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UFC 297: Strickland-Du Plessis, l’histoire d’une rivalité inattendue mais vite bouillante

Qui aurait parié sur ça? Qui aurait misé le moindre kopeck, début 2023, sur un premier événement numéroté UFC en 2024 avec en tête d’affiche l’Américain Sean Strickland qui défendrait la ceinture des -84 kilos contre le Sud-Africain Dricus Du Plessis? L’improbable s’est pourtant transformé en réalité. L’UFC 297, ce week-end à Toronto et en direct sur RMC Sport 2, verra les deux hommes régler une rivalité qui n’existait pas début décembre mais qui a vite tourné au bouillant. Tout débute en septembre. Deux mois plus tôt, Du Plessis a choqué le monde à Las Vegas lors de l’UFC 290.

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Après cinq victoires de rang depuis ses débuts à l’UFC en octobre 2020, "Stillknocks" (son surnom) se retrouve face à Robert Whittaker, ancien champion considéré par les spécialistes comme le meilleur poids moyen au monde derrière Israel Adesanya. Pour un inattendu succès par TKO au deuxième round qui chamboule la catégorie. L’idée de le voir affronter Adesanya est vendeuse. Les deux se sont écharpés par micros interposés sur leur "africanité", Du Plessis s’amusant à se vendre comme le futur "premier champion UFC vraiment africain" car résidant sur place, au contraire d'Adesanya, Kamaru Usman ou Francis Ngannou.

De quoi irriter Adesanya qui monte dans la cage après sa victoire sur Whittaker pour se chauffer avec lui. Tout pointe vers un combat entre les deux. Mais "Izzy" veut combattre début septembre en Australie. Trop tôt pour "DDP". L’UFC doit trouver un autre challenger. Sean Strickland, qui sort de deux victoires contre Nassourdine Imavov et Abus Magomedov, prend la place. Et touche le jackpot. L’Américain met Adesanya à terre au premier round et le domine debout, totale surprise, pour monter sur le trône des moyens de la plus grande organisation de MMA au monde. Adesanya en pause après cette défaite, l’UFC donne au Sud-Africain le rôle de challenger pour la première défense de titre de l’Américain à l’UFC 297.

Aucune rivalité n’existe encore entre les deux. Ça va vite changer. Mi-décembre, en marge de l’UFC 296, l’organisation réunit les combattants stars de ses prochains événements pour une conférence de presse à Las Vegas. Où Du Plessis va franchir la limite en titillant Strickland sur son enfance auprès d’un père alcoolique et violent qui lui a fait vivre l’enfer et a plusieurs fois menacé de tuer sa mère devant lui. "Tu penses que ton père te battait? Je vais te montrer ce que c’est que d’être battu, lance le Sud-Africain. Tous tes souvenirs d’enfance vont remonter quand je serai dans la cage avec toi. Chaque souvenir! Quand tu étais au lit et qu’il venait dans ta chambre te défoncer…"

L’énervement accompagné d’insultes du champion ne laisse aucune place au doute. Du Plessis a touché un point (très) sensible. Grande gueule à la langue bien pendue, capable des pires dingueries parfois nauséabondes au micro, l’homme qui a grandi auprès d’un père alcoolique et violent et d’un grand-père raciste et suprématiste blanc a une limite personnelle. Elle vient d’être franchie. "Quand Du Plessis plaisante sur ça… Mec, tu n’as aucune idée, détaillera-t-il plus tard dans le podcast de Theo Von, la voix embuée de larmes. Les gens ne comprennent pas ces traumatismes. Je voulais en finir. Comment se dire que Dieu existe quand on vit ça…"

Strickland n’a pas aimé. Il va en faire subir les conséquences à son nouveau rival. Placé à deux rangs de Du Plessis dans les tribunes de la T-Mobile Arena pour l’UFC 296, un choix revendiqué par le patron Dana White comme une erreur même si on peut se dire sans trop de doute qu’il était plus une stratégie, l’Américain lui saute dessus quand la caméra se fixe sur eux après avoir demandé à la famille de Gilbert Burns, coincée entre les deux, de s’écarter. Bagarre avant la bagarre. Les deux sont vite séparés, sans dégâts, mais l’UFC tient l’outil marketing parfait pour vendre leur combat.

"Il m’a dit: ''Battons-nous, maintenant'', témoigne Strickland. Que l’UFC aille se faire foutre! Ils savent que je suis instable. Ils savaient ce qu’ils faisaient. Ils m’ont mis dans une sale situation. Je pense qu’ils l’ont fait car ils avaient besoin de cette image. Mais je ne sais pas s’ils pensaient que ça irait si loin. Ce n’était pas mis en scène. C’était réel. Il n’arrêtait pas de me parler mal." Il complétera plus tard pour ESPN: "A un moment, j’ai attrapé sa tête. Et je voulais lui faire une Mike Tyson. J’ai même eu un peu de ses cheveux dans ma bouche. Et au moment où je voulais lui arracher un bout d’oreille, je me suis dit: ''Sean, tu ne peux pas revenir de ça. Si tu fais ça, il n’y a pas de retour.''"

Strickland évoque "une correction". Du Plessis n’est pas de cet avis. "Il m’a sauté dessus et m’a envoyé des coups de poing et des coups de coude, raconte-t-il à MMA Junkie. C’est un combattant professionnel mais la plupart des gens ont cru que c’était une mise en scène, que nous étions en train de jouer. Tu essaies de vraiment me taper mais les gens pensent que ce sont des faux coups. Ce n’est vraiment pas bon pour lui." Agressé en dehors de la cage, le Sud-Africain pourrait porter la chose devant la justice. Mais il refuse.

"Dana est venu me voir après. Il m’a dit qu’ils étaient vraiment désolés, que la police détenait Sean et que je pouvais porter plainte car c’est un assaut en dehors du cadre professionnel. Ils n’ont pas essayé de me convaincre de ne pas le faire. Ils m’ont dit qu’ils comprenaient complètement si je le faisais et que j’avais envie que ça aille plus loin. Mais j’ai répondu: ''Non, non, non, s’il vous plaît, nous sommes deux combattants, c’était une bonne vieille bagarre comme avant que nous devenions des pros''. Je leur ai dit que j’étais même prêt à prendre la responsabilité du truc pour que rien ne lui arrive, qu’il ne soit pas empêché de venir au Canada et que rien ne remette le combat en cause."

La rivalité naissante doit se régler dans l’octogone, ceinture des -84 kilos en jeu. "Je lui ai envoyé un message: ''Mec, on va essayer de se tuer dans la cage, mais si tu me redis ça, je vais te planter!'' Si tu me dis ça au Canada, je vais aller en prison et on aura passé huit semaines à s’entraîner pour rien." Du Plessis a confirmé la nature du message, envoyé au lendemain de leur altercation, lors d’un media day où Strickland a encore versé dans la controverse avec ses propos sur la communauté LGBT. Avant de raconter sa réponse à l’Américain. "Il ne peut littéralement rien dire qui me rentrerait sous la peau. Je suis le combattant le plus fort mentalement sur la planète. Je lui ai dit: ''Tu peux dire ce que tu veux sur moi, vraiment tout, mais je ne dirai plus rien sur ton enfance''." Les deux ont même été vus se donnant accolade et poignée de mains à l’hôtel des combattants. La hache de guerre semble enterrée. Place au sport, désormais. Les poings après les paroles. Mais dans la cage, cette fois.

Article original publié sur RMC Sport