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Guerre en Ukraine : cibler les diamants de Russie, une mission impossible pour l’UE ?

Un responsable d’Alrosa montrant un diamant de 50 carats,  à Moscou en juillet 2019
Un responsable d’Alrosa montrant un diamant de 50 carats, à Moscou en juillet 2019

ÉCONOMIE - Les Occidentaux s’activent sur plusieurs fronts en cette deuxième partie du mois de mai pour infliger de nouvelles sanctions économiques à la Russie et viser notamment ses diamants puisqu’elle en abrite la plus grosse réserve au monde. Un secteur qui pesait en 2021 pour plus de 5 milliards d’euros dans l’économie, grâce à la société Alrosa, en partie détenue par le Kremlin et, par ailleurs, la plus grosse compagnie minière du monde.

Alors que Londres a annoncé de nouvelles sanctions ciblant les importations d’aluminium, de diamants, de cuivre et de nickel, l’UE entend bien apporter sa pierre à l’édifice, notamment dans le contexte du G7 réunit au Japon. Le président du Conseil européen Charles Michel, présent à Hiroshima, a assuré ce vendredi 19 mai que l’UE allait « limiter le commerce des diamants russes ». « Les diamants russes ne sont pas éternels », a-t-il même ironisé devant la presse, sans en dire beaucoup plus.

De l’humour qui dissimule mal ce qui a tout d’un serpent de mer à Bruxelles, que ce soit à la Commission européenne ou au sein du gouvernement fédéral Belge. Si les États-Unis ont bien pris des sanctions contre Alrosa et son PDG, les diamants russes ont échappé jusqu’à maintenant à une quelconque réprimande sur le vieux continent : la faute - en partie - aux réticences de nos voisins d’outre-Quiévrain.

La Belgique lâche les freins

Avec 1 600 entreprises, et 38 milliards d’euros générés chaque année, la ville d’Anvers en Flandres est en effet la capitale européenne des diamants, qui se dispute même le titre mondial avec Dubaï. Comme le rappelait la députée sociale-démocrate belge, Vicky Reynaert, sur tous les diamants du monde, ce sont 85 % des diamants bruts, la moitié des diamants polis, et 40 % des diamants industriels, qui passent par Anvers.

L’élue et ses collègues du parlement fédéral belge ont voté fin avril, une résolution visant à interdire entre autres l’importation de diamants russe. Un changement de pied notable. Comme le pointait auprès de nos confrères de NPR, Hans Merket chercheur spécialiste des liens entre les ressources naturelles et les conflits, la Belgique serait le seul pays européen à ressentir des sanctions si l’UE allait dans ce sens.

Contacté par Le HuffPost, il estime que Bruxelles n’a désormais pas vraiment d’autre choix que de faire évoluer sa position. « Au début la Belgique ne voulait pas sanctionner car il n’y avait pas de coordination internationale, et parce que la compétition avec Dubaï son principal challenger lui faisait peur. Il y avait la peur que sans coordination, le marché se déplace dans des marchés parallèles et quitte Anvers. Or, ils ont réalisé que les sanctions Américaines avaient produit des effets similaires. Résultat, la Belgique se retrouve avec des parts de marché filantes et de la mauvaise presse parce qu’elle bloque les sanctions », détaille Hans Merket.

Des sanctions assez efficaces ?

Reste à savoir de quelles sanctions il est question. Si deux officiels du G7 ont évoqué des enjeux de traçabilité auprès de Reuters, « le diable est dans les détails quand il s’agit de pierres précieuses. L’idée de la traçabilité c’est bien en principe, mais aujourd’hui ça n’existe pas », rappelle Hans Merket au HuffPost.

Après le début de la guerre en Ukraine, le marché du diamant a connu des ralentissements. Les exportations depuis l’Inde où étaient taillés et polis 95 % des diamants russes, se sont effondrées, les entreprises américaines et européennes refusant d’acheter des diamants provenant de Russie. Tout du moins sur le papier. « Des entreprises américaines comme Tiffany demandent des certificats, des preuves papiers, que les diamants reçus ne proviennent pas de Russie, mais cela ne peut pas être fiable à 100 % », rappelle le spécialiste.

Les diamants qui ont été « beaucoup modifiés » ayant été exclus des sanctions de Washington, des diamants venant de Russie et travaillés en Inde se retrouvent par exemple certifiés « made in India » sur le marché américain.

L’Inde attendue

« Aujourd’hui la technologie existe pour tracer des diamants polis, mais elle n’est pas adaptée à la taille du secteur. Si on lui donne quelques mois pour se réorganiser, on pourra resserrer le filet. On ne pourra pas avoir de garantie sur les petits diamants, mais on peut commencer par mieux tracer les plus gros, ceux à partir de 1 carat par exemple », détaille Hans Merket qui reste optimiste sur des sanctions européennes contre les diamants russes, mais dans un 12e paquet.

Charles Michel, qui s’est « refusé à parler à la place de la Belgique », s’est cependant dit aussi confiant sur le fait que la Belgique approuverait finalement des sanctions similaires.

Quant à l’Inde, qui n’a jamais condamné l’invasion russe, elle n’aura d’autre choix, juge le spécialiste, que de suivre la cadence du G7, qui représente 70 % du marché des diamants sur-mesure. Très sollicité par les grandes puissances qui le voient comme un allié face à la puissance chinoise, nul doute que Narendra Modi, attendu ce vendredi à Hiroshima, saura jouer de toutes ses facettes et apparaître comme la perle rare.

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