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Urgences : une femme de 61 ans décède à l'hôpital après plusieurs heures d'attente

Après l'avoir amenée à l'hôpital de Bourgoin-Jallieu (Isère) pour soigner une crise de goutte, le mari de la sexagénaire ne l'a ensuite plus jamais revue.

Une tragédie possiblement provoquée par un retard de prise en charge aux urgences (Photo : Getty Images/iStockphoto)

Une tragédie qui illustre cruellement l'ampleur du délabrement de l'hôpital public. Il y a quelques semaines, une habitante de la ville de Bourgoin-Jallieu (Isère) est décédée des suites d'une série d'infarctus, après avoir passé plusieurs heures aux urgences du centre hospitalier de la commune.

Comme l'explique Actu Grenoble, les faits se sont produits au début du mois de janvier. Âgée de 61 ans et prénommée Cathy, la victime s'était rendue aux urgences ce jour-là pour faire soigner une infection à deux orteils, consécutive à une crise de goutte. Souffrant de lourdes pathologies chroniques, la sexagénaire était accompagnée par son mari.

Le mari expulsé de l'hôpital malgré son statut d'aidant

"Ma femme est handicapée à 80% en raison d’insuffisance pulmonaire et problèmes cardiaques, précise ce dernier, cité par le média local. J'ai le diplôme de secouriste. J'ai totalement arrêté de travailler pour m'occuper d'elle." Depuis que la maladie de Cathy s'est déclarée, le conjoint a ainsi demandé et obtenu le statut d'aidant, qui l'autorise a priori à l'accompagner dans ses démarches médicales.

Le jour du drame, cependant, le conjoint a été contraint de rentrer chez lui. Arrivé à l'hôpital à 11h, le couple a ensuite patienté plus de deux heures avant qu'une infirmière passe et valide l'admission de la malade aux urgences. Son mari a alors été invité à quitter les lieux et a fini par être mis dehors par la police municipale après avoir insisté pour rester auprès de sa compagne.

Trois heures d'attente entre deux radios

En contact quasi-permanent avec son épouse, le Berjallien a toutefois pu retracer avec précision la suite des événements. "À 18h47, elle a pu boire un verre d’eau. À 22h, elle est enfin prise en charge. À 1h, elle passe une radio du pied droit et attend jusqu’à 4h pour passer une radio du pied gauche", relate le mari, cité par Actu Grenoble. Alors qu'elle n'avait toujours pas eu de diagnostic, ni bénéficié de soins, la sexagénaire a de nouveau été conduite en salle d'attente pour plusieurs heures.

Cathy contacte ensuite une ultime fois son époux, "au lever du soleil" selon le média local. "Elle m’a dit : ‘Je suis très fatiguée… ne t’inquiète pas, je te rappelle’, c’est la dernière fois que j’ai entendu le son de sa voix", témoigne son partenaire. Dans les minutes suivantes, la sexagénaire aurait ainsi été victime de trois infarctus successifs, la plongeant dans un coma profond.

"Vous rentrez pour deux orteils, vous ressortez dans un cercueil"

Hospitalisée en réanimation à Bourgoin-Jallieu, puis dans un établissement de la région lyonnaise, Cathy est finalement morte onze jours plus tard, le 16 janvier. Dévasté et persuadé de la responsabilité de l'hôpital dans le décès de son épouse, le mari a décidé de porter plainte "pour non-assistance à personne en danger", indique Le Dauphiné Libéré.

"Malgré ses pathologies, elle ne vivait rien de dramatique, rappelle le conjoint endeuillé. Vous rentrez pour deux orteils, vous ressortez dans un cercueil. Elle a attendu 11 heures sur une chaise. Je ne sais pas s'ils sont responsables directement, mais c'est certain que ça n'a pas aidé."

La direction de l'hôpital dément tout dépôt de plainte

Contactée par Actu Grenoble, la Direction Générale du centre hospitalier Pierre Oudot a assuré qu'elle s'associait "pleinement à la douleur de la famille" et dément l'information selon laquelle le mari aurait déposé une plainte à l'encontre de l'établissement de santé.

"Contrairement à ce qui est mentionné dans la presse, le centre hospitalier Pierre Oudot n’a pas été saisi d’une réclamation par le mari de la défunte ni saisi dans le cadre d’un dépôt de plainte, affirme la direction, toujours citée par le média local. Nous proposerons cependant à l’époux de la patiente une rencontre permettant d’exposer les éléments de prise en charge de son épouse qui restent des éléments personnels et confidentiels."

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