«Tu vois Hapsatou combien la République est minuscule devant Zemmour», par Magyd Cherfi

Libération.fr

L'écrivain Magyd Cherfi, par ailleurs chanteur du groupe Zebda, livre dans ce texte son soutien à l'entrepreneuse et animatrice Hapsatou Sy, ciblée par des propos racistes du journaliste Eric Zemmour.

Hapsatou, oh belle courageuse, oh belle noire, oh joli prénom ! Gloire d’une France qui ne s’est pas levée pour toi. Aucun écho médiatique puissant pour dénoncer la lâcheté médiatique, aucune célébrité pour dire fuck Ardisson ! Aucun politique pour lancer un «Viva Africa» au nom des soldats noirs morts pour le pays et qu’aucune stèle digne de ce nom ne salue, aucun signe sur le drapeau pas même une tresse sur la chevelure à Marianne.

Tu vois Hapsatou combien la République est minuscule devant Zemmour ! Que valent tous ses principes face à l’insulte de cette face de musaraigne, je rappelle…

— Votre prénom est une insulte pour la France

— Trop fort, Eric, t’es bien plus fort que toutes les lois qui régissent notre hexagone.

Hapsatou, tu as eu ce jour-là trois ennemis, les premiers : les chroniqueurs qui ont abandonné ton cadavre encore chaud sur le bas-côté, z’ont juste mis un coup de pied pour que tu disparaisses tout à fait dans la tranchée. Ces chroniqueurs qui continuent de chroniquer toute honte bue chez Ardisson, désormais feulent, sont devenus des hyènes. Et pour ceux qui «insultent la France» par leur prénom je préfère cacher mon dégueulis au fond du jardin.

Ton deuxième ennemi ? Zemmour bien sûr. Dire que ça rime avec amour, j’ai la gerbe.

Qu’est Zemmour au fond ?

Il n’est qu’un produit qui se vend lui-même et il vend l’infamie (fallait y penser). Il n’est pas raciste ou imbécile à la base, c’est ce qui est singulier. Il l’est devenu quand le concept a payé et c’est le concept qui l’a aliéné. Pour des artistes on dit «il a pris la grosse tête», pour Zemmour on a pas trouvé la formule.

L’important pour ce genre d’individu c’est plus «ce qui paie» qu’autre chose qui excite. Il ne provoque qu’à la condition d’un retour sur investissement car se faire traiter de (...)

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