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Ugo Bernalicis s’emporte à l’Assemblée nationale après une décision de Sacha Houlié

POLITIQUE - Un député qui vocifère, des réactions outrées, une sanction demandée et plusieurs versions qui s’affrontent. Ce jeudi 30 novembre, le député LFI du Nord, Ugo Bernalicis, a provoqué un incident « grave » durant l’examen du Projet de loi immigration en commission des Lois de l’Assemblée nationale. Une altercation qui donne lieu à plusieurs interprétations ce vendredi 1er décembre, alors que le président de ladite commission, Sacha Houlié, a demandé au bureau de l’Assemblée nationale de sévir contre le député.

Mais d’où tout cela est-il parti ? La réponse tient en un mot : calendrier. Il se trouve que ce même jour, l’Assemblée examinait les textes de la niche parlementaire LFI. C’est-à-dire que des députés discutaient dans l’hémicycle des propositions de lois insoumises, quand leurs collègues siégeant à la commission des lois travaillaient sur le Projet de loi immigration en présence de Gérald Darmanin. Une collision d’agenda qui faisait grincer des dents, mais qui est loin d’être inédite.

Un problème d’agenda qui met le feu aux poudres

En début de soirée, vers 19 h 30, Ugo Bernalicis, qui était dans l’hémicycle, décide de se rendre à la commission des Lois, manifestement furieux de voir ses collègues sécher la discussion générale sur une proposition de loi de son groupe. Celle-ci porte sur la réouverture des guichets physiques dans les services publics. Le parlementaire vient donc réclamer une suspension des travaux de la commission, afin que ses collègues le rejoignent en séance.

Et fort d’un argument entendable : le dispositif en discussion avait été préalablement examiné en Commission des Lois. Pour le député du Nord, Sacha Houlié avait donc l’obligation de prononcer une suspension de séance, pour permettre aux membres de la commission des lois de rejoindre l’hémicycle et discuter du texte (qui a par ailleurs été adopté). Une obligation ? Plutôt un usage.

« Il est vrai que la pratique c’est que la commission ne siège pas quand un texte qui est de sa responsabilité est examiné dans l’hémicycle », explique au HuffPost une source parlementaire, alors que les insoumis, à l’image de Clémence Guetté, affirment qu’il était seulement question de laisser les commissaires aller en séance pour voter. « C’est totalement faux, il n’y avait aucun vote en cours en hémicycle. Vous n’étiez pas présente Madame Guetté. J’y étais. Le tapage de votre collègue a gravement perturbé nos travaux et son attitude agressive nous a tous profondément choqués. C’est indéfendable », a répliqué sur le réseau social X, Naïma Moutchou, vice-présidente Horizons de l’Assemblée nationale, qui présidait la discussion générale dans l’hémicycle.

Sur le fond, un habitué du Palais Bourbon assure de son côté que le motif de la colère d’Ugo Bernalicis n’est pas forcément illégitime, et que cet usage, bien que non obligatoire, répond à un objectif bien précis : « Sinon on se retrouve avec un hémicycle vide si tous les députés sont en commission ».

Une analyse que ne partage pas Sacha Houlié, exemples à l’appui. « Ça n’a pas beaucoup dérangé monsieur Bernalicis lorsque, mardi, on a siégé en même temps que la discussion générale de la proposition de résolution sur le droit de l’immigration en mer, alors que cela relève de notre commission », rétorque au HuffPost le député de la Vienne, qui assure que le motif mis en avant par LFI ce vendredi est « un mensonge pour justifier son dérapage ».

« Force physique »

Sur l’altercation aussi, deux versions s’affrontent. Sur les images, on observe effectivement que le député du Nord s’en prend de façon virulente à la commission. Au moment où il prend la parole, c’est la députée LIOT Estelle Youssoupha qui défend son amendement. Ce qui, manifestement, n’émeut pas Ugo Bernalicis, qui semble juger que sa requête justifie de lui couper la parole.

« Voilà ce qui a provoqué mon allocution : cet extrait n’est que le début de l’escalade du bonhomme qui a vociféré, menacé, gesticulé, hurlé (avec son groupe) pendant plus d’une dizaine de minutes pour empêcher, suspendre les débats », a dénoncé sur le réseau social X l’élue de Mayotte, en partageant la vidéo de l’incident.

Un incident durant lequel le député du Nord s’est montré menaçant. « Vous suspendez la commission des lois ! (...) Il faudra employer la force physique si vous voulez me virer ! Je resterai là tant qu’elle ne sera pas suspendue », a-t-il notamment hurlé. Dans Le Figaro, un parlementaire assure que l’intéressé a aussi donné l’impression de s’en prendre à Estelle Youssoupha, qui voulait s’interposer. « Elle voulait calmer les esprits et il l’a menacée, a bombé le torse devant elle en hurlant », témoigne auprès du quotidien au témoin de la scène.

Or, pour Clémence Guetté, rien de très répréhensible. « Le ton est monté », a-t-elle convenu, dénonçant « le rapport à géométrie variable » de la Macronie avec le règlement de l’Assemblée nationale. « Le ton est monté, il n’y a pas eu de violence je pense qu’il faut dédramatiser. Je ne suis pas sûr que les gens soient inquiets de cette situation », a-t-elle poursuivi. Ce sera au bureau de l’Assemblée nationale de statuer sur le sort d’Ugo Bernalicis. Il se réunira mardi 12 décembre.

Selon les informations de BFMTV et du Figaro ce vendredi après-midi, la présidente de l’Assemblée nationale a d’ores et déjà annoncé une sanction à son encontre : un quart de suspension de son indemnité le mois prochain avec rappel à l’ordre et inscription au procès verbal, avant la réunion du bureau du Palais Bourbon qui pourrait décider d’une sanction plus grave.

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