À quoi servent les terres rares, dont un gisement géant a été découvert en Suède ?

Le groupe minier suédois LKAB a annoncé avoir identifié « le plus grand gisement connu » de terres rares d’Europe. (Photo d’illustration : la mine de fer de LKAB à Kiruna, en Suède, en août 2021).
JONATHAN NACKSTRAND / AFP Le groupe minier suédois LKAB a annoncé avoir identifié « le plus grand gisement connu » de terres rares d’Europe. (Photo d’illustration : la mine de fer de LKAB à Kiruna, en Suède, en août 2021).

ENVIRONNEMENT - Des métaux pas si rares mais indispensables à la transition verte. Le groupe minier suédois LKAB a annoncé ce jeudi 12 janvier avoir identifié dans la région de Kiruna, dans le Grand Nord de la Suède, « le plus grand gisement connu » de terres rares d’Europe, qui recèlerait plus d’un million de tonnes de métaux.

Cette découverte est importante à un moment où l’Europe s’inquiète de sa dépendance, en particulier à la Chine, plus gros producteur mondial, pour la fourniture de ces minéraux qui servent notamment à fabriquer les batteries des véhicules électriques et les turbines des éoliennes.

« Il pourrait devenir un élément de base important pour la production des matières premières critiques absolument cruciales pour la transition verte », s’est félicité le PDG du groupe public LKAB, Jan Moström, dans un communiqué. Ce sont en effet des métaux stratégiques car indispensables à l’économie de demain, en particulier pour les grandes technologies de la transition énergétique.

  • D’où viennent ces métaux ?

Les terres rares sont composées de 17 matières premières (praséodyme, néodyme, prométhium, samarium, europium, gadolinium, terbium…), découvertes à la fin du XVIIIe siècle en Suède, et possédant chacune des propriétés différentes. Ces éléments ont été regroupés sous une même appellation, car souvent présents dans les mêmes sols.

Une fois le minerai récupéré dans la terre, il doit faire l’objet d’un traitement de « séparation », le fait de distinguer les différents minéraux, par le biais d’opérations chimiques impliquant parfois des acides.

  • Les terres rares le sont-elles vraiment ?

Elles sont en fait plutôt abondantes sur la planète. Avant la découverte suédoise annoncée jeudi, l’US Geological Survey évaluait à 120 millions de tonnes les réserves mondiales. Plus du tiers, 44 millions de tonnes, est situé en Chine, 22 millions au Vietnam, 21 millions au Brésil, 12 millions en Russie et 7 millions en Inde.

« Plus la demande progresse pour ces matières premières, plus les gens en cherchent et plus ils en trouvent. Le problème est davantage dans la relation entre le coût d’extraction et le prix de marché », analyse John Seaman, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Or, la demande devrait continuer à augmenter. Pour remplacer les hydrocarbures et atteindre la neutralité carbone en 2050, l’UE aura besoin à cette date de 26 fois plus de terres rares qu’aujourd’hui, a calculé l’université KU Leuven pour Eurométaux, l’association européenne des producteurs de métaux.

  • Qu’ont-elles de si particulier ?

Chacun de ces minéraux a son utilité pour l’industrie, entre l’europium utile aux écrans de télévision, le cerium destiné au polissage du verre ou le lanthane pour les catalyseurs dans les moteurs à essence.

On peut en trouver aussi bien dans un drone, une éolienne, un disque dur, un moteur de voiture électrique, une lentille de télescope ou un avion de chasse. « Certains de ces éléments sont plus ou moins irremplaçables, ou alors à des coûts élevés », note John Seaman auprès de l’AFP.

Irremplaçables parce que leurs propriétés sont parfois uniques, ils sont par exemple privilégiés pour fabriquer les aimants permanents des éoliennes en mer, grâce aux qualités du néodyme et du dysprosium. Une fois installés, les aimants nécessitent peu d’entretien et affichent de fortes performances, facilitant le fonctionnement de ces installations installées loin des côtes.

Ces terres rares sont aussi essentielles à l’heure de la crise climatique. Parmi ses efforts pour enrayer le réchauffement climatique, l’Union européenne a acté la fin des ventes de voitures neuves essence et diesel à partir de 2035, appelées à être remplacées par des modèles électriques.

  • La Chine en pointe, l’Occident à la traîne ?

Cependant, jusqu’ici, l’Europe dépendait de l’Empire du milieu et importait ces minerais. La Chine en est richement dotée et sa domination sur le marché est « l’aboutissement d’une politique industrielle à long terme » et due aux « avantages tirés d’un retard dans la régulation des industries extractives », souligne Jane Nakano, chercheuse à Washington au Centre international d’études stratégiques (CSIS).

Pékin a su, au fil des années et d’investissements publics massifs, maintenir un large réseau de raffinage des matériaux bruts, amenant aujourd’hui de nombreux producteurs sur la planète à y exporter leurs minerais.

La Chine a par ailleurs déposé davantage de brevets dans les terres rares que l’ensemble du reste du monde réuni, signale Jane Nakano. Cette domination s’est faite toutefois au prix d’un lourd tribut environnemental.

Mais cette nouvelle découverte de plus d’un million de tonnes estimées dans la région minière de Kiruna, pourrait bien rebattre les cartes et permettre une once d’autonomie à l’Europe. L’industrie européenne a cruellement besoin de ces métaux pour fabriquer des véhicules électriques ou encore des éoliennes.

  • Pourquoi la relocalisation ?

Entre divergences commerciales et géopolitiques, les tensions entre la Chine et l’Occident sont nombreuses. Bruxelles et Washington sentent l’urgence à diversifier leurs approvisionnements sur ces matières premières essentielles.

Les craintes de blocages reposent d’ailleurs aussi sur un douloureux précédent : Tokyo avait vu son robinet de terres rares coupé par la Chine en 2010 en raison d’un conflit territorial. Le Japon a depuis diversifié ses approvisionnements, en passant des accords avec l’entreprise australienne Lynas en Malaisie et en développant sa filière de recyclage.

Aux États-Unis, une autre alerte s’est produite, lors de la guerre commerciale avec Pékin. En mai 2019, le président chinois Xi Jinping avait alors visité une usine de terres rares, un geste interprété comme une menace voilée d’embargo.

Pour toutes ces raisons, la découverte de ce gisement géant pour l’Europe aura un impact considérable pour réduire sa dépendance aux mines étrangères, mais « un long chemin » reste à parcourir avant une mise en exploitation de la mine selon le groupe suédois LKAB.

Interrogé sur la date attendue des premiers coups de pioche, le PDG de LKAB, Jan Moström, a répondu que cela dépendrait de la demande des constructeurs automobiles et de la rapidité d’obtention des autorisations nécessaires qui, d’après son expérience, nécessitent « entre 10 et 15 ans ».

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