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Irlande - Nouvelle-Zélande: "Zombie", l’autre hymne controversé des supporters irlandais

Les suiveurs de la Coupe du monde de rugby n’ont pas pu passer à côté de cet air. Depuis le début de la compétition, chaque match de l’Irlande, toujours disputé devant des supporters venus en masse, est accompagné par le tube "Zombie" des Cranberries. Une chanson entraînante qui ne fait pas l’unanimité de l’autre côté de la Manche.

Le phénomène se propage sur la scène sportive à partir de 2018. Cette année-là, après le décès de la chanteuse du groupe Dolores O’Riordan, les supporters entonnent le chant lors des matchs de hurling (un sport à crosse joué en Irlande) à Limerick, dans sa région d’origine. Il est ensuite repris petit à petit sur l’île, jusque dans les tribunes du Munster et donc pour les rencontres du XV du Trèfle.

Un attentat à la bombe à l'origine de la chanson

Sorti en 1994, "Zombie" avait été écrit un an plus tôt lorsque le groupe est présent en Angleterre et que l’Armée républicaine irlandaise (IRA) commet un attentat à la bombe à Warrington, tuant deux enfants de 3 et 12 ans et blessant 56 personnes. À ce moment, un conflit est en cours en Irlande du Nord et oppose les républicains, majoritairement catholiques et pour l'indépendance de l'Irlande, aux loyalistes, principalement protestants pour le rattachement de l'Irlande du Nord au Royaume-Uni.

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Dolores O’Riordan semble se vouloir pacifiste dans ses paroles ("Ce n’est pas moi, ce n’est pas ma famille") alors que la chanson fait également référence à la révolte sanglante des nationalistes irlandais contre les Britanniques en 1916 ("c’est la même rangaine depuis 1916"). Mais une connotation antipatriotique ou partitionniste, en raison de la position du groupe contre l'IRA, est aujourd’hui reprochée par certains observateurs, à l’image de l’acteur Tadhg Hickey, et alors que le sujet est toujours sensible dans la région.

Pour le ministre des Affaires étrangères, le tube "mérite d'être chanté"

"Zombie résume l’absence totale de compréhension ou même de compassion élémentaire dans le Sud pour l’expérience vécue par les nationalistes du Nord", écrivait-il sur X après la victoire contre l’Afrique du Sud (13-8). "Pour moi, c’est un hymne irlandais, britannique et mondial apprécié dans le monde entier, et à juste titre, estime plutôt l’ancien international Ian Madigan dans les colonnes du Irish Independant. Malgré sa sonorité agressive, c’est un chant de paix".

De son côté, le ministre des Affaires étrangères d’Irlande, Michael Martin, s’est publiquement exprimé en faveur de la chanson, qui "mérite d’être chantée". "Je pense que c'est une interprétation choquante de la chanson", estime-t-il dans le Newstalk Breakfast, retranscrit par le Irish Mirror, à propos de ceux qui juge les paroles comme partitionnistes.

"Tuer un enfant est un acte répréhensible, poursuit-il. Les bombes posées au milieu des rues et qui ont entraîné la mort d'enfants sont répréhensibles. Une chanson qui reflète cela et une chanson qui capture en quelque sorte, sur le moment, l'horreur d'un jeune auteur-compositeur qui ne la regarde pas depuis un contexte politique autre que l'inhumanité de l'acte, c'est une chanson du temps". Bien que controversé, l'hymne pourrait sourire à la sélection, ce samedi soir face aux All Blacks, et lui permettre de jouer une première demi-finale de Coupe du monde, devant des supporters déchaînés.

Article original publié sur RMC Sport