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UFC 297: Passé ultra sombre, folies au micro, pourquoi Sean Strickland est un champion déglingo

Une nouvelle conférence de presse. Pour une nouvelle sortie controversée au micro. Interrogé sur des paroles prononcées par ses soins dans le passé, quand il avait évoqué son aversion à l’idée d’avoir un fils homosexuel, Sean Strickland n’a pas hésité à rabrouer le journaliste qui expliquait être "un allié" de la communauté LGBT: "Tu es un homme faible! Tu es le problème. (…) Tu me poses une question de merde comme ça? Va te faire foutre! Espèce de lâche!" Lunaire. Mais tout à fait dans le personnage. Inattendu champion des -84 kilos de l’UFC après avoir détrôné Israel Adesanya en septembre, l’Américain remet sa ceinture en jeu ce samedi soir à Toronto face au Sud-Africain Dricus Du Plessis dans le combat principal de l’UFC 297.

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Un choc nimbé d’une tension après les altercations verbales puis physiques entre les deux lors de la semaine de l’UFC 296 mi-décembre. Insulté sur son passé d’enfant battu, le champion avait craqué dans les tribunes de la T-Mobile Arena de Las Vegas et sauté sur son rival pour l’agresser. Si les choses entre les deux semblent s’être apaisées depuis, l’épisode avait souligné une certaine hypocrisie du bonhomme, capable de moquer un homme pour avoir dit qu’il n’avait aucun problème à avoir un enfant homosexuel mais qui dégoupille – et sans doute pas pour rien – quand on ose évoquer le manque d’amour du paternel et ce qu’il lui a fait dans sa jeunesse.

Sean Strickland est un personnage qui ne laisse pas indifférent. Parfois (souvent) répugnant, toujours à la limite. Si on voulait résumer ça au mieux, on le ferait en quelques mots: une sorte de gros taré. Avec un passé qui fait froid dans le dos, où il avoue "une phase néo-nazie et suprématisme blanc". Né en Californie il y a bientôt 32 ans (le 27 février), Strickland va être élevé par un père alcoolique et violent. Une enfance où les abus psychologiques se multiplient et vont créer des traumatismes. "Il était complètement dingue, a-t-il raconté en 2021 dans une incroyable interview accordée au journaliste Ariel Helwani pour l’émission The MMA Hour. Par exemple, si vous aviez un jouet que vous aimiez, il rentrait bourré, il croyait que ma mère l’avait trompé et il cassait le jouet de rage."

Le futur combattant MMA va longtemps dormir dans la chambre de sa mère. Avec une bonne raison: "Je croyais qu’il allait la tuer". "Un jour, se souvient-il, j’ai rampé sous le lit et il s’est mis sur ma mère, il l’a étranglée et il lui a dit: 'Ce soir est le soir où tu vas mourir'. J’étais tout jeune, en CE2. J’ai vu une guitare, Je l’ai attrapée et je lui ai éclaté sur la tête. Je m’échappe en courant, je prends le téléphone et j’appelle la police. Mais ma mère l’a sorti de prison le lendemain en payant sa caution…" Les anecdotes dingues se multiplient. Ce moment, par exemple, où son père menace sa mère "de la découper en morceaux et de l’enterrer dans des bouteilles d’acide dans le jardin" alors qu’il est en train de faire un câlin à sa génitrice.

Difficile de sortir intact de tout ça. Surtout quand papa n’est pas la seule très mauvaise influence. Il y a aussi le grand-père, un raciste qui va faire grandir dans son cerveau les idées du suprématisme blanc. "C’était une grosse merde, lâche Strickland. Il m’a rempli la tête de saloperies. Quand vous êtes au collège et qu’on vous gave d’idées nazies, vous ne comprenez même pas ce que ça veut dire mais quand c’est quelqu’un qui compte pour vous, que vous voyez un peu comme une idole car il est bien plus présent que votre père, vous ne voyez pas tout ça. Cette identité m’a bouffé. Je me dessinais des croix gammées sur le bras pour aller à l’école sans comprendre ce que je faisais."

Le film American History X, où Edward Norton joue Derek, un néo-nazi ultra violent qui va voir son idéologie chamboulée par un passage en prison, va faire grandir cette fascination pour des idées à vomir. "Qui je voulais être quand j’étais jeune? Un des gars de ce film. Ils étaient tellement cool à mes yeux. J’adorais la vie qu’ils menaient. Une nouvelle fois, je ne comprenais rien de tout ça…" Strickland sait pointer les sentiments qui l’animaient à l’époque et qui lui faisaient réfléchir à des folies furieuses. "J’étais tellement en colère et j’avais tellement de mauvaises influences que ça me faisait du bien d’avoir de la haine. Je descendais la rue avec un couteau ou une pierre en espérant tuer quelqu’un!"

