"Virage écologique" d'Emmanuel Macron : une impression de déjà-vu qui ne convainc pas

Emmanuel Macron a annoncé qu'il allait entamer un virage écologique pour la suite de son quinquennat. Simple effet de communication ou véritable avancée ?

Emmanuel Macron a profité d’un déplacement au Mont Blanc pour annoncer un tournant écologique dans la deuxième partie de son quinquennat. Mais plusieurs mesures donnent une impression de déjà-vu.

Effet d’annonce ou vrai virage ? Emmanuel Macron a assuré, mardi 11 février, que l’écologie serait - avec le régalien - la priorité de la fin de son quinquennat. Un tournant annoncé la veille du quatrième Conseil de défense écologique et d’un déplacement présidentiel de deux jours au Mont Blanc (Haute Savoie). Mais, surtout, à quelques semaines des municipales.

Des annonces décevantes ?

Elisabeth Borne, la ministre de la transition écologique et solidaire, et Emmanuel Macron n’ont pas attendu ce mercredi 12 février pour dévoiler les premières mesures qui doivent rythmer ce virage vert. Dans un entretien au Dauphiné Libéré, le chef de l’État a notamment expliqué vouloir prendre des mesures de protection pour le massif du Mont Blanc.

Un choix qui est loin de résoudre les problèmes locaux, selon Clément Sénéchal, porte-parole climat chez Greenpeace. “Il y a une grosse problématique dans la vallée de l’Arve [près du massif], c’est la pollution. Elle est liée au chauffage au bois et au transports notamment de marchandises”, décrit-il. Or, “ce gouvernement n’encourage pas vraiment les alternatives ferroviaires ou fluviales”, regrette-t-il. L’autre difficulté, c’est la fonte des glaces, “qui est liée au changement climatique”. Une problématique sur laquelle l’action du gouvernement n’est pas glorieuse, estime Clément Sénéchal.

Emmanuel Macron a également fait part de sa volonté “d’augmenter la part [d’énergie] renouvelable” et de “réduire le nucléaire”. Pourtant, comme le rappelle Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste de l’écologie, sur cette question le gouvernement a choisi de… ne pas choisir. Elisabeth Borne a annoncé, au début de l’année, que le gouvernement ne déciderait pas de la construction d’un nouveau réacteur lors de ce quinquennat. 

Impression de déjà-vu

De son côté, la ministre de la Transition écologique et solidaire a détaillé, sur Franceinfo ce mercredi 12 février, la mise en place d’un “forfait mobilité durable” pour les agents de l’État dès juillet 2020, à hauteur de 200 euros annuels, afin de les inciter à se déplacer en vélo ou en covoiturage. Encore une impression de déjà-vu pour Clément Sénéchal. Le porte-parole climat de Greenpeace rappelle que la loi mobilité, adoptée fin décembre 2019, prévoyait déjà cette disposition.

De quoi lui faire dire que ces différentes annonces sont “des mesurettes”. “On nous parle de biodiversité, mais c’est intimement lié à l’agriculture industrielle par exemple. Or, la vente de pesticides a augmenté en 2018”, évoque Clément Sénéchal. Il cite également la note technique diffusée en décembre dernier au sujet de la fiscalité incitative des carburants à base d’huile de palme alors même que le Parlement avait voté pour l’inverse un mois plus tôt. “C’est de l’écologie cosmétique”, conclut-il.

Avantage politique ou climatique, il faut choisir

“Si ce n’est pas suivi de faits, ce sera assez vite considéré comme de la communication”, estime Daniel Boy. Le directeur de recherche à Sciences Po renvoie aux conclusions du Haut Conseil pour le climat, qui a critiqué, en juin dernier, le manque d’action du gouvernement sur le sujet. Si l’État se félicite de plusieurs mesures en faveur de l’environnement, comme “l’abandon des projets de mine d’or en Guyane et d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou encore la fin de la centrale nucléaire de Fessenheim”, elles ont surtout l’avantage de pouvoir être “ajoutées au bilan personnel tout de suite, offrant ainsi un bénéfice politique immédiat”, nous détaille Daniel Boy. 

Mais la France est en retard sur bien d’autres aspects nécessitant des mesures à long terme. “Il y a des réserves importantes de réduction d’émission de carbone, par la rénovation des bâtiments par exemple”, cite le spécialiste, “mais ça représente un budget gigantesque et ça ne peut pas se faire du jour au lendemain”, précise-t-il. Forcément, politiquement, l’avantage est donc plus restreint.

Des déçus après la convention citoyenne ?

Dans son entretien au Dauphiné Libéré, Emmanuel Macron a réaffirmé ses engagements au sujet de la convention citoyenne pour l’environnement, précisant que s’il en ressortait “des recommandations larges”, elles allaient “inspirer l’action du gouvernement”. Si “ce sont des projets de loi ou des textes très concrets, ils seront ou soumis au référendum ou au législateur”, a-t-il assuré.

Pour Daniel Boy, le risque vient justement de la différence entre ce qui ressort de la convention et les actions concrètes qui suivront. “L’idée est intéressantes : 150 personnes se penchent sur la question du climat. On ne se contente pas de les faire discuter, on leur donne la possibilité d’avoir des expertises et d’être formés”, nous décrit le directeur de recherche. Les problèmes arrivent ensuite. Car une fois les conclusions rendues, en avril 2020, il faudra qu’elles “soient acceptées par les instances représentatives à savoir le Parlement, et qu’elles passent par la mécanique de la fabrication des loi, les amendements, les décrets d’application...” décrit le spécialiste. Un processus qui peut, à l’arrivée, faire des déçus.

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