États-Unis: des midterms traversées par la crainte d'une nouvelle éruption de violences

États-Unis: des midterms traversées par la crainte d'une nouvelle éruption de violences
Le Capitole américain à Washington D.C. le 6 janvier 2021, alors que des partisans de Donald Trump avaient installé une potence pour
Le Capitole américain à Washington D.C. le 6 janvier 2021, alors que des partisans de Donald Trump avaient installé une potence pour

Dans un avis de risque élevé publié le 28 octobre, soit le même jour que l'agression au marteau perpétrée contre le mari de Nancy Pelosi, plusieurs agences de sécurité américaines, dont le FBI et la police du Capitole, ont tiré la sonnette d'alarme. À l'approche des élections de mi-mandat, qui doivent se dérouler ce mardi Outre-Atlantique, la possibilité de voir se perpétrer des attaques contre des élus et des responsables électoraux est plus que probable.

Depuis l'assaut sur le Capitole par des partisans de Donald Trump le 6 janvier 2021, la menace de voir se répéter des violences à grande ampleur motivées par des raisons politiques plane sur la démocratie américaine. Selon un décompte du New York Times, en 2021, 9625 menaces ont été reçues par des membres du Congrès américain, qui réunit la Chambre des représentants et le Sénat. Un nombre en augmentation.

L'ombre de Donald Trump et de l'élection "volée"

De nombreux élus ont depuis dépensé des sommes pharaoniques pour assurer leur sécurité. Le sénateur démocrate de Géorgie Raphael Warnock a déboursé 900.000 dollars (un peu plus de 900.000 euros) pour assurer sa propre sécurité depuis 2021. Liz Cheney, élue républicaine du Wyoming et bête noire des trumpistes, a elle dépensé 70.000 dollars (un peu plus de 70.000 euros).

C'est dire que la crainte est grande concernant les élections de mi-mandat, ou midterms, qui ont lieu ce mardi. Les électeurs américains sont appelés à s'exprimer sur des référendums locaux, mais également à élire les gouverneurs de 36 États, ainsi que de renouveler intégralement la Chambre des représentants et le tiers des sénateurs.

En Arizona, état gagné d'un cheveu par Joe Biden en 2020, des citoyens, parfois armés, ont déjà été observés autour de bureaux de vote proposant de déposer son bulletin dans l'urne en avance. Parmi eux, de nombreux soutiens de Donald Trump, défendant la thèse d'une élection "volée" il y a deux ans. L'ancien président n'a jamais reconnu sa défaite face à Joe Biden, et continue d'affirmer qu'il aurait dû gagner.

Le Parti républicain, loin de réaligner sa politique après la défaite de Donald Trump, a décidé d'embrasser bon gré mal gré la ligne trumpiste. En Arizona, c'est une fervente partisane du milliardaire, Kari Lake, qui va tenter ce mardi de ravir le poste de gouverneure de l'État. Considérant que Joe Biden possède un "agenda démoniaque", elle n'a pas confirmé qu'elle accepterait sa défaite si jamais elle était donnée perdante.

"Tout ça peut mal tourner"

Dans les colonnes du Parisien, l'ancien ambassadeur de France aux États-Unis Gérard Araud a indiqué qu'après l'invasion du Capitole, "les tensions qui sont apparues alors ne sont pas apaisées car Trump a continué de verser de l'huile sur le feu". Dernière preuve s'il en fallait une: lundi soir, dans l'Ohio, l'ancien président américain a déclaré que Nancy Pelosi était un "animal".

"Tout ça peut mal tourner. Certains complotistes se sont mobilisés pour assurer que les élections ne seront pas truquées", a poursuivi Gérard Araud.

Les sondages montrent même qu'une part grandissante d'Américains ne récusent pas la notion de violence en politique. En janvier 2022, un sondage du Washington Post révélait que 34% d'entre eux disaient que l'emploi de la violence contre le gouvernement pouvait se justifier. Si bien que les bureaux de vote ont désormais de grandes difficultés à embaucher des assesseurs.

Des attaques par des militants isolés

Selon l'avis de risque élevé publié le 28 octobre, le scénario le plus plausible si des attaques venaient à se dérouler lors des midterms seraient des initiatives isolées, œuvres de militants solitaires. Les minorités religieuses et les personnes de couleur seraient particulièrement vulnérables.

Les attaques perpétrées contre des élus depuis 2020 confirment ce constat. En plus de l'agression du mari de Nancy Pelosi, perpétrée par un partisan conspirationniste de Donald Trump, le juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh a été victime d'une possible tentative d'assassinat en juin dernier, là aussi par un militant isolé. L'homme s'était rendu armé à son domicile, mécontent de la décision du juge sur l'avortement.

En juillet, un ancien militaire souffrant de stress post-traumatique a cette fois tenté de poignarder Lee Zeldin, candidat républicain au poste du gouverneur dans l'État de New York.

"Défendre" la démocratie

Le 4 novembre, Nancy Pelosi a pour la première fois pris la parole après l'agression de son mari. "Le message est clair, nous avons des raisons de nous inquiéter. Mais nous ne devons pas avoir peur, nous devons être courageux", a-t-elle indiqué. Dans un discours prononcé dans le Maryland lundi, Joe Biden a appelé les électeurs à "défendre la démocratie".

Mais comme le souligne NPR, une fois les midterms passées, le risque ne devrait pas décroître, au contraire. Les jours suivants ces élections de mi-mandats seront particulièrement sensibles, surtout si les candidats trumpistes n'obtiennent pas les résultats espérés.

Tucker Carlson, éditorialiste vedette de la chaîne de télévision conservatrice Fox News, a déjà prévenu ceux qui l'écoutent lundi soir: selon ses dires, les démocrates "nous préparent déjà pour un vol électoral. Et si vous ne voulez pas de guerre civile, vous ne devriez pas vous en plaindre, mais juste l'accepter".

Article original publié sur BFMTV.com