Un "continent" de plastique exploré dans l'Atlantique Nord

par Cécile Everard

FORT-DE-FRANCE Martinique (Reuters) - L'expédition "Septième continent", qui vient de rentrer en Martinique d'un périple d'un mois à la recherche d'un énorme amas de plastique dans l'Atlantique Nord, est revenue attérrée de son voyage après avoir validé ses hypothèses. En pire.

"Ce ne sont pas les macrodéchets les plus impressionnants", raconte Patrick Deixonne, membre de la société des Explorateurs français et chef de cette mission qui a emmené ses sept membres jusqu'à 1.000 kilomètres des côtes martiniquaises, jusqu'à la mer des Sargasses, du 5 au 26 mai.

"Ce sont les grandes soupes de déchets, formées de petites particules de plastique. Un des moments les plus marquants est lorsque nous avons été plusieurs à y plonger le bras : il a fallu ensuite utiliser des pinces à épiler pour retirer les petits morceaux de plastique de notre peau. Imaginons la baleine bleue qui ouvre grand sa gueule pour avaler tout ça!"

Laurent Morisson, un des membres de l'équipage, ajoute : "Au début de l'expédition, nous observions des baleines, des dauphins, des oiseaux. Puis ils ont disparu et nous avons commencé à voir du plastique partout."

La zone explorée n'a pas été sélectionnée au hasard : des courants océaniques tourbillonnants, les gyres, sont à l'origine de cette concentration de détritus en plusieurs endroits du globe, dont cinq sites principaux : océan Pacifique Nord et Sud, océan Atlantique Nord et Sud et océan Indien.

Ce phénomène de concentration des déchets a été mis pour la première fois en évidence par l'Américain Charles Moore, de l'Algalita marine research Foundation, dans le Pacifique Nord.

Cette fondation a ainsi découvert un "continent de plastique" - une image forte choisie à dessein, même s'il est impossible d'y planter un drapeau - d'une superficie égale à environ six fois celle de la France, soit 3,5 millions de kilomètres carrés.

DONNÉES À EXPLOITER

C'est pour "faire connaître ce phénomène aux Européens", que Patrick Deixonne a décidé de suivre les traces de Charles Moore en montant lui-même des expéditions, la dernière en date étant la réplique de celle qu'il avait conduite en mai 2013 dans le Pacifique Nord.

"Ce projet est né quand j'ai traversé l'Atlantique à la rame en 2009, du Sénégal à Cayenne, en Guyane. Quand on rame, c'est comme lorsque l'on marche à travers le désert, on a le temps de contempler le paysage. J'ai vu beaucoup de morceaux de plastique. En rentrant, cela a tourné dans ma tête et je me suis demandé où ils pouvaient bien aller."

Financée en grande partie par l'Agence de l'eau Seine Normandie et portée par l'association guyanaise Ocean scientific logistic (OSL), l'expédition a été montée en partenariat avec des organismes scientifiques comme Mercator océan, le Centre national d'études spatiales, l'Agence spatiale européenne et le Centre national de la recherche scientifique.

L'un des objectifs de l'expédition était de cartographier le "continent", en liaison avec les organismes scientifiques.

"Régulièrement, des photos optiques et radar de la zone où nous nous situions étaient prises par satellite", témoigne Romain Toutlemonde, chargé de l'intendance. "Nous devions alors décrire ce que nous voyions à droite, à gauche et à l'avant du bateau, notamment en matière de macrodéchets, et aussi relever les paramètres donnés par des bouées gyroplastic (température, salinité, présence de phytoplancton et de plastique).

Les données vont mettre des mois, voire des années à être exploitées par les scientifiques.

UN BIOFILM DE PLASTIQUE À LA SURFACE

"Nous souhaitons estimer la quantité de plastique présente par unité de surface, et aller plus loin", précise Alexandra Ter Hall, chercheuse au CNRS, à l'Université Paul Sabatier de Toulouse. "Nous allons évaluer la concentration en polluants organiques persistants (POP) et en métaux lourds contenus dans ces plastiques. Nous allons aussi analyser le biofilm qui se forme à la surface des plastiques : il semblerait que des bactéries étrangères au milieu océanique s'y installent. Nous ne connaissons pas leur impact sur les écosystèmes."

Selon la littérature scientifique américaine, la continent de plastique pourrait concerner dans l'Atlantique Nord une superficie de 1.000 km sur 2.000 km environ.

"Il a été démontré que les tortues et 90% des oiseaux marins ingèrent du plastique, mais aussi les organismes plus petits, du poisson au phytoplancton", explique Alexandra Ter Hall.

"Nous ne sommes pas contre le plastique. Seulement, nous en consommons à outrance, sans nous soucier de son recyclage", dit Patrick Deixonne, qui souhaite repartir l'année prochaine sur un autre gyre, dans l'océan Atlantique Sud ou dans l'océan Indien.

(Edité par Yves Clarisse)

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