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Équipe de France: "Une sortie irrespectueuse", Deschamps très remonté contre l'initiative de la FFF sur les tirs au but

Didier Deschamps n'a pas aimé la prise de parole de Hubert Fournier, le DTN de la Fédération française de football, qui a révélé à RMC Sport la mise en place d'un processus pour progresser dans l'exercice des tirs au but. L'ancien entraîneur de l'Olympique lyonnais avait assuré que l'équipe de France de Deschamps serait impliquée sur le sujet dès la trêve de mars.

>> Toute la conférence de Didier Deschamps avant les matchs amicaux de mars

Une vérité balayée d'un revers de main par le sélectionneur, qui n'a visiblement pas apprécié l'initiative: "Ce n'est pas prévu au programme qu'on parle des tirs au but pendant le rassemblement. J'ai pu utiliser le mot "loterie", mais pour moi, c'est un rapport de force entre le tireur et le gardien de but. Ma position ce n'est pas que ça ne se travaille pas."

"Je trouve la sortie du DTN déplacée voire irrespectueuse"

"On a pu avoir des joueurs qui puissent tirer des pénalties. Je suis convaincu, et mon passé de joueur me donne des informations, que c'est impossible de recréer la même situation sur un plan psychologique et sur la condition athlétique dans une séance d'entraînement par rapport à un match, avec des prolongations à 120 voire 143 minutes pour nous au Mondial (contre l'Argentine en finale, NDLR)", insiste le sélectionneur.

"C'est très bien qu'il y ait des études qui soient faites là dessus, ça ne me pose aucun problème. En revanche ce qui me gêne et que je trouve déplacé, c'est la sortie médiatique du DTN. Je trouve la sortie du DTN (Hubert Fournier, NDLR) déplacée voire irrespectueuse, pointe du doigt Didier Deschamps. Ce n'est pas par rapport à moi, c'est par rapport à tous les entraîneurs nationaux, les gardiens de but, les analystes vidéo... Ce sont des mecs qui sont compétents, qui font du boulot, qui préparent ces séances de tirs au but."

"On sait très bien que tous les matchs n'amènent pas à des séances de tirs au but. Quand on voit les études, il y a des exemples et des contre-exemples aussi. Et ça concerne les féminines, qui l'ont "travaillé", mais ça n'a pas mené à un succès pour elles en quarts de finale (du dernier Mondial). Ça peut se travailler, mais faire des séances que là-dessus..."

"Ça aurait été bien que Lautaro Martinez puisse faire la même chose en 2022..."

"J'en ai parlé avec Thierry Henry juste avant, qui a été joueur et en a tiré des pénalties. Psychologiquement tirer un penalty à l'entraînement, pendant le match ou au bout des prolongations, ce n'est pas pareil. On se racontait beaucoup d'anecdotes qui vous plairaient sûrement, de ce qu'on a vécu il y a plus de vingt-cinq ans, ça amène des arguments qui vont plutôt dans un sens que dans l'autre. Mais il y a le ressenti aussi."

"Évidemment que ça se prépare, s'agace le sélectionneur. Ça intéresse tous les staffs, les analystes vidéo, les entraîneurs des gardiens d'avoir des datas sur qui tire, comment, où, mais ils peuvent aussi changer de tireur au dernier moment. C'est un rapport de force entre le tireur et le gardien. Et qui prend le dessus? Vous avez la séance hier (lors d'Atlético-Inter en Ligue des champions, NDLR), il y a des pénalties qui ont été arrêtés... Ça aurait été bien que Lautaro Martinez puisse faire la même chose en 2022 que ce qu'il a fait là (l'Argentin a raté sa tentative). Il y a des très grands joueurs qui ont marqué des pénalties mais en ont manqué aussi. En cours de match, ou en fin de match."

"Nous, en équipe de France A, on a eu deux séances de tirs au but, qui se sont soldées sur un bilan négatif. Mais c'est assez récent donc c'est marquant. Depuis que je suis en poste, sur 149 matchs, y avait 18 matchs concernés par une potentielle séance de tirs au but. On n'en a eu que deux, donc ça veut dire qu'on a gagné les 16 autres matchs avant. Les deux ne représent que 15%. Ça ne s'est pas bien passé. Mais en tant que joueur, j'ai fait des séances aussi que par bonheur j'ai gagné, certainement parce que je ne tirais pas autrement ça se serait passé différemment, sans avoir fait de séances spécifiques", se remémore-t-il en grinçant des dents.

"On ne peut pas tout maîtriser"

"Il faut comprendre qu'être à l'entraînement et tirer un pénalty ou après 120, 130 ou 140 minutes, il y a aussi des données psychologiques qui peuvent entrer en ligne de compte. Où le joueur se sent ou pas parce qu'en face il a un gardien qu'il connaît, en club ou pas. Il y a un état psychologique où ils ne se sentent pas, il faut s'adapter. Avec tous ces éléments-là, on a le terme de loterie, parce qu'on ne peut pas tout maîtriser."

Revenant sur la dernière finale de Coupe du monde perdue aux tirs au but face à l'Argentine (3-3, 4 tab à 2), il explique aussi que le contexte est difficile à anticiper: "On peut prévoir, comme ce qu'on avait prévu avec mon staff et mes deux analystes vidéo, mais (en finale contre l'Argentine) sur les cinq tireurs susceptibles de tirer... J'ai fait sept changements avec les prolongations donc évidemment les cinq tireurs n'étaient pas ceux prévus. Mais il y a aussi à tenir compte des envies des joueurs. Obliger un joueur à tirer parce qu'il doit tirer alors qu'il ne se sent pas... On prépare, on peut donner des informations, mais il y a une donnée au-delà de la fatigue musculaire et physique, il y a une donnée psychologique qui a une importance capitale."

"J'ai du respect pour les entraîneurs nationaux"

Relancé sur le sujet par un autre journaliste, Didier Deschamps en a remis une couche en expliquant pourquoi cette prise de parole de Hubert Fournier l'énerve autant: "Ça donne l'impression qu'avant on n'a rien fait, d'un seul coup... Il y a d'autres sujets moi qui m'intéressent. Je vais vous en donner une tiens. Pourquoi en France on a du mal à avoir des arrières latéraux? Bonne question. Qui peut répondre? Un DTN peut-être."

"Non, je ne me suis pas senti attaqué, j'ai pas de... Je n'ai pas de problème, je fais en sorte de comprendre, d'être corporate, je m'appuie énormément sur la DTN, j'ai tous les observateurs qui viennent de la DTN. Mais il y a peut-être de mauvaises intentions de certaines personnes, c'est de notoriété publique. Mais ce n'est pas gênant", sourit-il.

"Je suis ouvert aux nouvelles expériences, mais il faut un certain vécu aussi. Être sur le banc, gérer, c'est quelque chose d'important. Tous les entraîneurs nationaux des équipes de jeunes, eux ils sont sur les bancs et ils bossent. Donc moi j'ai du respect pour eux. Ça se passe bien ou mal, mais je prends l'exemple de Jean-Luc Vanucci, qui a perdu deux finales sur des pénos, qui fait un super boulot avec nous en tant qu'observateur, évidemment qu'il aurait préféré les gagner. Est-ce qu'il a tout bien fait ou rien fait pour les gagner? Il a fait ce qu'il pensait être bien, avec son staff, ses entraîneurs des gardiens, ses analystes vidéo, mais malheureusement, le résultat ne lui donne pas raison. Comme il me donne tord à moi aussi."

Article original publié sur RMC Sport