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Avec « La Zone d’intérêt », Sandra Hüller démarre 2024 dans le rôle le plus difficile de sa carrière

CINÉMA - « Jamais je ne jouerai une nazie », s’était longtemps dit Sandra Hüller. Pourtant, l’actrice allemande de 45 ans a accepté de le faire pour le réalisateur britannique Jonathan Glazer. Dans La Zone d’intérêt, au cinéma ce mercredi 31 janvier, elle incarne la glaciale Hedwig Höss, femme du commandant de camp d’Auschwitz, et garde le souvenir d’un tournage particulièrement éprouvant.

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« Il m’appelle la Reine d’Auschwitz », dit en souriant Hedwig à sa mère qui vient, au début du film, lui rendre visite dans sa villa bourgeoise et aseptisée. C’est ici que vit l’épouse de Rudolf Höss, nazi reconnu comme l’un des architectes de l’extermination de masse, avec leurs cinq enfants. Et d’occuper principalement ses journées à entretenir les fleurs de son jardin ou à surveiller ses cinq enfants jouer dans la piscine.

Adapté du roman du même nom de Martin Amis, le film de Jonathan Glazer raconte le quotidien de cette famille installée juste de l’autre côté du mur dans un « petit coin de paradis » à ses yeux qu’Hedwig refuse de quitter lorsque son mari doit être muté à Oranienburg.

« D’un seul côté du mur »

« Je m’étais dit que jamais, jamais je ne jouerai une nazie. Quand des gens tournent sur cette période de l’Histoire, ils le font avec une dimension glamour qui me dégoûte. Ça suscite une sorte de sentiment de pouvoir. Voilà pourquoi je ne voulais pas le faire », se souvient Sandra Hüller dans le dossier de presse de La Zone d’intérêt. Si la comédienne, révélée au grand public dans Toni Erdmann, a finalement accepté le rôle après « beaucoup de questionnements et aussi beaucoup de doutes », c’est notamment pour le parti pris de Jonathan Glazer.

Sandra Hüller incarne la femme du commandant nazi d’Auschwitz dans « La zone d’intérêt » au cinéma le 31 janvier
Leonine Sandra Hüller incarne la femme du commandant nazi d’Auschwitz dans « La zone d’intérêt » au cinéma le 31 janvier

En effet, le cinéaste à qui l’on doit Under the skin, raconte l’atrocité historique sans jamais la montrer. « Je n’ai pas les tripes pour faire un tel film. Nous sommes donc restés d’un seul côté du mur », assure-t-il. Dans le quotidien vide de sens de ce couple presque « normal » qui vit dans un cadre bucolique, l’horreur ne s’immisce que dans la bande-son lancinante, les bruits de tirs, de cris, de chiens qui aboient, ou encore le son des cheminées qui rougeoient dans la nuit.

Un tournage en Pologne, près d’Auschwitz

« L’approche de Jonathan est novatrice. Il ne s’agit pas de recréer une époque ou de susciter des émotions, juste d’observer. Il y a une dimension métaphysique, notamment grâce à la bande-son de Mica Levi », décrit Sandra Hüller au Monde. Il n’empêche que le tournage - qui a eu lieu à l’été 2021, avant celui d’Anatomie d’une chute - n’en a pas été moins éprouvant.

D’abord parce qu’il a eu lieu en Pologne, dans la « zone d’intérêt », à 180 mètres à peine de la vraie propriété des Höss. « La partie la plus difficile était sur le plan personnel. D’être à cet endroit en tant qu’Allemande, et d’être constamment consciente du fait que vous êtes là en tant qu’Allemande », confie à Deadline l’actrice qui partage l’affiche avec son compatriote Christian Friedel. Dans les notes de production, le réalisateur abonde : « Nous étions sur le sol d’Auschwitz. Ces acteurs allemands venaient incarner des personnages qui auraient pu être leurs grands-parents ».

Sans empathie ni sentiment

L’autre difficulté de ce projet hors norme aura été de construire un personnage pour lequel Sandra Hüller n’a aucune once d’empathie ou de sentiment. « Il a fallu faire abstraction de tout ce que l’on sait de ce lieu si particulier, pour entrer dans la tête des personnages, qui semblaient heureux. Ils vivaient dans le déni », poursuit-elle dans son interview au Monde. « En général, sur un tournage, je suis traversée par beaucoup de sentiments inattendus ; cette fois, rien de tel ne s’est passé. J’étais juste là, sans m’impliquer. C’était clinique. »

De cette anti-héroïne encore, elle décrit : « Elle a un jardin magnifique, mais elle ne peut pas ressentir toute la beauté - les fleurs écloses, ou le soleil qui brille sur son visage. Il y a une faille en elle, un vide. C’est de cette façon-là que j’ai décidé d’aborder son personnage. Elle n’aurait aucun de mes sentiments. »

Six mois après son rôle dans Anatomie d’une chute - qui lui vaut d’être en lice pour le César et l’Oscar de la meilleure actrice, Sandra Hüller prouve une nouvelle fois qu’elle excelle dans tous les registres. Même quand il s’agit d’incarner avec une froideur implacable la « banalité du mal ».

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