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Euro – Analyse : Contre la France, l’Espagne impose sa loi du milieu

L’Espagne a battu la France 2-0 mais a fait joujou avec elle lors d’un quart de finale pour le moins fermé, pauvre en occasions et qui s’est essentiellement déroulé au milieu du terrain. Mais comment font donc les champions du monde pour dominer aussi facilement leur adversaire?



Quand j’étais enfant, un des nombreux jeux auxquels on s’amusait avec un ballon de football s’appelait le « milieu ». Le principe était simple : les participants se plaçaient en cercle et se passaient le ballon. Un pauvre type était au milieu (d’où le nom) et devait le toucher. S’il y parvenait, le dernier à avoir été en contact avec le ballon avant lui prenait sa place au milieu.

Espagne - France, ça a un peu ressemblé à ça. Pas complètement, parce que là, au lieu d’avoir un cercle plein de monde contre un gars isolé, on avait onze Espagnols contre onze Français, qui semblaient être au milieu et ont couru derrière un ballon insaisissable pendant presque 90 minutes.

Le niveau de l’Espagne était largement supérieur à celui de la France, qui a de bons joueurs, certes, mais dont l’ensemble n’est pas encore au sommet, que ce soit question qualité ou expérience. Les champions du monde en titre ont dès lors pu se contenter de contrôler le ballon et de le faire circuler pour ne pas être mis en danger. Il faut dire qu’ils semblent avoir des yeux derrière la tête et savent en permanence trouver un partenaire, jamais loin mais toujours démarqué. C’est leur style : développer leur jeu dans de petits espaces.

Bien entendu, il leur arrivait de perdre le ballon. Mais dès cet instant, comme ils jouent dans de petits espaces et que leur adversaire a toujours la peur au ventre et se sert de tous ses hommes pour défendre, tous les Français avaient un Espagnol dans leurs parages. Immédiatement, ils subissaient une forte pression et soit passaient en retrait jusqu’à Lloris qui dégageait au loin, sans succès, soit commettaient une erreur. Le résultat était toujours le même : le ballon retournait dans les pieds des Espagnols, qui recommençaient leur manège.

À certains moments de la rencontre, la France a quand même pu s’approcher du but de Casillas et se créer des demi-occasions. C’était parce que les Espagnols exerçaient moins bien leur pression défensive ou péchaient par excès de facilité. Mais pour les mettre en danger, il aurait fallu oser davantage.

Le milieu, c’est aussi le secteur de jeu surpeuplé par les vainqueurs de l’Euro 2008. À un point tel qu’ils n’alignent pas d’attaquant. Alors, bien sûr, ça les prive d’une solution devant. Mais ça a complètement déboussolé la défense française. Les deux arrières centraux n’avaient souvent personne dans leurs parages. Ce qui veut dire, c’est la logique des chiffres, qu’à d’autres endroits, les Espagnols étaient en supériorité numérique. Ils faisaient circuler le ballon en attendant qu’un défenseur français s’impatiente, sorte de sa zone pour prêter main forte à un coéquipier et laisse un espace dans lequel s’engouffrer.

Le milieu, c’est également le secteur du terrain dans lequel les deux équipes se sont retrouvées presque tout au long des 90 minutes. Le jeu de ce troisième quart de finale était on ne peut plus fermé et il y avait parfois 15 mètres entre les lignes les plus reculées des deux équipes, ce qui ne laissait aucun espace de manœuvre. D’autant que quand une des deux équipes attaquait, l’autre se recroquevillait massivement en défense.

Le milieu, enfin, c’est le secteur de jeu du double buteur du jour, Xabi Alonso, qui a fêté de très belle manière sa centième sélection sous le maillot de la Roja. En inscrivant le penalty en fin de rencontre, il n’a fait qu’écourter un semblant de suspense. Sur le premier but, le rôle crucial a été tenu par Debuchy. Souvent isolé sur son flanc droit, il a pendant tout son temps passé sur le terrain hésité entre attaquer et défendre. Il s’est emmêlé les pinceaux devant Jordi Alba, souvent au sens figuré, mais au sens propre lorsque l’Espagnol a débordé et que le Français est tombé. Il ne restait alors à Jordi Alba qu’à centrer pour la tête de Xabi Alonso, complètement oublié, dont la reprise croisée était imparable pour Lloris.

Une des choses que je détestais dans ma jeunesse quand on jouait au « milieu », c’est que je trouvais que ça n’avait rien à voir avec le football, dont l’objectif est de marquer des buts. Là, comme il n’y en avait pas, on ne pouvait pas empêcher l’adversaire de s’en approcher. C’est sans doute pourquoi, plus que d’autres, je prends peu de plaisir à regarder l’Espagne jouer, elle qui semble souvent s’atteler à priver l’autre équipe du ballon et non à envoyer celui-ci dans le but, ce qu’elle fait néanmoins assez souvent pour gagner.

Si la France était trop faible lors de ce quart de finale pour lui mettre des bâtons dans les roues, je trouve aussi que l’Espagne ne joue pas encore au rythme qui lui a permis d’être couronnée en 2008 et en 2010. Son adversaire en demi-finale, le Portugal, auteur d’un tournoi de très bonne facture jusqu’à présent, a donc des raisons d’espérer la faire tomber de son piédestal.