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Tablettes, casiers, emploi du temps: pourquoi les cartables sont-ils toujours aussi lourds?

C'est un sujet sur lequel les parents d'élèves ne cessent d'alerter à chaque rentrée scolaire: le poids des cartables. Le ministre de l'Éducation nationale a d'ailleurs annoncé vouloir le diviser par deux d'ici l'année prochaine. "On doit pouvoir trouver des solutions", a ainsi affirmé Gabriel Attal.

Il est en principe recommandé que le poids du cartable n'excède pas 10% du poids de l'enfant, soit à peu près moins de 4kg pour un élève de 11 ans. Mais en moyenne, un collégien de 6e porte toujours 8kg de livres, cahiers et classeurs sur son dos. "C'est le même problème depuis quarante ans", dénonce pour BFMTV.com Magalie Icher, membre de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE).

"Ce n'est plus acceptable que le dos d'enfants en pleine croissance soit abîmé par des cartables trop lourds."

Le locataire de la rue de Grenelle a évoqué plusieurs pistes pour remédier au problème: jouer sur "les fournitures", "les manuels", "le numérique", ou encore "les casiers". Des "solutions" mentionnées par le ministre qui sont en réalité déjà mises en pratique dans les établissements scolaires. Avec un intérêt et une efficacité parfois relatifs.

  • Les écoliers épargnés?

Le poids des cartables semble concerner davantage les collégiens que les écoliers. "Dans le premier degré, les livres n'ont pas vocation à rentrer à la maison", explique pour BFMTV.com Philippe Ratinet, le président du Syndicat national des écoles (SNE). Car dans les écoles élémentaires, les enfants conservent leurs manuels dans un casier situé au-dessous de leur bureau. Et en principe, ils n'ont pas besoin de les rapporter à la maison.

"Les seuls devoirs qui peuvent être donnés aux enfants sont des leçons ou une poésie à apprendre, de la lecture", ajoute Philippe Ratinet. "Il n'y a donc pas de raison pour qu'ils se promènent avec des livres."

D'autant que les professeurs des écoles font souvent pointer aux enfants, en fin de journée, ce qu'ils ont besoin d'emporter à la maison. Pas question donc pour les écoliers de rapporter l'intégralité de leur casier, "sauf peut-être à la veille de vacances", précise pour BFMTV.com Florence Comte, directrice d'une école dans le Var et secrétaire du Syndicat des directeurs et directrices d'école (S2DÉ).

"Mais 90% du poids du cartable, ce sont des cahiers", continue-t-elle.

Difficile de faire autrement, assure cette directrice d'école. "Ils sont trop jeunes pour s'y retrouver avec des feuilles dans un classeur." Si un écolier peut ainsi cumuler jusqu'à six ou huit cahiers - un pour les mathématiques, un autre pour la poésie... - impossible d'en réduire ce nombre. "On ne peut pas tout mettre dans un même cahier, les enfants en ont besoin pour se repérer."

  • Des manuels qui restent au collège?

Dans le second degré, le poids des cartables représente "un problème de santé publique", reconnaît pour BFMTV.com Laurent Kaufmann, principal d'un collège à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et secrétaire fédéral du Sgen-CFDT. Dans son établissement, il a ainsi trouvé une solution: en histoire-géographie, le choix s'est porté sur un manuel unique de la 5e à la 3e. Un manuel qui reste en classe.

"Si les élèves ont des devoirs à faire à la maison qui nécessitent l'usage du manuel, des documents papiers leur sont donnés", explicite Laurent Kaufmann.

Les espaces numériques de travail peuvent également permettre de transmettre les pages nécessaires. Mais ce principal de collège reconnaît que ce dispositif n'est possible que dans les établissements qui peuvent réserver certaines classes à une disicipline donnée. Ce qui est loin d'être systématiquement le cas, déplore Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT.

"Il est très rare que certaines salles soient dédiées", affirme-t-elle à BFMTV.com. À l'exception, le plus souvent, des sciences et des arts plastiques. "Et puis il faut aussi la place suffisante pour installer une armoire dans la salle de classe afin de ranger les livres de manière sécurisée, ce qui n'est pas toujours le cas."

