Un hôpital de MSF touché par des frappes aériennes au Yémen

UN HÔPITAL DE MSF CIBLE DE RAIDS AÉRIENS AU YÉMEN (Reuters)

par Noah Browning DUBAÏ (Reuters) - Un hôpital géré par Médecins sans Frontières (MSF) dans le nord du Yémen a été touché par des frappes aériennes de la coalition emmenée par l'Arabie saoudite, a annoncé l'ONG mardi, mais un porte-parole de la coalition a nié toute responsabilité. Médecins sans Frontières a indiqué que son hôpital de la province de Saada, situé dans le district de Hidane, avait été touché à plusieurs reprises lundi soir alors que des patients et du personnel se trouvaient à l'intérieur. Les installations ont été détruites et deux membres de l'équipe de MSF légèrement blessés, a précisé l'ONG. "Par chance, la première frappe a touché le bloc opératoire alors qu'il était vide et que nos équipes s'affairaient dans la salle des urgences. Ils ont eu le temps de se mettre à l'abri avant qu'un autre missile ne touche l'aile de la maternité", a déclaré Hassan Boucenine, directeur de MSF au Yémen, joint par téléphone par Reuters. "C'était peut-être une erreur, mais le fait est qu'il s'agit d'un crime de guerre. Il n'y a aucune justification à viser un hôpital. Nous avons fourni (à la coalition) toutes nos coordonnées GPS il y a deux semaines environ", a-t-il ajouté. Prié de dire si les avions sous commandement saoudien avaient bombardé l'hôpital, le général Ahmed Asseri, porte-parole de la coalition joint par courrier électronique, répond : "Pas du tout". Interrogé sur la cause des explosions, il ajoute : "On ne peut pas le dire sans une enquête". 39E CENTRE DE SOIN TOUCHÉ L'organisation Amnesty International, qui milite pour un embargo sur les livraisons d'armes aux pays de la coalition du fait de bombardements répétés de secteurs civils, a estimé elle aussi que le "bombardement apparemment délibéré" de l'hôpital pourrait constituer un crime de guerre. A New York, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a réclamé une "enquête rapide, efficace et impartiale" afin d'établir les responsabilités. C'est la deuxième fois depuis le début du mois qu'un hôpital de MSF est touché: le 3 octobre, des installations de l'ONG à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, ont été bombardées par l'armée américaine, faisant 22 morts dont douze membres du personnel de l'ONG. Le président américain Barack Obama a présenté des excuses, mais MSF continue à réclamer qu'une commission humanitaire indépendante mène une enquête sur ce que l'ONG considère comme un crime de guerre. La coalition formée à l'initiative de Ryad mène depuis le 26 mars dernier des opérations aériennes contre les miliciens chiites Houthis, afin de rétablir le président Abd-Rabbou Mansour Hadi dans ses fonctions. Les Houthis tiennent Sanaa, la capitale, depuis septembre 2014 et sont appuyés par des éléments de l'armée fidèles à l'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh. D'après l'Unicef, l'hôpital de Saada est le 39e centre de soins touché au Yémen depuis le début de l'offensive aérienne sous commandement saoudien. "Davantage d'enfants au Yémen pourraient bien mourir d'un manque de soins et de médicaments que sous les balles et sous les bombes", a déclaré son directeur, Anthony Lake. Le conflit yéménite a fait plus de 5.600 morts et aucune solution n'est en vue malgré les efforts de l'émissaire de l'Onu. (Eric Faye, Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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