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Toulouse : un policier condamné pour avoir enfoncé ses doigts dans les yeux d'un homme dans un centre de rétention

À la suite de l'agression, la victime s'était retrouvée accusée de rébellion, mais les images de vidéosurveillance ont permis de rétablir la vérité.

Les faits se sont produits en 2022 au centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarrieu (illustration) (Photo : BERTRAND LANGLOIS/AFP via Getty Images)

Une agression lâche et d'autant plus consternante qu'elle a été commise par un dépositaire de l'autorité publique. Il y a quelques jours, le tribunal de Toulouse (Haute-Garonne) a prononcé la condamnation d'un policier accusé d'avoir enfoncé ses doigts dans les yeux d'un homme dans un centre de rétention.

Comme le révèle Street Press, les faits se sont produits le 24 novembre 2022. La victime, un Libyen prénommé Samir et âgé de 22 ans qui était enfermé au centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse-Cornebarrieu depuis 45 jours, affirme avoir été violenté par deux policiers dans une salle de transit, après le repas du soir.

Une première plainte déposée par les policiers

Au lendemain des faits, c'est pourtant le jeune retenu qui s'était retrouvé accusé de "rébellion" et de "menace de crime contre un dépositaire de l’autorité publique" par ces mêmes fonctionnaires. Au cours de son audition il avait clamé avoir été attaqué sans raison par les deux policiers. Le jeune homme avait alors à son tour porté plainte pour violence "par personne dépositaire de l’autorité publique".

Quelques jours plus tard, le retenu a été relaxé des accusations portées par les policiers. L'enquête s'est en revanche poursuivie concernant sa plainte, débouchant ensuite sur la mise en examen des deux fonctionnaires accusés de violences. L'étude des images de vidéosurveillance a en effet confirmé les déclarations du jeune Libyen.

"Je me suis senti comme un sac de boxe"

Selon Street Press, on peut en effet voir, sur les images filmées par la caméra de la salle de transit, "un policier en uniforme et gilet pare-balles qui enfonce ses pouces dans les orbites de Samir alors que ce dernier est allongé et immobilisé sur un banc contre le mur". D'après un rapport médical consulté par le média indépendant, cette brutalité gratuite aurait provoqué "une poche hémorragique de 2 millimètres" à l’œil gauche de la victime.

Les images de vidéosurveillance montrent ensuite l'autre policier pousser le jeune homme, puis brandir son poing serré et le diriger dans sa direction, alors que le retenu est sorti du champ de la caméra. Si cela n'est pas directement visible sur la vidéo, ce dernier affirme que le policier lui a asséné plusieurs coups de poing : "Je me suis senti comme un sac de boxe, frappé quatre ou cinq fois au visage et au corps".

L'un des policiers condamné, l'autre innocenté

Ce lundi 22 décembre 2023, la justice a finalement rendu sa décision concernant cette affligeante affaire. Jugé coupable, le policier qui avait enfoncé ses doigts dans les orbites oculaires de la victime a écopé d'une peine de quatre mois de prison avec sursis. Au cours du procès, il avait affirmé que son geste n'était pas volontaire et que ses mains avaient simplement "ripé" sur le visage du retenu.

Le second policier, accusé d'avoir porté les coups de poing, a pour sa part été relaxé, car les enquêteurs ont jugé que "la continuité du mouvement n’est pas établie" après analyse des images de vidéosurveillance. Le fonctionnaire mis en cause a par ailleurs convaincu la justice en soutenant qu'il avait "maîtrisé son geste", qui avait uniquement pour but d'"intimider" le prisonnier. Aucune information concernant une éventuelle suspension des fonctionnaires concernés n'a été communiquée par leur hiérarchie.

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