Ukraine: avec plusieurs frappes contre des civils, la Russie reprend sa stratégie de la terreur

Le centre commercial bombardé à Krementchouk.  - AFP PHOTO /UKRAINIAN STATE EMERGENCY PRESS SERVICE
Le centre commercial bombardé à Krementchouk. - AFP PHOTO /UKRAINIAN STATE EMERGENCY PRESS SERVICE

Stupeur, sidération, dégoût. L'anéantissement du centre commercial de la ville de Krementchouk, dans le centre de l'Ukraine, par un missile russe lundi a endeuillé le peuple ukrainien et indigné la scène mondiale. Dans la foulée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé "l'un des actes terroristes les plus éhontés de l'histoire européenne", les dirigeants du G7 réunis en Bavière une "attaque abominable" constitutive d'un "crime de guerre", et le président français Emmanuel Macron, une "horreur absolue".

Et l'horreur est d'autant plus grande que loin de Krementchouk, la population civile a encore fait les frais des bombardements russes à Kharkiv ou à Lyssytchansk lundi soir. Le signe d'un renforcement de la politique de terreur voulue par Moscou.

1000 personnes sur place

Certes, en 124 jours de conflit ce mardi, les Russes n'ont jamais cessé de pilonner les civils depuis les airs. On se souvient, entre autres, des 57 morts de la gare de Kramatorsk le 8 avril dernier, et des victimes de la déflagration du théâtre de Marioupol précédemment. Mais ce lundi restera comme une journée noire pour le peuple ukrainien. Selon un bilan encore provisoire au lendemain de l'attaque, 18 personnes, au moins, ont perdu la vie dans le bombardement du centre commercial de Krementchouk.

"Il y avait plus de 1000 personnes sur place au moment de la frappe", a dénombré Oleksii Arestovytch, conseiller militaire de Volodymyr Zelensky, ce mardi matin sur notre antenne, avant d'avertir: "Le toit s'est effondré et puis il y a eu l'incendie, donc le bilan est loin d'être définitif".

À 200 kilomètres du front

Le coût humain de l'opération russe promet donc d'être particulièrement lourd, tandis qu'elle apparaît comme gratuite. "Nous sommes à 200 kilomètres du front, dans une ville qui n'a aucun intérêt militaire, et où il n'y a aucune installation militaire", a pointé le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense de BFMTV.

L'armement employé par les Russes signe également leur volonté de ne pas faire de quartier. "Les Russes ont utilisé un missile X22, avec un périmètre d'action de 600 mètres, ce n'est donc pas très précis et ils ont visé le centre de la ville. Il n'y avait aucune cible militaire autour, ils ont donc visé des civils", a démontré Oleksii Arestovytch. Jérôme Pellistrandi a précisé: "Le missile X22 a été lâché a priori depuis un avion. Ces missiles ont une charge explosive importante, on en voit hélas le résultat".

Kharkiv, Lyssytchansk: les Russes étendent leur offensive contre les civils

Même cible quelques heures plus tard à Kharkiv, où quatre individus sont tombés sous une bombe russe, bilan auquel on doit ajouter 19 blessés. "Sept enfants ont été touchés à Kharkiv", a d'ailleurs assuré Oleksii Arestovytch qui a ajouté: "Les Russes ont atteint plusieurs villes, ils souhaitent mettre en place une politique de terreur. Leur objectif est de toucher un maximum de personnes".

Une autre exaction a été perpétrée contre les civils lundi, cette fois contre les habitants de Lyssytchansk, dans le Donbass, tout près de la ville de Severodonetsk qui vient de tomber aux mains des Russes. Au moins huit civils ukrainiens ont été tués et 21 autres blessés dans ce bombardement russe pendant qu'ils collectaient de l'eau.

"Les Russes ont tiré sur une foule de gens avec des lance-roquettes multiples Ouragan, au moment où les civils collectaient de l'eau à partir d'une citerne", a déclaré Serguii Gaïdaï, gouverneur de la région de Lougansk, sur Telegram.

Le moral tient

Sur place, les Ukrainiens paraissent démunis. "Nous avons 2000 kilomètres de frontières à couvrir! Il nous faut énormément de missiles et de système de défense anti-aérien", a fait valoir Oleksii Arestovytch qui a indiqué: "Nous espérons des équipements antimissiles". Pour sa part, la France a annoncé lundi soir, par l'entremise du ministre des Armées Sébastien Lecornu, qu'elle fournirait six canons Caesar supplémentaires à son allié.

Mais au-delà de la réponse militaire, la question est de savoir si les frappes russes atteignent leur vraie cible: le moral des civils. Vendredi dernier déjà, accablé par le harcèlement incessant des Russes, Ievgenii Lutsenko, résident de Kharkiv, avait confié à BFMTV: "Ça ressemble à un thriller psychologique". Oleksii Arestovytch, le conseiller militaire de Volodymyr Zelensky, a tenu quant à lui à souligner la résolution de ses concitoyens: "Nous n'avons pas peur, nous ne fléchissons pas. Au contraire, nous sommes plus motivés que jamais."

Article original publié sur BFMTV.com

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