Sa conclusion se conjugue à la tristesse: "Mon cerveau n’a pas été façonné pour le monde civilisé mais pour la folie". La rédemption ne viendra pas de la prison, comme le personnage interprété par Norton, mais du sport. Exclu de l’école en troisième pour crime haineux (comprenez raciste), à quatorze ans, sa mère décide de l’envoyer dans une salle de MMA pour régler ses problèmes. Un monde qui va le transformer. Dès le premier jour. "Je me suis mis à pleurer après la séance, raconte-t-il. Je ne pense pas que je m’étais senti aussi heureux avant cela. J’avais enfin expérimenté ce que vivent les gens normaux. Et j’ai adoré."

Le MMA va aussi modifier sa vision du monde et écraser son idéologie nauséabonde. "Quand j’ai commencé, j’ai réalisé que je ne détestais personne, que tout le monde était cool. Beaucoup de ceux qui m’ont aidé n’étaient pas blancs. Les blancs dans ma vie ont plutôt été les gens pourris. Je suis un petit néo-nazi et voilà ces gens qui se mettent à m’aider alors qu’ils ne sont pas blancs. J’ai eu honte de moi et il a fallu l’accepter. Je t’ai détesté toute ma vie à cause de ta couleur de peau et c’est toi qui m’aide? La vie est étrange. (…) C’était comme une thérapie. Ça m’a aidé sur tous mes problèmes. J’avais envie vu la lumière et tout ça a commencé à connecter dans mon cerveau. "

Strickland débute sa carrière pro à dix-sept ans, en mars 2008, dans la petite organisation King of the Cage. Deux ans plus tard, alors qu’il est à 5-0 mais veut reprendre l’école pour obtenir un diplôme, il se retrouve dans une bagarre lors d’une soirée, se fait arrêter et doit payer lui-même sa caution. Adieu l’idée du retour aux études. Le combattant américain reprend le chemin de la cage et des combats rémunérés. Où son bilan immaculé sur ses treize premières sorties vont le mener à l’UFC en 2014. Deux nouvelles victoires l’y attendant avant de connaître sa première défaite, en février 2015 contre l’Argentin Santiago Ponzinibbio. Strickland en vivra d’autres, notamment face au futur champion des welters Kamaru Usman en avril 2017.

Pas grave, il a trouvé sa voie. Son droit chemin. Mais la vie va encore lui jouer des tours. En décembre 2018, une voiture lui coupe la route alors qu’il est en moto. Accident inévitable. Et qui va le priver de cage pendant deux ans. "J’étais prêt à laisser tomber le MMA", avouera-t-il plus tard. A son retour, en octobre 2020, il s’amuse dans le silence de l’UFC Apex – pandémie oblige – en chambrant Jack Marshman pendant leur combat, remporté sur décision unanime. Il enchaîne ensuite quatre autres succès, dont Uriah Hall et Jack Hermansson, avant d’être opposé à l’ancien kickboxeur star Alex Pereira en juillet dernier à Las Vegas (UFC 276) dans un choc qui peut lui ouvrir la porte d’un combat pour le titre des moyens contre Israel Adesanya.

Si le Brésilien futur champion avoue que Strickland lui faisait peur en rentrant dans la cage ("Je me suis dit: 'Ce mec va me tuer!'"), la défense tout sauf intelligente de l’Américain – garde mains baissées contre un spécialiste du kickboxing – va lui coûter un violent KO dès le premier round. Quelques mois plus tard, mi-décembre, il se loupe encore dans une belle occasion de se rapprocher du titre, un revers sur décision partagée après cinq rounds contre Jared Cannonier. Ce qui ne l’empêche pas de répondre favorablement à l’UFC quand il faut trouver un remplaçant à Gastelum pour Nassourdine Imavov… moins d’un mois plus tard.

Le choc se fait dans la catégorie supérieure, car l’Américain n’a pas le temps de perdre autant de poids en cinq jours, et Strickland devient le premier combattant présent dans le combat principal de deux événements UFC consécutifs depuis l’ancien champion des mi-lourds Tito Ortiz lors des UFC… 50 et 51, fin 2004-début 2005. Résultat? Une victoire par décision unanime, suivi par un TKO au deuxième round infligé au Russe Abus Magomedov quelques mois plus tard. Du Plessis trop court pour prendre Adesanya en septembre en Australie après sa victoire sur Robert Whittaker, l’Américain s’engouffre dans la brèche et se voit offrir sa première chance de titre. Bingo.

