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Le suicide d’une adolescente placée dans un hôtel provoque la colère face à « l’inaction totale » de l’État

Le 25 janvier dernier, une adolescente placée à l’ASE s’est suicidée dans la chambre d’hôtel où elle était hébergée. Un type de placement pourtant interdit par la loi depuis 2022.

Pour Lyes Louffok, il y a urgence : « Il faut que tous les enfants soient sortis des hôtels »
Justin Paget / Getty Images Pour Lyes Louffok, il y a urgence : « Il faut que tous les enfants soient sortis des hôtels »

PROTECTION DE L’ENFANCE - « C’est le drame de trop. » Au téléphone, Lyes Louffok, militant pour les droits de l’enfant ne cache pas sa colère. Le 25 janvier dernier, une adolescente de 15 ans a été retrouvée morte après s’être ôté la vie dans un hôtel d’Aubières (63).

Suivie par l’aide sociale à l’enfance (ASE), elle était placée dans un hôtel. Pourtant, en 2022, la loi Taquet a interdit cette pratique qui scandalise les travailleurs sociaux et militants depuis des années. « Personne n’accepterait qu’on laisse son enfant livré à lui-même dans un hôtel. Pourquoi est-ce qu’on l’accepte pour les plus fragiles, ceux que la justice estime qu’il faut protéger ? » s’indigne Lyes Louffok.

Un décret d’application qui manque à l’appel

Placée sur décision de justice depuis 2011, l’adolescente était accompagnée depuis 2022 par l’association Alteris. Auprès du HuffPost, le directeur général de l’association, Pascal Bertocchi, décrit une enfant « extrêmement fragile » à la « situation complexe ». Son hébergement en hôtel avait été acté par le juge pour enfants et l’ASE la même année, mais nous n’en connaissons pas la durée exacte, confidentialité du dossier exige.

Pourtant, la loi Taquet de février 2022 prévoit l’interdiction du placement des moins de seize ans dans des hôtels. Alors comment, en 2024, une adolescente de 15 ans a-t-elle pu être hébergée dans cette structure de la périphérie de Clermont-Ferrand ? « Le Parlement a laissé un délai de deux ans aux départements et à l’État pour mettre en place cette interdiction et faire en sorte d’accueillir les enfants dans de meilleures conditions, explique Lyes Louffok. Un décret devait être publié pour encadrer cette période transitoire, mais il ne l’a jamais été. » Sans décret, l’interdiction n’est pas appliquée.

« Ça fait des années qu’on alerte »

Pourquoi ce décret n’a-t-il jamais été publié ? Pour les personnes interrogées, il n’y a pas d’autre explication qu’un manque de volonté politique flagrant. « Pourtant, ça fait des années qu’on alerte sur la dangerosité de ces placements en hôtel. Il y a déjà eu des drames : Jess Sebah, poignardé dans un hôtel des Hauts-de-Seine, Anthony Lambert, mort après avoir été placé par l’ASE dans un camping… soupire Lyes Louffok. À chaque fois, on répond aux interviews, on réexplique les mêmes choses. Combien de morts faudra-t-il compter encore avant que l’interdiction entre en œuvre ? »

Marianne Maximi, députée LFI du Puy-de-Dôme et membre de la délégation des droits des enfants à l’Assemblée Nationale, abonde en son sens. « Si les décrets avaient été publiés, cette enfant ne se serait pas suicidée dans un hôtel. Elle n’aurait jamais dû être à cet endroit. C’est un échec de constater cette inaction totale » explique-t-elle au HuffPost.

Éducatrice spécialisée de profession, la députée connaît bien les rouages de l’aide sociale à l’enfance et son manque de moyens. « Ce drame révèle les défaillances de l’État et des départements qui sont en charge de la protection de l’enfance. Au niveau individuel, les éducateurs essaient de pallier ces manques, mais ces placements ne répondent pas aux besoins de suivi éducatif de ces enfants qui ont souvent des parcours de vie qui nécessitent un accompagnement resserré. »

Une défaillance « massive et flagrante » de l’État

Un drame qui a « des responsables politiques », selon la députée. Lyes Louffok, quant à lui, pointe du doigt une défaillance « massive et flagrante ». « Il est temps que l’État se mette en conformité avec les textes que sa propre majorité a votés au Parlement », souligne-t-il.

Ce jeudi 1er février, alors que la période transitoire de deux ans prévue par le législateur touche à sa fin, aucun décret d’application n’a encore été publié pour la loi Taquet. Une situation qui inquiète Marianne Maximi. « La loi va être effective, mais c’est beaucoup trop tard. Ça fait deux ans que ça traîne, et si on n’a pas préparé l’alternative à ce système hôtelier, que les départements n’ont pas été préparés, l’interdiction ne sera pas effective parce qu’il n’y aura aucune alternative. »

Pour Lyes Louffok, il y a urgence. « Il faut que tous les enfants soient sortis des hôtels. Il s’agit de vies humaines. Comment la septième puissance mondiale ne peut pas dégager d’enveloppe pour aider quelques milliers d’enfants sous protection de justice ? Ce que ça dit, c’est qu’il y a des vies qui valent moins que d’autres. C’est inadmissible. » Alors qu’après ce drame, la colère monte, le député écologiste Sebastien Peytavie a affirmé ce jeudi 1er février sur X que le gouvernement « s’apprête à publier » le décret d’application de la loi.

VIDÉO - Les patrons des réseaux sociaux interrogés au Sénat américain sur la protection des enfants