Ukraine: la France et l'Europe "absentes"? La droite (mais pas que) s'agace

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POLITIQUE - Quel est le point commun entre Fabien Roussel, Gérard Larcher et Jean-Christophe Lagarde? Tous sont d’accord pour déplorer “l’absence” de la France et de l’Europe dans le dossier ukrainien, qu’ils jugent abandonné aux mains des États-Unis et de la Russie.

Face aux milliers de militaires russes massés à la frontière de l’Ukraine, les menaces de sanctions - économiques principalement - se multiplient. Elles sont portées par les Américains, qui se sont cependant réjouis de l’“unanimité totale avec les dirigeants européens” sur l’attitude à adopter.

Mais pour l’opposition française, il ne s’agit pas tant d’unanimité que d’absentéisme sur la question. Ce mercredi 26 janvier, le président LR du Sénat Gérard Larcher a déploré que le “dialogue se (fasse) aujourd’hui uniquement entre Russes et Américains” tandis que “l’Europe est la grande absente.”

Il a estimé que la présidence française de l’UE pourrait permettre à la France de s’imposer davantage sur le sujet. “La Russie est aussi en Europe et ce dialogue est tout à fait essentiel”, a-t-il défendu sur CNews, avant d’ajouter que “l’Ukraine, c’est l’Europe”, en raison de sa position géographique et des enjeux communs avec le reste du continent, par exemple sur l’immigration.

Un avis partagé par la candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse. Dans une tribune parue dans Le Monde ce mercredi, elle a défendu l’idée que la Russie “fait avant tout partie du continent européen” et enjoint les Américains à “accepter que les Européens puissent prendre en charge les problèmes de leur propre famille.”

“Au moment où s’engage une escalade des tensions autour de l’Ukraine et où se déroulent des discussions entre Américains et Russes sur l’avenir de la sécurité en Europe, sans les Européens, j’appelle chacun à revenir à la vision prémonitoire du général de Gaulle”, écrit-elle.

Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, va dans le même sens. “Je constate que le dialogue se fait entre les Russes et les Américains alors que la guerre est au seuil de l’Europe. Et que l’Europe est absente”, a-t-il regretté sur Europe1.

Et aussi étonnant que cela puisse paraître, le communiste Fabien Roussel emploie le même terme. “On a délégué, on a sous-traité à Biden, le soin de discuter avec Poutine sur une menace de guerre qui se passe à deux heures de chez nous. Vous imaginez une seule seconde le général de Gaulle (...) attendre les bras croisés que les Russes et les Américains aient fini de parler? Elle est où la voix de la France aujourd’hui? Elle est complètement absente”, a lâché le candidat du PCF à la présidentielle sur franceinfo.

Sans aller aussi loin, le candidat EELV Yannick Jadot avait formulé le même regret: “Je n’accepte pas que la question ukrainienne soit réglée par les États-Unis et la Russie”, avait-il souligné la veille.

Macron tente de reprendre la main

Emmanuel Macron doit échanger ce vendredi 28 janvier avec Valdimir Poutine sur le dossier. Un échange qui intervient après une première rencontre entre ministres américain et russe.

Dans un langage à la limite de la courtoisie diplomatique, le président français lui-même a marqué sa volonté de reprendre la main sur le sujet. “La discussion entre les États-Unis et la Russie est-elle une bonne chose? Oui. Cette discussion a-t-elle donné des résultats concrets? Je n’en ai pas vu”, a lancé Emmanuel Macron le 24 janvier, décidé à avoir son propre canal de communication avec Vladimir Poutine.

Il plaide pour une “désescalade” et un dialogue - une volonté partagée par Gérard Larcher et Fabien Roussel, même si leurs solutions pour apaiser les tensions diffèrent.

La position délicate de l’Europe

Comment expliquer cette prudence européenne? Plusieurs experts font valoir qu’en termes économiques, l’Europe a plus à perdre que les États-Unis, en cas de rupture totale avec la Russie. “La proximité géographique va de pair avec des liens économiques et sécuritaires étroits”, commente auprès de l’AFP Guntram Wolff, directeur de l’institut bruxellois Bruegel. Olivier Dorgans, avocat spécialisé dans les sanctions économiques, souligne le risque pour l’Europe de “se sanctionner elle-même”.

Un secteur en particulier pourrait faire les frais d’un durcissement des tensions: les hydrocarbures - sujet déjà brûlant en France du fait de la hausse des prix.

Moscou est à l’origine de plus de 40% des importations européennes de gaz, et un tarissement, du fait de sanctions occidentales ou de mesures de rétorsion russes, risquerait d’alourdir un peu plus la facture d’énergie de millions de ménages. “Il existe des réserves mais on parle là de quelques semaines de consommation”, analyse Guntram Wolff. “Les réserves parviendraient à zéro et il serait alors très compliqué de compenser à 100% les importations de gaz russe avec du gaz du Qatar ou d’autres producteurs”, estime-t-il.

En outre, Moscou demeure le cinquième marché d’exportations pour l’Union européenne, avec 81,5 milliards d’euros de janvier à novembre 2021. C’est aussi le troisième plus gros fournisseur du continent derrière la Chine et les États-Unis, selon Eurostat. “Cette relation commerciale compte pour nous”, a reconnu la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen le 20 janvier tout en affirmant pour nuancer que cette relation “compte encore plus pour la Russie”, dont l’UE est le premier partenaire et premier investisseur.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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