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La Zarra à l’Eurovision, de mouton noir à favorite

La Zarra, ici lors d’une représentation, à Madrid au mois d’avril.
La Zarra, ici lors d’une représentation, à Madrid au mois d’avril.

MUSIQUE - La Zarra va-t-elle remporter l’Eurovision ? Fera-t-elle beaucoup mieux que la 24e place des Bretons Alvan & Ahez en 2022 ? Depuis plusieurs jours, et alors que la finale du concours européen de la chanson se tient ce samedi 13 mai à Liverpool, la chanteuse est en tout cas remontée dans l’estime des bookmakers, qui l’ont placée en quatrième position de leurs pronostics.

L’interprète d’Évidemment - titre électro disco écrit pour l’occasion - ne passe pas inaperçue à côté de ses concurrents suédois, finlandais et ukrainiens, autres grands favoris de la soirée. En cause notamment, une scénographie haute en couleurs, accompagnée d’une robe scintillante et d’un podium surélevé en référence à la Tour Eiffel.

Et pourtant, ça n’était pas gagné. Dès sa nomination, La Zarra a cristallisé un ensemble de tensions car elle n’a pas été choisie par le public, mais par un comité présidé par Alexandra Redde-Amiel, la cheffe de la délégation française. Contrairement aux éditions précédentes, le public n’a pas eu son mot à dire. Eurovision France, c’est vous qui choisissez, télécrochet chargé d’élire l’ambassadeur tricolore, a été annulé.

La Zarra, la trentaine, est mère d’une petite fille. De son vrai nom Fatima-Zahra Hafdi, elle a grandi en banlieue de Montréal, à Longueuil, auprès de ses parents d’origine marocaine, de son frère et ses cinq sœurs. Elle a été bercée par l’Eurovision : sa mère lui chantait L’oiseau et l’enfant de Marie Myriam, dernière gagnante hexagonale de la compétition (en 1977).

« La Zarra, c’était une évidence », s’est défendu Alexandra Redde-Amiel, dans Le Parisien. Plus qu’un coup de foudre, elle dit voir en l’artiste une « âme sœur ». D’autres ont vu d’un mauvais œil l’arrivée de la jeune femme, de nationalité canadienne et non française. Ce n’est pourtant par la première artiste québécoise à concourir pour notre pays. Natasha St-Pier l’a fait, en 2001. Elle était arrivée quatrième, le deuxième meilleur classement français de ces 30 dernières années.

Le rendez-vous manqué

Les doutes ont redoublé en avril. Quelques minutes avant l’Eurovision in Concert à Amsterdam, sorte de grande répétition à un mois du concours mythique, La Zarra est absente. Elle ne viendra pas. Alors que les organisateurs évoquent un problème personnel, on apprend dans la presse qu’elle aurait perdu sa voix pendant six mois, que ça irait mieux depuis seulement quelques semaines.

L’inquiétude monte à l’égard de celle que certains décrivent comme une diva. « J’avais prévenu la chaîne qu’elle était compliquée à gérer », souffle au Parisien une vieille connaissance avec qui la chanteuse aurait collaboré par le passé. Des messages sur les réseaux sociaux, dans lesquels elle critiquait la propreté de sa chambre d’hôtel quelques heures avant sa supposée venue sur scène, ajoutent de l’huile sur le feu. Bad buzz.

Aucun changement de candidat n’est prévu. La délégation française défend sa protégée. La Zarra, elle, prend la parole dans une vidéo pour rassurer le public. « C’est la dernière ligne droite, je suis plus que jamais déterminée à porter avec fierté et amour les couleurs de la France », assure-t-elle. Avant d’ajouter : « Même si on ne peut pas faire l’unanimité, vous avez été si nombreux à me dire que vous croyez, en ma chanson, en votre chanson. Et c’est tout ce dont j’ai besoin. »

La reprise en main

C’est décidé, on ne l’y reprendra plus. À son arrivée à Liverpool, La Zarra se coupe des réseaux sociaux et se concentre sur les répétitions. Elle est aperçue à la rencontre de ses fans, dans la rue répétant une chorégraphie tout sourire avec la représentante d’Israël, Noa Kirel, ou en train de poser avec le candidat de l’Italie, Marco Mengoni. Elle balaie les accusations de diva d’un revers de main.

Fini les doutes, place au show. Les images de sa première répétition sont prometteuses. Une seconde, cette fois en public, cloue le bec à ses détracteurs. La mécanique du spectacle impressionne. La tenue brodée de 6 000 cristaux de la chanteuse, qui a nécessité « des centaines d’heures de travail », aussi. Les bookmakers la font grimper sur le podium des favoris.

De quoi briguer la première place, ce samedi ? D’après l’ancien directeur des programmes de France 2 Yves Bigot, c’est ce qu’espèrent France Télévisions et Delphine Ernotte, contrairement aux années du concours sous sa tutelle. Auquel cas, il reviendrait ainsi, comme le veut le protocole, à la France d’organiser l’édition suivante. La coupe, bientôt de retour à la maison ? Les planètes semblent alignées.

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