Strickland met Adesanya à terre au premier round et le domine debout, totale surprise, pour monter sur le trône des moyens de la plus grande organisation de MMA au monde. Qui lui donne Du Plessis à Toronto en première défense de couronne. Devenu bien plus star avec son titre, le garçon en vit les conséquences dans sa vie. "C’est difficile pour moi d’aller au Walmart, explique-t-il dans une interview pour ESPN. Je suis un peu trop connu pour ça désormais, et je ne suis pas fan de ça." Un statut qui ne le changera pas. Grande gueule, chambreur, le garçon a le potentiel de lâcher tout et n’importe devant chaque micro tendu. Sans hésiter à parfois verser dans le racisme, la misogynie ou l’homophobie.

Exemple: "Je suis un bonhomme, avec des poils sur le torse et sur les couilles. Ces mecs sont des gonzesses qui pleurnichent et parlent dans le dos. (…) Leurs embrouilles de meufs qui ont leurs règles, ça ne m’intéresse pas." Son surnom, Tarzan, qui date de l’époque où il arborait des cheveux longs? "C’était pour dire aux meufs: 'Je suis sensible, je regarde des Disney, suce ma b***!'" Sa défaite contre Jared Cannonier fin 2022? "C'est parce que les noirs ont la peau qui durcit en hiver" (non mais WTF?!?). Son statut de combattant UFC? "Je suis une prostituée de Dana White (patron exécutif de l'organisation, ndlr): il me dit quand je dois me déshabiller pour aller affronter untel et combien je suis payé pour ça!" Un échange de mots doux avec Adesanya avant leur combat? "J’ai fâché le champion avec ses mèches et sa petite montre de gay! Oh non!"

Il n’a pas non plus hésité à corriger sur un ring un hater des réseaux sociaux venu le provoquer dans sa salle! Et de s’en amuser ou presque: "Je suis un connard. Si tu me lâches dans un gymnase, je vais vouloir massacrer tout le monde… sauf si on me dit de ne pas le faire." Les Français ? "Dans quels domaines sont-ils les meilleurs? Abandonner, lance-t-il avant d’affronter Imavov. Vous avez une longue histoire de lâcheté à surmonter quand vous êtes un putain de Français! Ils savent juste faire la fête, abandonner et perdre des combats."

Strickland a quitté son passé néo-nazi. Mais les traumatismes de l’enfance restent ancrés au plus profond de lui.Il suffit de l’écouter pour prendre peur. "J’ai toujours voulu tuer quelqu'un. C’est pour cette raison que je n’ai presque pas de vie sociale. Si je pouvais le faire, je me sentirais bien pour une petite période de temps. Je fantasme tellement sur cette idée que j’essaie de me placer dans des situations où je peux tuer quelqu’un de façon légale. Lorsque je marche et que je vois un sans-abri, j’espère secrètement qu’il me donne une raison de le tuer en invoquant la légitime défense. Comme ça, je pourrais éviter la prison."

On continue dans la dinguerie: "J’ai déjà pointé un fusil sur la tête de quelqu’un mais je n’ai pas tiré parce que je savais que c’était impossible que je m'en sorte sans aller en prison. Un soir, je me suis fait approcher par trois personnes menaçantes alors que je faisais du jogging. J’ai pris un morceau de plastique qui était au sol et j'ai couru vers eux. Je me voyais enfoncer le plastique dans le cou de l’un d’eux. Mais ils se sont sauvés en voiture." Strickland affirme que le sport lui permet de "penser à autre chose": "Sinon, l’idée d’enlever la vie à un humain est toujours présente. (…) Je mettrai mon cerveau en ordre après ma carrière. J’aimerais pouvoir accorder une valeur plus grande à la vie des autres. Mais pour l’instant, j'aime encore trop la sensation de savoir que je vais peut-être tuer quelqu'un lorsque je sors de chez moi."

Et quand RMC Sport lui avait demandé il y a un an si ses envies de meurtre étaient juste une grande blague, il se sent presque offusqué. "Pas du tout! Ce serait une expérience intéressante…" Sous-estimé par beaucoup pour son style tourné vers le striking et assez simpliste, mais qu’il met en œuvre parfaitement, l’Américain est assez honnête avec lui-même pour savoir que "tout le monde perd à un moment". Mais à l’écouter, ce ne sera pas face à Du Plessis, qu'il a fini par évoquer comme "un bon gars" (et à qui il montre désormais du respect). Si ce dernier parvient à le mettre KO, pas facile face à un homme qui n’en a subi que deux dans sa carrière, ils seront nombreux à célébrer avec lui. Et pas seulement ses supporters. Voir tomber quelqu’un qui affiche si peu de respect pour les autres apporte toujours un petit truc en plus.

Article original publié sur RMC Sport