Vel d'Hiv: le symbole de la déportation des Juifs sous l'Occupation

Une cérémonie de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, organisée à Paris. - PIERRE ANDRIEU / AFP
Une cérémonie de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, organisée à Paris. - PIERRE ANDRIEU / AFP

La rafle du Vel d'Hiv il y a 80 ans, qui fera l'objet d'une commémoration dimanche par le président Emmanuel Macron sur le site de l'ancienne gare de Pithiviers, est devenue le symbole de la déportation des Juifs sous l'Occupation en France.

Le 16 juillet 1942 et les jours suivants, à la demande des Allemands, plus de 13.000 Juifs - dont 4115 enfants - sont arrêtés à leur domicile à Paris et en banlieue par 9000 fonctionnaires français, dont environ 5000 policiers sous les ordres de René Bousquet, chef de la police de Vichy. Entassés dans des autobus, 8160 personnes, y compris les vieillards et les malades, sont conduits au stade du Vélodrome d'Hiver, sur le quai de Grenelle, dans le XVe arrondissement de Paris.

L'armistice signé en 1940 obligeait la police française à exécuter les ordonnances de la puissance occupante. La police du gouvernement de Vichy est ainsi devenue un bras armé des Allemands. Toutefois, lors de la rafle, le nombre des personnes arrêtées a été bien inférieur aux attentes des Allemands car des fuites dans la police ont permis à beaucoup d'y échapper.

Cette rafle représente tout de même à elle seule plus du quart des 42.000 Juifs déportés de France à Auschwitz en 1942, dont seulement 811 reviendront chez eux après la fin de la guerre.

Le 22 juillet, les personnes arrêtées sont évacuées vers les camps de Drancy (Seine-Saint-Denis, banlieue nord), de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande (Loiret, à une centaine de km au sud de Paris) puis envoyées en camps d'extermination. Quelques dizaines d'adultes seulement survivront.

La difficile reconnaissance de l'implication française

De Gaulle, à la Libération puis lors de son retour au pouvoir de 1958 à 1969, et ses successeurs à l'Élysée, jusqu'au socialiste François Mitterrand, se refusent à reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. Pour eux, il n'y eut, durant l'Occupation allemande, qu'une seule France légitime, celle de la France libre représentée par de Gaulle, en exil à Londres.

Mais les travaux des historiens, la parole libérée des survivants et les procès d'Adolf Eichmann en Israël, de Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon en France, contribuent à faire progressivement évoluer l'attitude des autorités françaises. Le président François Mitterrand instaure en 1993 une "journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite 'gouvernement de l'État français' (1940-1944)". Cette commémoration est fixée à la date anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv.

Puis, pour la première fois au plus haut sommet de l'État, un président, Jacques Chirac, reconnaît la responsabilité de la France dans les déportations de Juifs. "Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français", dit-il le 16 juillet 1995.

En juillet 2012, le président François Hollande va plus loin: "la vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France", déclare-t-il. Il soulève alors les critiques de responsables de droite (Henri Guaino) et de gauche (Jean-Pierre Chevènement) tandis qu'au Front national, on appelle à "cesser de culpabiliser les Français". En juillet 2017, Emmanuel Macron, nouvellement élu président, réaffirme, pour le 75e anniversaire de la rafle, la responsabilité de la France et prononce un plaidoyer contre l'antisémitisme et le racisme, en présence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Après avoir affirmé, en avril 2017, que la France n'était "pas responsable du Vel d'Hiv", la patronne du Rassemblement national (ex-Front national) Marine Le Pen change radicalement de discours en juillet 2020, saluant la "mémoire" des victimes de la rafle du Vel d'Hiv et dénonçant "les nouveaux prêcheurs de haine" qui "s'en prennent à nos compatriotes juifs".

Article original publié sur BFMTV.com

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