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Sur TikTok, cette tour Eiffel qui brûle fait un carton (mais pas forcément parce qu’on y croit)

RÉSEAUX SOCIAUX - Un incendie à la tour Eiffel, de l’eau qui gèle en spirale ou des fourmis qui dansent : sur TikTok, ces vidéos ont des millions de likes… Même si elles sont totalement fausses. Comme vous pouvez le voir dans notre vidéo ci-dessus, elles ont été générées grâce à l’intelligence artificielle (IA), ou truquées sur After Effects.

À première vue, on pourrait mettre en cause la naïveté des internautes, mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde. Dans les commentaires, on peut lire que « le montage est trop bien fait » ou encore « ce n’est pas parce que j’ai liké que je pense que c’est vrai ». Mais alors pourquoi aimer, commenter et surtout partager une vidéo dont on questionne la véracité ? D’après des chercheurs en sciences comportementales, c’est une question d’habitude.

Partager sans réfléchir

« Une habitude se forme quand tu es récompensé par un comportement que tu répètes souvent, et les réseaux sociaux intègrent toutes sortes de récompenses différentes », explique au HuffPost Ian Axel Anderson, doctorant à USC en pratiques numériques. « Les gens très habitués à partager ou scroller vont donc repartager ce genre de vidéos même s’ils savent que c’est faux, parce que ça va leur apporter plein de likes, faire polémique dans les commentaires, ou que leurs abonnés vont apprécier ».

Et plus un internaute forme ce type d’habitudes, moins il va réfléchir au chemin entre cliquer sur une vidéo et la partager - une pente glissante en termes de désinformation. À l’occasion d’une étude publiée en 2023 dans la revue PNAS, Ian Axel Anderson a d’ailleurs trouvé que les 15 % des internautes partageant le plus d’informations étaient responsables du partage de 30 à 40 % des fake news étudiées.

Un concept qui ne s’applique pas qu’au partage : aimer une vidéo truquée parce qu’on la trouve drôle, bien réalisée, ou parce que l’on veut pouvoir la retrouver plus facilement devient alors un réflexe qui encourage la viralité du contenu liké. Le risque étant que de fil en aiguille, cette même vidéo atterrisse sur la page d’accueil d’un internaute qui va y croire.

Un cercle vicieux favorisé par TikTok

Comme toutes les plateformes, le but de TikTok est aussi que vous y restiez - ce qui explique pourquoi on voit beaucoup d’internautes demander en commentaire si une vidéo est réelle ou non, au lieu d’aller vérifier sur Google. Mais d’après Ian Axel Anderson, ce qui met de l’huile sur le feu de la désinformation, c’est la structure même de TikTok.

« Le fil d’actu de TikTok est très sensible, il détecte le moindre signe d’intérêt - si vous restez juste quelques secondes sur une vidéo, il va le capter et vous en balancer d’autres », précise-t-il. Un algorithme basé sur nos données comportementales plutôt que nos préférences explicites, et que d’autres plateformes s’efforcent d’imiter. « Instagram essaie de faire la même chose avec les réels, mais n’y arrive pas encore », estime le chercheur.

Pour 2024, on peut donc s’attendre à deux choses : des vidéos fakes produites plus rapidement et plus facilement grâce aux progrès de l’IA, et des algorithmes de plus en plus basés sur nos comportements et nos habitudes - un cocktail sacrément explosif.

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