À l'Assemblée, les députées enceintes obligées de recourir au "système D"

Bénédicte Peyrol, ancienne députée La République en Marche de la troisième circonscription de l'Allier - Joël Saget/AFP
Bénédicte Peyrol, ancienne députée La République en Marche de la troisième circonscription de l'Allier - Joël Saget/AFP

Décembre 2019. Bénédicte Peyrol est enceinte depuis plusieurs mois, l'accouchement est pour bientôt. À 28 ans, celle qui est alors députée La République en Marche de l'Allier, continue néanmoins de se rendre à l'Assemblée nationale. "C'était important, on était en plein débat sur le projet de loi de finances", se souvient l'élue. D'autant plus pour elle en tant que membre de la commission des Finances.

Car même enceinte, Bénédicte Peyrol ne pouvait pas être remplacée: les députées n'ont pas le droit à un congé maternité, le mandat n'étant pas un emploi. Ce que l'insoumise Mathilde Hignet veut changer: l'élue insoumise, qui doit accoucher dans un mois, a déposé une proposition de loi pour permettre aux députés devenant parents de se faire remplacer par leurs suppléants, le temps de "l'accueil d'un enfant".

Faute de cette possibilité, Bénédicte Peyrol s'est néanmoins autorisée quelques aménagements. Hors de question de suivre le rythme effréné des autres parlementaires et de débattre dans l'hémicycle jusqu'au petit matin.

"J’évitais de faire toutes mes nuits à l’Assemblée nationale, j’allais me coucher plus tôt", raconte ainsi l'ex-élue.

"La première semaine, mon mari m'a accompagnée à l'Assemblée"

Finalement, elle se décide à s'absenter mais seulement quelques jours avant son accouchement à la mi-janvier. Après la naissance de sa fille, la députée ne vient pas au Palais Bourbon pendant trois semaines. Elle se consacre alors à son enfant, mais pas que. Cette juriste de formation continue de suivre à distance les débats et souhaite revenir le plus rapidement possible. "C'était au moment de la réforme des retraites", se souvient la parlementaire. "Je ne me sentais pas de rester chez moi".

Ce texte met en difficulté le gouvernement, confronté à des manifestations. Bénédicte Peyrol fait donc un retour express au Palais Bourbon. Et met en place ce qu'elle décrit comme un "système D".

"La première semaine mon mari m'a accompagnée à l'Assemblée nationale. Il gardait notre bébé dans mon bureau pendant que je siégeais dans l'hémicycle", explique-t-elle.

"J'ai fait campagne avec mon écharpe d'élue et mon bébé"

À la fin du quinquennat, rebelote. Bénédictte Peyrol attend un deuxième enfant. Cette fois, l'histoire est différente. Les travaux parlementaires sont suspendus et laissent place à la campagne présidentielle. La députée ne chôme pas.

"Le 6 avril, alors que j'allais accoucher le lendemain, je faisais un meeting dans ma circonscription. Je suis revenue dès la semaine suivante pour un nouveau meeting", raconte Bénédicte Peyrol.

Arrivent ensuite les élections législatives. Bénédicte Peyrol brigue un second mandat dans l'Allié. Son deuxième enfant, une fille, ne visite pas les travées de l'Assemblée nationale mais accompagne sa mère lors de ses déplacements.

"J'ai fait campagne en portant mon bébé et mon écharpe d'élue", raconte ainsi Bénédicte Peyrol. "Les gens ne comprenaient pas trop", poursuit-elle. "Je suis dans un département conservateur où les gens ne savent pas vraiment ce qu’est la parité." Qualifiée à l'issue du premier tour, elle s'est ensuite inclinée face à Nicolas Ray, membre des Républicains.

Aujourd'hui, elle est favorable à ce que des aménagements soient mis en place à l'Assemblée nationale pour prendre en compte le cas des femmes enceintes. Elle plaide notamment pour que des points d'eau soient aménagés à proximité des bureaux des députés. Cela lui aurait permis de subvenir à certains besoins de sa première fille quand celle-ci est venue une semaine au Palais Bourbon.

Article original publié sur BFMTV.com