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Traitements interdits dans les eaux minérales: y a-t-il un risque pour la santé?

Peut-on encore faire confiance aux bouteilles d'eau minérale? C'est la question que peuvent se poser les consommateurs, ce mardi 30 janvier. Dans une enquête conjointe, Radio France et Le Monde ont jeté un pavé dans la mare.

Les deux médias révèlent que plusieurs industriels, dont le géant Nestlé, ont traité pendant au moins deux ans leurs produits avec des méthodes interdites. Le gouvernement était au courant de ces agissements depuis l'été 2021. Pour les consommateurs, des zones troubles méritent d'être éclaircies, notamment sur le plan sanitaire.

"Je pense que nous sommes vraiment au croisement d'une tromperie des consommateurs et d'un vrai scandale sanitaire", dénonce auprès de BFMTV Anaïs Le Bouffant, la directrice des programmes du Réseau environnement santé.

L'ampleur du problème est d'autant plus grande que nombre de grandes marques sont éclaboussées par l'affaire: Cristaline, Saint-Yorre, Vichy Célestins, Vittel, Contrex, Perrier, etc.

Panachage et filtres "non conformes"

Dans les faits, qu'est-il reproché à ces eaux? Celles-ci sont subies un certain nombre de traitements non conformes: injection de C02 industriels, de sulfate de fer, ou encore microfiltration avec un filtrage du mauvais calibre. La liste des méthodes utilisées pour "décontaminer" les boissons est longue.

Encore plus étonnant: les producteurs ont également mélangé leurs eaux de source avec celle... du robinet.

"Pour l'aspect sanitaire, il va falloir que les autorités s'expriment", exige Ingrid Kragl, la directrice de l'information de FoodWatch France. "L'Agence nationale sécurité sanitaire alimentaire nationale (Anses) a alerté sur un risque potentiel au niveau bactériologique", souligne-t-elle.

Pourtant, auprès de BFMTV, le gouvernement assure qu'aucun "risque sanitaire lié à la qualité des eaux embouteillées n'a été identifié à ce stade".

Marketing trompeur, actions légales

Les méthodes utilisées ne seraient pas, en tant que telles, problématiques d'un point de vue de santé publique. En effet, certains de ces procédés sont utilisés pour assainir l'eau de consommation courante qui coule de nos robinets.

Comme le souligne Anaïs Le Bouffant, "il faut plutôt s'interroger sur le fait que ces traitements sont interdits pour l'eau minérale naturelle ou les eaux de source, parce que l'eau qui est dans les nappes très profondes est censée être d'excellente qualité. Sauf qu'elle ne l'est pas..."

Sans oublier que la pureté de l'eau est l'argument marketing principal des sociétés commercialisant de l'eau en bouteille. Un point censé justifier un coût plus élevé que le liquide coulant des robinets. La problématique n'est donc pas que sanitaire, mais aussi économique.

Les producteurs dont Nestlé ont cherché à garantir leur profit à défaut d'une information transparente des consommateurs. Sur ce point, la DGCCRF, l'organe de répression des fraudes et de protection des consommateurs mène déjà une enquête. De son côté, l'organisme FoodWatch explique à BFMTV avoir l'intention de porter plainte.

"Il reste beaucoup d'opacité et un sentiment d'impunité. Et au bout du compte, des consommateurs floués, c'est particulièrement scandaleux", dénonce Ingrid Kragl, de l'organisation.

La goutte de trop?

Pour les bouteilles d'eau, ce nouveau scandale survient à peine quelques jours après un autre problème. Une étude parue le 9 janvier a mis en évidence la présence de" 240.000 fragments de plastique" par litre d'eau minérale, soit 100 fois plus de nanoparticules qu'estimé jusqu'à présent.

Cette étude publiée dans la revue PNAS se penchait sur trois marques d'eau en bouteille, sans préciser leurs noms. Mais les auteurs de l'étude pensent que cette situation est généralisée, comme l'a expliqué Beizhan Yan à l'AFP:

"Nous pensons que toutes les eaux en bouteille contiennent des nanoplastiques, donc en mettre certaines en évidence pourrait être considéré comme injuste", expliquait-il à la publication de l'étude.

Les recherches sur les effets de ces éléments sur notre santé sont à ce stade limitées. Certaines ont cependant démontré un effet néfaste, notamment sur le système reproductif humain.

Dans ces deux cas, comment peut s'en sortir le consommateur? "Il n'y a pas de solution parfaite", concède Anaïs Le Bouffant. "Quand on est enceinte, quand on a un jeune enfant, il faut peut-être creuser pour savoir un petit peu ce qu'on peut trouver dans son eau, aller regarder les derniers tests", suggère-t-elle. La transparence est donc d'autant plus nécessaire.

Article original publié sur BFMTV.com