Une vingtaine de morts et 800 blessés dans des manifestations : pourquoi la Colombie s'embrase

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Plusieurs organisations internationales appellent à la fin des répressions contre les manifestants en Colombie, après une semaine de mobilisation, et alors qu'une nouvelle journée de protestation est prévue ce mercredi.

Depuis une semaine, des manifestations rassemblent des milliers de personnes dans plusieurs villes colombiennes. Lancées pour protester contre un projet de réforme fiscale, mis de côté depuis, elles se sont transformées en protestations contre le gouvernement actuel, et ont été violemment réprimées par les forces de l'ordre.

L'ONU, l'Union européenne, les États-Unis et plusieurs ONG ont appelé au calme et dénoncé la répression des manifestations par les forces de l'ordre qui ont fait une vingtaine de morts et des centaines de blessés, alors que de nouvelles protestations sont attendues ce mercredi.

· Une réforme fiscale à l'origine des manifestations

Des milliers de personnes ont commencé à manifester mercredi dernier, contre un projet de réforme fiscale du président de droite Ivan Duque. Il visait à relancer la 4e économie d'Amérique latine, très affectée par la pandémie et dont le PIB a chuté de 6,8% en 2020. Avec son projet initial, le gouvernement entendait collecter quelque 6,3 milliards de dollars entre 2022 et 2031.

Mais l'opposition, plusieurs syndicats d'ouvriers, d'enseignants, ainsi que des associations indigènes et d'autres secteurs ont rejeté ce projet, estimant qu'il portait préjudice à la classe moyenne et était inopportun en pleine crise sanitaire. Les points les plus contestés du texte concernent une hausse de la TVA et l'élargissement de la base d'imposition sur les revenus. Ce alors que la Colombie est actuellement confrontée à sa pire crise en un demi-siècle, avec une chute du produit intérieur brut (PIB) de 6,8% en 2020, un chômage officiel grimpant jusqu'à 16,8%, et une forte hausse de la pauvreté.

Ainsi mercredi à Bogota, des milliers de manifestants, protégés de masques, ont rallié en plusieurs cortèges le coeur historique de la capitale, où se trouvent le siège de la présidence et le parlement. La mobilisation était importante aussi dans d'autres villes, notamment à Medellin (nord-ouest), Cali (sud-ouest) et Barranquilla (nord). 

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Cette première journée de mobilisation a été organisée à l'appel du Comité national de grève, initiateur depuis 2019 de multiples manifestations pour exiger un changement de politique du président conservateur, dont le mandat s'achève en août 2022. 

· L'envoi de l'armée

Les manifestations ont continué les jeudi et vendredi suivant la première protestation. Bien que la mobilisation ait été majoritairement pacifique, des incidents violents se sont produits à Bogota, Cali, Medellin ainsi qu'à Pasto (sud-ouest) et des troubles ont persisté ensuite. Cinq policiers ont par exemple été grièvement blessés dans cette dernière ville, après avoir été attaqués par des bombes incendiaires, rapportait le journal El Tiempovendredi.

Vendredi, un bilan officiel donnait 209 policiers blessés et 185 personnes arrêtées, mais ne faisait pas mention de victimes civiles. L'ONG Temblores faisait pour sa part déjà état d'un total de 46 "victimes de violence physique de la part de la police", et de 184 cas de violences policières lors des mobilisations, relevant des cas de tirs sur les manifestants, et de morts possibles.

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Ce même jour, quelque 3000 militaires et policiers ont été déployés dans la ville de Cali. "Nous allons militariser la ville parce que lamentablement, les personnes qui sont sorties manifester pacifiquement ne sont plus dans les rues, mais ce sont des vandales qui volent et attaquent", a déclaré à Blu Radio Clara Luz Roldan, la gouverneure du département du Valle del Cauca, dont Cali est le chef-lieu.

Au côté du commandant de l'armée de terre, le président Ivan Duque a ensuite annoncé samedi le recours à l'"assistance militaire" pour combattre "ceux qui par la voie de la violence, le vandalisme et le terrorisme prétendent effrayer la société". Ce recours aux militaires face à des manifestations contre la politique du gouvernement a rapidement suscité des craintes dans ce pays peu habitué à la protestation sociale et traumatisé par des décennies de guerre interne.

