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Vittorio Sgarbi, ministre de Meloni, se défend d’un vol de tableau et évoque une histoire de vengeance

Vittorio Sgarbi, ministre de Meloni, se défend d’un vol de tableau et évoque une histoire de vengeance 
 (Photo de Vittorio Sgarby prise le 11 septembre 2023)
Stefano Montesi - Corbis / Corbis via Getty Images Vittorio Sgarbi, ministre de Meloni, se défend d’un vol de tableau et évoque une histoire de vengeance (Photo de Vittorio Sgarby prise le 11 septembre 2023)

ITALIE - Une histoire rocambolesque au ministère de la culture italien. Le 9 janvier, le parquet italien a annoncé avoir ouvert une enquête pour auto blanchiment d’œuvre d’art sur le secrétaire d’État à la Culture, Vittorio Sgarbi. Il est soupçonné d’avoir exposé un tableau préalablement modifié afin de masquer le fait qu’il avait été volé. Des accusations que celui-ci dément vigoureusement.

Interrogé ce jeudi 18 janvier sur cette affaire et le fait que Vittorio Sgarbi n’a pas été démis de ses fonctions, le ministre de la Culture Gennaro Sangiuliano a balayé toute mise à l’écart de son collègue : « Bien sûr, les règles s’appliquent. Mais nous avons toujours besoin d’un procès qui ne soit pas fait par vous, mais par les magistrats », a-t-il répondu aux journalistes.

Célèbre historien et critique d’art de 71 ans nommé au gouvernement par Giorgia Meloni, Vittorio Sgarbi aurait agi de manière à dissimuler l’obtention illégale du tableau, a indiqué à l’AFP le parquet de Macerata (centre). Ces derniers jours, les carabiniers de l’unité de protection du patrimoine culturel de Rome ont perquisitionné trois de ses domiciles, selon Rai News et le Corriere della Sera.

Ladite œuvre d’art a été saisie. « J’ai spontanément remis » le tableau de Rutilio Manetti aux Carabiniers a écrit le sous-secrétaire à la Culture sur X (ex-Twitter). « Je suis absolument en paix. La saisie est un acte nécessaire. Je n’ai rien à craindre. Je me défendrai par tous les moyens contre ceux qui spéculent sur le sujet et contre ceux qui s’en rendent complices. »

Une bougie qui sème le trouble

Cette enquête a été lancée après la diffusion, par la télévision publique Rai, d’un reportage consacré à un tableau de l’artiste italien du XVIIe siècle Rutilio Manetti montré dans le cadre d’une exposition par Vittorio Sgarbi en 2021 et quasiment identique à une toile dérobée en 2013.

La propriétaire de « La capture de saint Pierre » avait signalé à la police le vol dans son château du Piémont, dans le nord de l’Italie, précisant que la peinture avait été découpée et retirée de son cadre, comme l’a raconté l’émission Report de la Rai en décembre.

Selon elle, quelques semaines avant le vol, un homme était venu lui demander de l’acheter. Cet homme a été identifié par la Rai comme un ami de Vittorio Sgarbi. La même année, cet homme avait remis une toile déchirée à un expert en restauration qui a affirmé à la Rai qu’il s’agissait bien de la toile dérobée dans le château, puis exposée en 2021.

Une seule différence apparaît : une bougie figure dans le coin gauche du haut du tableau exposé par Vittorio Sgarbi. Selon le restaurateur, ce détail aurait été ajouté après le vol, dans le but de détourner les soupçons. C’est notamment sur cette partie de l’affaire que les procureurs veulent désormais faire la lumière afin de savoir si l’ajout de cette bougie a été fait par le ministre lui-même pour dissimuler sa provenance.

Deux tableaux dont une « mauvaise copie »

Vittorio Sgarbi a rejeté tous ces soupçons avec force, assurant avoir trouvé le tableau dans une villa - autrefois propriété d’une famille noble et où le pape Innocent X aurait séjourné au XVIIe siècle -, achetée par sa mère en 2000.

« Il n’y a pas de mystère, il y a juste deux tableaux », a-t-il affirmé sur la chaîne privée Rete 4. Selon lui, le tableau volé en 2013 est une « mauvaise copie » datant du XIXe siècle, alors que le sien est un original.

Auprès d’El País, il a renchéri : « Ce n’est pas le même tableau ! D’ailleurs, aucun de ceux qui m’accusent [l’émission Report de Rai notamment, ndlr] n’a vu les tableaux : ni l’un ni l’autre. Ils ne peuvent pas écrire des articles m’accusant sans avoir vu les œuvres. J’ai demandé à un expert de vérifier et il sera prouvé que le mien est un original et que tous les éléments, y compris la bougie, font partie de la peinture ».

Vengeance et histoire de dette

Toujours selon lui, l’expert en restauration qui a témoigné pour Rai a voulu se venger en parlant aux médias parce qu’il lui devait une grosse somme d’argent. Le ministre, vieux client de l’artisan, aurait refusé de lui payer plus de 200 000 euros, précise Le Monde.

« Il devrait avoir honte », s’est indigné le ministre, cité par le Corriere della Sera. « S’il soupçonnait qu’il avait été volé, pourquoi ne l’a-t-il pas signalé ? [... ] J’ai les témoignages et les documents qui montrent la présence du tableau dans la villa où je l’ai trouvé. J’ai livré mon tableau [au restaurateur, ndlr] en 2010, bien avant le vol de l’autre, sauf qu’il a fait un travail tellement épouvantable que j’ai décidé de ne pas le payer. Et maintenant, il parle en représailles. »

Vittorio Sgarbi fait l’objet d’une autre enquête, ouverte en octobre par le gendarme italien de la concurrence, pour avoir monnayé sa présence à des conférences, une pratique interdite aux membres du gouvernement.

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