cette charge sera majoritairement supportée par la femme. La femme-mère représente les fondements de la famille et ses écarts de conduite peuvent mettre en branle toute une famille. Pourtant, les chiffres de l’étude IFOP montrent que 48% des hommes se disent prêts à pardonner leurs compagnes, contre 40% pour ces dernières. Les hommes plus enclins à pardonner ? Une conclusion que l’on se gardera de tirer.

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