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"Une honte pour le sport": le nageur ukrainien Mykhailo Romanchuk révolté par la participation des Russes aux JO 2024

La décision du Comité international olympique (CIO) d'autoriser sous conditions les athlètes russes et bélarusses à participer sous un statut neutre aux Jeux olympiques de Paris 2024 a vivement fait réagir les sportifs ukrainiens. À Bucarest (Roumanie), où se déroulent actuellement les championnats d'Europe de natation en petit bassin, Mykhailo Romanchuk "ne comprend pas" le CIO.

"C'est une grande honte pour le sport mondial", estime le double médaillé aux Jeux de Tokyo en 2021 (bronze sur 800m et argent sur 1500m) qui est retourné s'entraîner en Ukraine après avoir trouvé refuge à Magdebourg en Allemagne quand la guerre a éclaté. Marié à la championne d'Europe ukrainienne du triple saut Maryna Beck, il salue la décision de Sebastian Coe - patron de l'athlétisme mondial - de ne pas réintégrer les Russes dans sa discipline. Conscient que "le monde est fatigué de cette guerre", il demande le "soutien de tous". Et considère que les conditions pour attribuer le statut neutre aux athlètes russes "ne sont pas suffisantes". Il espère pouvoir participer aux Jeux de Paris l'été prochain.

Mykhailo, quel est votre sentiment après la décision du CIO d'autoriser les Russes à participer aux Jeux olympiques de Paris?

C'est une grande honte pour le monde du sport. La Russie attaque les villes ukrainiennes, les civils ukrainiens, les athlètes ukrainiens, les installations sportives en Ukraine. Et maintenant ils sont autorisés à participer aux Jeux. Ce n'est pas normal. Plus de 400 sportifs sont morts pendant la guerre. Et maintenant on les réintègre aux JO... Ce n'est pas juste. La Russie ne respecte pas les règles de paix olympique. Ils l'ont fait trois fois, en 2008 en Géorgie, en Ukraine en 2014 et de nouveau dans mon pays en 2022. Donc même si on ne respecte pas ces règles on peut participer aux Jeux. Et c'est la même chose avec le dopage. Maintenant tout le monde peut se doper et être autorisé à participer. Ce n'est pas juste. C'est une grande honte pour le monde du sport.

Les nageurs russes sont autorisés de nouveau à participer aux compétitions internationales et pourraient être aux mondiaux de Doha (Qatar) en février prochain...

C'est la même réponse. Pour moi si vous ne respectez pas la règle, la paix dans le monde, pourquoi êtes-vous autorisés à concourir? C'est une grande, grande honte pour tout le sport.

Est-ce qu'il est possible pour vous de nager contre des nageurs russes?

Je dois faire mon travail. Ce que je sais faire de mieux, c'est nager et représenter l'Ukraine. Parler avec vous et les autres dans des interviews. C'est mon travail. Je remercie les gens qui défendent notre pays. Ils ne défendent pas seulement l'Ukraine, mais ils défendent aussi l'Europe. Moi je dois nager car il n'y a rien d'autre que je puisse faire.

La guerre a débuté il y a pratiquement deux ans, trouvez-vous que l'attention s'est un peu déportée de l'Ukraine?

Oui, le monde est complètement fatigué de la guerre, et pour beaucoup d'Ukrainiens également. Mais la guerre n'est pas terminée. Et je n'arrive pas à entrevoir la fin de cette guerre malheureusement. Donc nous avons besoin d'un soutien plus fort. Je sais que le monde est fatigué, que l'Europe est fatiguée, mais nous avons besoin du soutien de tous les pays. Comme ça nous pouvons être ensemble et nous pouvons défendre le monde d'une guerre mondiale.

"La veille du début de ces championnats d'Europe, un nageur ukrainien né en 2005 est mort dans cette guerre"

Comment se passe votre quotidien ?

Je lis les nouvelles tous les jours sur ce qu'il se passe en Ukraine. Imaginez que la veille du début de ces championnats d'Europe, ici à Bucarest, un nageur ukrainien né en 2005 est mort dans cette guerre. Je ne le connaissais pas personnellement, mais il avait 18 ans. Il avait sa vie devant lui et peut-être qu'il aurait pu dans le futur disputer les Jeux olympiques, peut-être devenir champion olympique. Mais maintenant il n'est plus en vie. Les Russes l'ont tué. Et là nous les autorisons à participer... Comment est-ce possible? Je ne comprends pas.

Que pensez-vous des conditions posées pour le CIO pour participer aux Jeux, concernant par exemple la neutralité ? 

Ce n’est pas suffisant. 90% des athlètes russes sont dans l’armée. C’est la même chose ailleurs: en Ukraine, en France… Beaucoup d’athlètes sont intégrés à l’armée. Comment être neutre dans ces conditions? Si vous ne soutenez pas l’armée, vous devez le dire haut et fort. On ne peut pas souscrire à cette condition.

Serez-vous aux Jeux à Paris l'été prochain?

Je l'espère mais ce n'est pas ma décision. C'est celle de notre gouvernement, de notre pays, de notre comité olympique. Mais je l'espère parce que les athlètes doivent faire leur boulot, ce qu'ils savent faire: sauter, nager, courir, boxer. Qu'ils représentent l'Ukraine.

La Fédération internationale d’athlétisme a décidé de son côté de ne pas autoriser ce retour des Russes.

Je connais personnellement Sebastien Coe (le président de World Athletics, NDLR), c'est une personne courageuse. Je respecte sa décision de ne pas autoriser les Russes à concourir tant que la guerre n’est pas finie. J'aime cette décision et mon opinion, c’est que tout le monde devrait faire la même chose.

Quelle sera votre décision à l’avenir?

Mon boulot, c’est de nager. Nous verrons ce que nous pourrons faire par la suite. En Ukraine, des artistes font des vidéos mais ça reste des vidéos. Les choses ne pourront vraiment évoluer qu’avec des décisions politiques. Nous pourrions faire quelque chose de spécial pour montrer que nous ne sommes pas d’accord avec ces décisions. Mais ça reste des vidéos et c’est juste notre opinion.

Où est-ce que vous vous entraînez aujourd'hui? 

Je suis de retour en Ukraine. J'étais en Allemagne à Magdebourg, mais je suis de retour en Ukraine parce que j'ai décidé que je voulais aider l'Ukraine et l'équipe d'Ukraine à se relever. Parce que l'Ukraine a besoin des jeunes pour se relever. Pour tout reconstruire. C'est pour ça que je suis de retour, je suis dans l'ouest du pays. Mais presque toutes les piscines sont complètement détruites. Parfois on nage dans un bassin de 50m, mais pendant les alertes aériennes ce n'est pas autorisé donc nous devons sortir de l'eau.

Article original publié sur RMC Sport