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Réforme des retraites : la majorité sous pression surjoue la sérénité

Sous pression, la majorité surjoue la sérénité pour les retraites (photo prise le 31 janvier 2023 à l’Assemblée)
CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP Sous pression, la majorité surjoue la sérénité pour les retraites (photo prise le 31 janvier 2023 à l’Assemblée)

POLITIQUE - Des obstacles en vue pour les Marcheurs… Le gouvernement et sa majorité affichent une forme de sérénité sans faille, teintée de « vigilance », après la deuxième journée de mobilisation syndicale contre la réforme des retraites. Au total, 1,27 million de personnes selon le ministère de l’Intérieur, (plus de 2,5 millions selon les syndicats), ont manifesté partout dans le pays. C’est plus que la première journée du 19 janvier, et que la contestation de 2010.

Un record, donc… Qui ne semble pas affecter la Macronie outre mesure. « La réforme des retraites suscite des interrogations et des doutes. Nous les entendons », a simplement écrit Élisabeth Borne mardi, sur les réseaux sociaux, en réaction aux cortèges garnis. Un discours, qu’elle devrait répéter ce jeudi soir, pour son grand oral sur France 2 dans l’émission L’Événement. Dans son sillage, les ministres en première ligne ont, eux aussi, pris acte de cette mobilisation « très importante », selon les mots d’Olivier Dussopt.

Un ton plus conciliant que celui des jours précédents où la réforme était « indispensable » et l’âge légal « non négociable » ? Macron, Borne et leurs ministres cherchent leurs mots… Car, plusieurs signaux, internes, ou non, laissent à penser que la sérénité n’est pas aussi franche que cela.

« Rien de neuf sous le soleil »

Depuis le Sénat, où le texte doit arriver à la mi-février, François Patriat fait partie des plus confiants, ou des plus déterminés. « Il n’y a rien de neuf sous le soleil », nous explique le chef de sénateurs macronistes, mardi soir, après la journée de mobilisation syndicale, « les manifs, ce sont les mêmes que l’on connaît à chaque réforme des retraites, les mêmes qui n’ont pas empêché les lois de passer. »

L’élu de la Haute assemblée, marcheur de la première heure, estime même que le temps de la « pédagogie » est désormais passé, « à partir du moment où les gens ne veulent pas saluer les avancées », et qu’il faudrait plutôt accélérer le mouvement pour ne pas laisser le moindre doute s’installer sur le devenir du projet. « J’aurais préféré une loi votée à Noël, au jour de l’an, même si on se fait taper dessus sur la méthode. Plutôt qu’une réforme comme elle se passe aujourd’hui avec des grèves et des semaines de mobilisations », précise-t-il au HuffPost, quitte à entretenir un discours qui tranche quelque peu avec l’écoute promise par le gouvernement.

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Plus prudente que son collègue du Sénat, la députée Renaissance Prisca Thévenot « salue » la mobilisation sociale dans la rue comme un « exercice démocratique » presque incontournable. « À nous de faire en sorte que les revendications soient audibles et trouvent écho à l’Assemblée », nous dit la porte-parole de Renaissance, soucieuse de « tout entendre. » Et force est de constater qu’il y a du travail… Comme le reconnaissent certains élus, sous couvert d’anonymat.

« En circo, c’est compliqué », lâche du bout des lèvres un député de la majorité qui a émis des doutes, en interne, sur son vote final. « J’ai organisé une réunion le week-end dernier, et je n’ai rien entendu de positif », nous raconte-t-il, sans vouloir s’étendre sur les dissensions de fond avec ses collègues, « et on ne parle pas de gilets jaunes énervés. » Comprendre : La réforme est susceptible de braquer des électeurs modérés, mêmes favorables au président de la République.

Des frondeurs, quels frondeurs ?

Une sorte d’avertissement qui fait écho à la prudence de ce ministre, pas dans une « sérénité totale » face à la rue. « Bien malin qui peut prédire » les suites de la contestation sociale, souffle ce responsable, en pointe sur la réforme.

En résumé, une quinzaine d’élus de la majorité est plus encline que les autres à relayer (ou s’inquiéter, c’est selon) des remontées du terrain. Du MoDem à Renaissance en passant par Horizons, ce quarteron de députés tord le nez pour voter le texte à l’heure actuelle. Des frondeurs en puissance, à l’image de l’ancienne ministre Barbara Pompili, dont il ne faut pas dire le nom en Macronie. « Quand on les écoute, ils ne disent pas qu’ils ne vont pas voter, ils ont des questions, ils ont des réserves… C’est sain, car il y a un débat », relativise ainsi un conseiller de l’exécutif, pour qui ces élus « ne sont pas dans l’opposition. » Ça va mieux en le disant.

« Il n’y a de salut que dans le collectif. Les aventures personnelles ne sont pas possibles. »
Un conseiller de l’exécutif

« Ils sont au travail pour améliorer le texte sur certains points, mais ils ne disent pas qu’ils sont contre le programme sur lequel ils ont été élus », renchérit de son côté la porte-parole de Renaissance Prisca Thévenot, dans une formule qui souligne l’incohérence des parlementaires de la majorité qui voteraient contre un projet sur lequel ils se sont engagés. Plus cash, encore, dans cette entreprise de dédramatisation, François Patriat nous dit ne « pas croire aux parlementaires de la majorité qui se payeraient le luxe de voter contre la réforme pour une petite gloire médiatique personnelle. » Pour le Sénateur, « quand on s’oppose comme ça, c’est qu’on a besoin d’exister. » Ambiance.

Souvenez-vous, François Hollande

En réalité, derrière cette sérénité, ou ces élans d’optimisme… Les menaces ne sont jamais guère loin à l’endroit de ceux qui seraient tentés de sortir du rang trop longtemps. Qui plus est en période de majorité relative, où toutes les voix, à la fin, promettent d’être cruciales.

Sylvain Maillard, le numéro 2 du groupe Renaissance à l’Assemblée n’a pas exclu la possibilité de bannir les opposants, s’ils franchissent le Rubicon, dans les colonnes du Parisien. « C’était à prévoir », réplique notre député de la majorité réfractaire à la réforme, quand on l’interroge sur cette sortie, tout en assurant ne pas « se laisser impressionner par la menace du bâton. »

En creux, il est une expérience politique -malheureuse- qui revient beaucoup dans les conversations avec des membres de la majorité : celle du quinquennat de François Hollande, empêché, en grande partie, par des fractures internes.

« L’histoire politique de la dernière décennie montre qu’il n’y a de salut que dans le collectif. Les aventures personnelles ne sont pas possibles… », siffle un conseiller de l’exécutif, en espérant que cette « mémoire politique » ramènera les faux frondeurs à la raison. Et de prévenir : « On peut avoir des inquiétudes, des divergences de vues, mais à la fin, il faut se retrouver. » « J’ai vu les frondeurs dans le précédent quinquennat… Pas un seul en a réchappé », ajoute François Patriat, sénateur PS jusqu’en 2017, en dressant la liste de ses anciens collègues effectivement disparus du champ politique : « Attention, ces petites gloires sont souvent éphémères. » Un message en forme d’avertissement. Pour une sérénité contrariée ?

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