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Sylvain Augier, bipolaire : “J'en souffre depuis 20 ans. Je me suis mis devant un TGV, je me suis acheté une corde pour me pendre"

Sylvain Augier se livre comme il ne l’a jamais fait auparavant. Dans un livre intitulé “Je reviens de loin” (ed. Télémaque), l’ancien présentateur de France 3, âgé aujourd’hui de 68 ans, a évoqué pour la première fois sa bipolarité, sa tentative de suicide et sa renaissance. Des confessions qu’il a également faites au micro de Yahoo, en toute intimité. Un témoignage poignant.

Une personne sur quatre est atteinte d’un trouble psychique à un moment de sa vie. Et la pandémie de Covid-19 a encore renforcé ces troubles. Pour briser le tabou, personnalités et anonymes se confient au micro de Yahoo dans "Tourments", le nouveau format de Yahoo.

Dans un livre intitulé “Je reviens de loin” (ed. Télémaque), Sylvain Augier s’est confié au sujet du mal qui le ronge depuis des années. Connu notamment pour avoir présenté “La carte au trésor”, l’animateur explique être bipolaire, un état pathologique grave qui provoque des hausses et des baisses d'humeur extrêmes. Pour Yahoo, il a accepté de se livrer sur ce trouble du comportement, revenant notamment sur les évènements qui ont marqué son existence, sur sa fureur de vivre mais aussi sur ses nombreuses prises de risque.

Il était l’animateur phare de “La carte au trésor”, un jeu de piste diffusé sur France 3 de 1996 à 2005 qui mettait en lumière le patrimoine et la culture d'un de nos départements. Aujourd’hui âgé de 68 ans, Sylvain Augier a toujours été passionné d’aventures extrêmes, de sensations fortes (Retrouvez l'intégralité de l'interview en fin d'article). 

“Je voulais combattre la peur. C'était une victoire sur la mort à chaque fois”

“J’ai volé en avion de chasse, en avion d’armes. J’ai essayé à peu près tout ce qui va vite, très vite”, confie-t-il pour expliquer l’état d’esprit qui l’a toujours animé. “Je ne voulais pas punir mon corps mais le nourrir. C’est ce qui fait que j’ai voulu me confronter à la vitesse, au danger, au risque mortel de certains sports. Je voulais vivre quelque chose de fort. e voulais combattre la peur par l'affront".

“J'étais condamné à terme si les secours n’arrivaient pas vite”

Mais son incessante envie de repousser les limites aurait pu lui coûter la vie. Le 24 août 1988, le journaliste, alors âgé de 33 ans, est victime d’un accident de parapente, un drame à la suite duquel il passe six mois à l’hôpital. “Je volais dans les Hautes-Pyrénées. J’avais pris une aile très performante et à un moment, un courant d’air chaud a fermé ma voile. Elle s’est pliée en deux avant de partir en torche”, se remémore-t-il tout en expliquant avoir touché le sol à 80 ou 100 km/h. “Mon pied s’est retrouvé arraché. Le sang coulait comme un tuyau d’arrosage”.

Conscient de l’urgence de la situation, Sylvain Augier se voit mourir. “On n’a que cinq litres de sang dans le corps donc je savais que j'étais condamné à terme si les secours n’arrivaient pas vite”. Par chance, l’hélicoptère est appelé à temps et le journaliste parvient donc à se faire rapatrier. Opéré dès le lendemain, l’animateur radio s’en sort mais non sans complication. À son grand désarroi, il contracte la gangrène, une infection de la peau à cause de laquelle il doit, selon les médecins, se séparer du membre abîmé. Mais pas question pour lui de se faire amputer. “Heureusement, je n'ai pas écouté mes chirurgiens qui me disaient qu'il valait mieux une bonne prothèse qu'un mauvais pied. Je voulais garder mon pied et marcher normalement, c'était mon premier vœu”.

Et Sylvain Augier a bien raison d’insister car avec le temps, il finit par marcher à nouveau. Toutefois, avant d’en arriver-là, le journaliste passe par de douloureuses épreuves. Immobilisé pendant six mois dans son lit d’hôpital, il est dans l’incapacité de se mouvoir mais trouve tout de même la force de travailler. “Je faisais mes émissions de radio couché dans mon lit d'hôpital. C'était en direct et ça m'a donné beaucoup de force pour affronter l'épreuve”, confie-t-il, rappelant une célèbre citation de Friedrich Nietzsche, particulièrement subjective. “Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort et je m'en suis rendu compte à cette occasion-là”.

“J'ai voulu me suicider, je me suis mis devant un TGV qui arrivait à 160 km/h”

Deux ans plus tard, à l’âge de 35 ans, il découvre sa bipolarité, une bipolarité de type 1. C’est en Guadeloupe, après que Florence Arthaud ait remporté la route du Rhum, qu’il vit sa première phase maniaque. “J’ai passé une semaine surexcité à dépenser tout ce que j'avais sur ma carte bleue et lorsque je suis rentré à Paris, j'ai eu un contrecoup, une dépression suicidaire”. Otage de lui-même, il explique subir un châtiment qu’il ne comprend pas. Des doutes épouvantables l’envahissent, des angoisses indicibles s'emparent de lui du matin au soir. Et sans grande surprise, des idées noires commencent à affluer.

“J'ai voulu me suicider. Je me suis mis devant un TGV qui arrivait à 160 km/h. C'est très vite, c'est 40 mètres à la seconde”, rappelle-t-il tout en expliquant avoir fait machine arrière au dernier moment. “Je me suis reculé, j’ai eu une peur bleue”. Mais son envie d’en finir avec la vie ne s’arrête pas là. Suite à cette tentative de suicide, il s’achète une corde pour se pendre, et commande, en parallèle, un produit létal en provenance des États-Unis. Un produit qu’il ne reçoit finalement jamais.

Finalement, Sylvain Augier parvient à renaître de ses cendres grâce à un psychiatre dont les paroles font sens. “J’ai appris que la vie était un cadeau divin. J’ai aujourd’hui une foi spirituelle très forte”. Une renaissance dont il est fier et qu’il doit à sa forte combativité. Car malgré les dures épreuves traversées, le journaliste n’a jamais laissé de côté sa vie professionnelle. “Cela ne m’empêchait pas de faire mon métier et d'afficher un sourire dans les émissions que j'animais. Je me cachais de tout le monde mais aujourd'hui j’ose l'avouer pour essayer de rendre service aux personnes bipolaires qui ne savent pas qu'elles le sont ou qui ne se soignent pas”. Pour lui, partager son expérience était un devoir, une mission qui lui était confiée. À travers son témoignage, il souhaite à tout prix faire savoir qu’une belle vie est possible et ce, malgré la maladie.

Retrouvez en intégralité l'interview de Sylvain Augier