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Trafics de drogue: comment lutter contre les têtes de réseau exilées à l'étranger?

Marseille a enregistré cette semaine son 94e narchomicide, le terme aujourd'hui utilisé par les autorités pour évoquer les homicides et les victimes collatérales des trafics de drogue. Dans de très nombreux cas, les victimes sortent à peine de l'enfance, elles ont 14, 15, 16 ans tout au plus. Car les têtes de réseaux, ceux pour qui ces guerres de territoire et ces vendettas sont menées, sont à des milliers de kilomètres.

La guerre entre les chefs de Yoda et DZ Mafia, les deux gangs rivaux qui ensanglantent la cité phocéenne, aurait démarré lors d'une bagarre à 10.000 kilomètres de là, à Phuket, en Thaïlande. "Il y a à Marseille, un problème avec les narcotrafiquants, qui sont de dimension internationale", notait jeudi le maire de Marseille Benoît Payan sur RTL.

"Il faut aller plus loin. Il faut remonter les réseaux mafieux, parce que les chefs ne sont pas à Marseille. Il faut couper la tête, la tête n'est plus à Marseille. Ils sont à l'étranger, je sais que certains, en prison même, donnent des ordres à l'étranger", ajoutait l'élu.

Mettre de la distance avec la police

La Thaïlande, mais aussi Dubaï, le Maroc... ces narcotrafiquants s'installent très généralement dans des pays stratégiques, au plus près de la marchandise. "La principale raison, c’est de mettre le plus de frontières possibles entre soi et la police et la justice française et éventuellement entre eux et des ennemis, des concurrents", analyse Jérôme Pierrat, spécialiste du grand banditisme.

"En même temps, comme ils se retrouvent tous dans les mêmes paradis en exil, c’est moins ça que de se mettre à distance de la police et justice française", poursuit-il.

La police française qui doit composer avec cette nouvelle situation. Les enquêtes sont longues, nécessitent la coopération internationale. Au mois de juin dernier, la collaboration entre les autorités des différents pays a permis l'interpellation de Mohamed Djeha, l'un des trafiquants marseillais les plus recherchés par l'Office antistupéfiants, et chef du trafic à La Castellane, en Algérie, son pays d'origine.

Interpellation d'un baron en Algérie

"Il y a beaucoup d’enquêtes, de surveillances, de témoignages mais encore faut-il que les juridictions puissent se retrouver entre elles pour les interpeller et c'est là où ça devient compliqué", note Bruno Bartoccetti, secrétaire national délégué zone Sud du syndicat Unité SGP Police-FO.

"On a des résultats probants mais on en a beaucoup qui passent entre les mailles du filet car eux aussi sont beaucoup dans la mobilité."

Reste que dans le cas de Mohamed Djeha, surnommé "Mimo" dans le milieu, ce dernier ne devrait jamais être extradé, l'Algérie n'expulsant pas ses ressortissants. Condamné en France à 30 ans de prison en son absence, il pourrait être jugé par Alger pour les faits commis à Marseille.

Article original publié sur BFMTV.com