· La révision puis le retrait du projet

Dès vendredi toutefois, Ivan Duque a annoncé qu'il allait réviser son projet de réforme fiscale, déclarant avoir "donné l'instruction très claire au ministre des Finances (...) d'élaborer un nouveau texte avec le parlement, qui fasse consensus et s'enrichisse de propositions précieuses" des partis politiques, du secteur privé et de la société civile, a déclaré le chef de l'Etat, au cours de son intervention télévisée quotidienne.

Il a assuré de nouveau samedi que le nouveau projet ne reprendrait pas la hausse de la TVA, ni l'élargissement de la base des contribuables à l'impôt sur le revenu, principaux points de contestation.

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Mais cette annonce n'a pas mis un terme aux manifestations, qui ont continué samedi et dimanche dans plusieurs grandes villes colombiennes.

"Il ne s'agit pas seulement du retrait de la réforme, (c'est) la cerise sur le gâteau. Toute la gestion de la pandémie et tout ce qui s'est passé avec ce gouvernement nous a explosé à la figure (...) nous sommes contre toutes les politiques de ce gouvernement", explique Maria Teresa Flores, 27 ans, une manifestante. La Colombie traverse actuellement une troisième vague de contaminations avec plus de 2,9 millions de cas et plus de 75.000 décès.

Dimanche, le président colombien a annoncé le retrait définitif du projet de réforme fiscale, demandant au Congrès d'en préparer un nouveau "de manière urgente", rapporte RFI. À la suite de cette annonce, le ministre des Finances colombien, Alberto Carrasquilla, a présenté lundi sa démission. "Mon maintien au gouvernement rendrait difficile l'édification rapide et efficace des consensus nécessaires", a-t-il déclaré.

· 19 morts, plus de 800 blessés

Dans le même temps, malgré ce recul législatif, des violences graves ont éclaté dans plusieurs manifestations. Selon un bilan officiel lundi, elles ont causé la mort de 18 civils et d'un policier. Le ministère de la Défense a pour sa part fait état de 846 blessés, dont 306 civils. En outre, 431 personnes ont été interpellées au cours des troubles qui ont émaillé certaines manifestations, bien que la plupart aient été pacifiques.

L'ONG colombienne Temblores repertoriait pour sa part dimanche 940 cas de violences policières et précisaient que "la mort de huit manifestants présumément attaqués par des policiers" faisait l'objet d'une enquête.

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En dépit du retrait annoncé, plusieurs centaines de manifestants sont à nouveau descendus lundi et mardi dans les rues de plusieurs grandes villes, bloquant la circulation sur certaines avenues. Dans la capitale, 16 postes de police ont été attaqués mardi soir par des dizaines de personnes, selon les autorités. Un bilan officiel donne sept civils et 27 policiers blessés. Le président Ivan Duque a fermement affirmé son soutien aux forces de l'ordre.

Le ministre de la Défense, Diego Molano, a de son côté affirmé en début de semaine que les incidents violents étaient "prémédités, organisés et financés par des groupes dissidents des Farc". Il a par ailleurs fait état de dégâts causés à 313 établissements commerciaux, 94 banques, 69 stations de transports publics, 36 guichets bancaires automatiques et 14 péages routiers. 

· Condamnation internationale de "l'usage excessif de la force"

Mardi, les Nations Unies ont de leur côté fermement condamné "l'usage excessif de la force" par les forces de sécurité lors de manifestations en Colombie, notamment à Cali. "Nous sommes profondément alarmés par les événements dans la ville de Cali en Colombie, où la police a ouvert le feu sur des manifestants qui s'opposent à une réforme fiscale, tuant et blessant un certain nombre de personnes selon des informations disponibles", a déclaré Marta Hurtado, porte-parole du Haut commissariat aux droits de l'homme, lors d'un point de presse de l'ONU à Genève.

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"L'Union européenne condamne les actes de violence", a également déclaré le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Les Etats-Unis ont de leur côté appelé à la "plus grande retenue de la part de la force publique afin d'éviter d'autres pertes de vies".

L'ONG Amnesty International a, elle, demandé que soit mis "fin à la répression des manifestations" et à "la militarisation des villes".

Article original publié sur BFMTV.com

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