Stocker les manuels dans un autre endroit? Inenvisageable, considère Catherine Nave-Bekhti. Au risque de générer une manutention confinant à l'impossible, parfois d'un étage à l'autre, durant les cinq minutes d'interclasse.

  • Un double jeu de livres?

L'autre possibilité, c'est le double jeu de manuels. L'un reste au collège quand l'autre est emporté à la maison. "Mais c'est deux fois plus de papier, donc ça coûte deux fois plus cher", rappelle Laurent Kaufmann, du Sgen-CFDT. Au collège, les manuels sont pris en charge par l'État.

Sans compter l'autre problème que le double jeu de manuels représente: encore faut-il que l'établissement dispose de casiers pour que les collégiens puissent les entreposer. "Chaque collège a son mode de fonctionnement", remarque pour BFMTV.com Jean-Rémi Girard, professeur de lettres modernes et président du Syndicat des personnels de l'Éducation nationale (Snalc).

"Certains ont des casiers réservés aux demi-pensionnaires, d'autres aucun. Là, on touche au bâti scolaire et c'est encore un autre problème."

  • Des manuels numériques?

Comme l'a évoqué Gabriel Attal, la solution résiderait-elle tout simplement dans le numérique? Certains établissements expérimentent en effet les manuels numériques. Mais avec des résultats plus ou moins probants.

"C'est un système d'abonnement qui nous coûte 6 à 8 euros par élève et par an", détaille pour BFMTV.com Michael Vidaud, principal de collège et membre de l'exécutif national du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (SNPDEN).

"Au bout de deux ou trois ans, ça devient plus coûteux qu'un manuel papier."

Les enseignants seraient par ailleurs mitigés sur l'usage des manuels numériques, dénonçant les faiblesses pédagogiques de cet outil. "On constate que les élèves travaillent moins bien efficacement", observe Jean-Rémi Girard, du Snalc.

"Ouvrez le manuel à la page 35, c'est quand même beaucoup plus simple que de se balader sur une tablette qui est soit déchargée, soit ne s'allume plus."

Michael Vidaud, qui a expérimenté par le passé des manuels numériques dans une discipline, juge également que "ce n'était pas concluant", pointant notamment les difficultés d'accès au numérique des familles. Et si les outils sont fournis par l'établissement, cela génèrerait une lourde logistique liée à la maintenance. "Il faut pouvoir réparer les tablettes ou les remplacer au bout d'un certain temps", enchérit Jean-Rémi Girard, qui ajoute que les classes ne sont pas équipées pour recharger une trentaine de tablettes.

  • Optimiser l'emploi du temps?

Dernier levier pour alléger les cartables: adapter l'emploi du temps afin que les collégiens n'aient pas à transporter chaque jour plusieurs manuels? "C'est impossible de prendre en compte ce paramètre", assure Jean-Rémi Girard, du Snalc. "Plus on génère de contraintes, plus ça devient compliqué de constituer des emplois du temps satisfaisants", abonde Catherine Nave-Bekhti, du Sgen-CFDT.

"C'est une mécanique de précision de parvenir à articuler professeurs, élèves, horaires et salles. Réserver une salle à une discipline rigidifie énormément la combinaison des emplois du temps alors qu'on manque déjà de salles."

Sans compter le "non-sens" que cela peut représenter. "On ne va pas fixer les 4h30 hebdomadaires de mathématiques ou de français en 6e le même jour pour éviter, plusieurs fois dans la semaine, le transport des manuels", justifie encore Jean-Rémi Girard.

Pour Magalie Icher, de la FCPE, la solution ne pourra être que collective. "Cela doit être discuté en amont et concerté dans chaque académie avec les chefs d'établissement, les équipes pédagogiques pour identifier localement les possibilités. Ça ne peut pas être décidé uniquement par le ministre."

Article original publié sur BFMTV.com