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FFR: "Mon souhait? Qu’on reporte ces élections", l’appel de Jean-Claude Skrela qui craint que les Bleus ne soient impactés avant le Mondial

FFR: "Mon souhait? Qu’on reporte ces élections", l’appel de Jean-Claude Skrela qui craint que les Bleus ne soient impactés avant le Mondial

Vous présentez votre candidature au comité directeur de votre côté, en compagnie de Serge Blanco notamment, mais pas avec le groupe "Ovale Ensemble", à qui vous n’êtes plus affiliés. Quelles sont les raisons de cette séparation?

Il y a deux ou trois raisons importantes. On ne partageait plus les mêmes idées sur notre fonctionnement, sur des idées, comme celle par exemple de démissionner du comité directeur. Nous portions surtout l’intérêt sur la Coupe du monde, ce qui n’était pas le cas de tout Ovale Ensemble, qui se bat toujours pour l’élection. Je pense qu’on aurait pu faire momentanément l’impasse sur l’élection et la faire après la Coupe du monde. Il y a des tas de gens qui sont rentrés à Ovale Ensemble et avec qui on n’a pas le même discours, les mêmes idées et le même fonctionnement. C’est ce qui fait qu’on a quitté le groupe. On est parti car on ne partage plus le même projet.

Vous parlez d’impasse mais n’était-il pas difficile d’envisager ces élections après la Coupe du monde?

Il y a un président en place (Alexandre Martinez, ndlr). Il fallait juste trouver un terrain d’entente, mais il ne s’est pas trouvé. Florian Grill n’a pas accepté le deal de reporter les élections. Il veut "matcher" de suite pour être président de la Fédération. Ça me paraît évident. Mais je pense que ce n’était pas le moment. Dans des comités directeurs, je me suis exprimé là-dessus: l’équipe de France est belle et c’est la première fois qu’elle est en situation d’être favorite d’une Coupe du monde. Et que fait-on, tous ensemble, pour valoriser ça? On va faire quelque chose quand la compétition sera commencée? Une Coupe du monde se prépare pendant les quatre années qui la précèdent, sur tout le territoire. Je sais que c’est important d’avoir le pouvoir, mais à un moment, les gens en place ont fait deux mandats, on aurait pu attendre que la Coupe du monde soit passée.

Dans ce sens, pourquoi se présenter alors?

Tout simplement pour retrouver la place que m’avait confié les électeurs à l’époque, pour porter leur voix. Je veux continuer ça jusqu’au bout. Je n’ai pas d’ambition personnelle. J’ai été assouvi dans le rugby. J’ai perdu, j’ai gagné, j’ai fait le tour. Mais j’ai envie de rendre ce qu’on m’a donné.

N’avez-vous pas peur de diviser l’opposition?

Non, je n’ai peur de rien. Ce que je porte aujourd’hui, avec Serge (Blanco), Jean-Benoît (Portier) et d’autres garçons, c’est que je crois qu’on ne pourra plus imposer un projet aux clubs. Ces clubs doivent être acteurs du projet. Et on ne pas faire le même projet dans tous les territoires et dans toutes les strates du rugby français. La Fédérale 1 n’est pas les Séries. L’Aquitaine n’est pas la Normandie. Il faut le prendre en compte. Présidents et entraîneurs doivent être acteurs de ce projet. C’est un peu comme le régime des retraites. On impose aux gens et il faut qu’ils fassent. Dans le rugby, tout le monde est mature pour échanger.

Avez-vous gardé le contact avec Florian Grill?

Il y a eu un contact il y a quinze jours. On est resté sur nos positions. Je ne vis pas le rugby de la même façon. J’ai été DTN pendant de longues années, j’ai entraîné longtemps, je parle beaucoup plus du jeu que de la politique du jeu. Ce qui m’intéresse c’est ce que l’on va mettre en œuvre. Alors oui, il faut un comité directeur pour ça. Mais on aurait pu attendre un peu.

Quels échos avez-vous des clubs sur le terrain?

Je ne sais pas pour qui ils vont voter. J’ai longuement discuté avec des présidents de petits clubs aux obsèques de Bernard Lapasset. Ils en ont tous marre. Ils nous reprochent de parler beaucoup de ces élections et pas assez de la Coupe du monde. Dès que vous évoquez cette compétition, leurs yeux s’écarquillent, comme des enfants. Donc soyons vigilants par rapport à ça, car pour tous les motiver, les fédérer, pour qu’ils viennent voter, j’ai un doute.

"On ne peut pas gouverner sans majorité"

Il y a les élections partielles du comité directeur (du 24 au 26 mai), puis un second scrutin pour élire le président de la Fédération Française de rugby, issu de ce comité-là (du 12 au 14 juin). Si vous étiez élus avec vos colistiers, serez-vous candidat à la présidence ?

On verra… mais je pense que oui. Pourquoi pas, si on est élus? Si les clubs sont d’accord avec le fait qu’ils soient acteurs comme je l’ai expliqué et qu’ils nous portent leur voix, on sera bien obligé. Aujourd’hui, on peut faire des choses en visio pour que les clubs se parlent. Et moi je vais aller plus loin, je souhaiterai qu’il y ait un président par niveau au comité directeur pour qu’il représente ce niveau. Un président pour la Fédérale 1, la Fédérale 2 et ainsi de suite. Qu’ils soient ainsi les acteurs de ce projet-là.

Peut-on gouverner sans majorité au comité directeur?

Non. On ne peut pas. Donc les élections qui seront très importantes, ce sont celles de 2024. Il faudra voter pour une liste qui sera celle d’un président. Là, quoi qu’il arrive pour le moment, l’équipe "Laporte" aura le pouvoir, comme ils l’ont actuellement.

A l’aide de tractations, le scrutin ne peut-il pas "basculer" en faveur de l’opposition?

Je pense qu’il y en a déjà eu des tractations. Je ne les vois pas changer de camp. Car ils veulent être acteurs de cette Coupe du monde. Ils ont été élus, ils ont eu cette Coupe du monde et maintenant, ils veulent la jouer. Je ne dis pas assister à la Coupe du monde, ce comité directeur veut la jouer. Etre acteur pendant, en tant que dirigeant de la FFR.

Quel est l’enjeu alors de ces élections?

Tout va rester comme maintenant. Quoi qu’il en soit, on sera en cohabitation. Et on gèrera les affaires courantes comme je l’ai dit. C’est 2024 qui remettra les pendules à l’heure.

"Aujourd’hui, la France du rugby n’est pas unie"

Vos dires ne donnent pas trop d’importance à ce proche moment démocratique…

Moi, ce que je veux souhaiter avant tout, c’est que l’équipe de France ne soit pas trop impactée. Que tout le monde fasse corps, s’engage derrière elle. Moi je rêve qu’elle soit championne du monde. C’est aux éducateurs qui ont formé ces joueurs internationaux qu’il faut penser. Celui qui a formé Dupont, quelle serait sa plus belle récompense, si ce n’est pas d’être champion du monde? Et moi c’est ça qui me désole un peu quelque part, du comportement qu’on a aujourd’hui. On aurait dû faire abstraction de tout et ne penser qu’à eux. On veut des bénévoles, mais qu’est-ce qu’on fait pour eux? Eux méritent. Ils sont sur le terrain, qu’il fasse froid, chaud, qu’il vente. Alors pour eux, on doit mettre un mouchoir sur tout ça et se ranger derrière l’équipe de France pour qu’elle gagne.

Un acte politique?

Oui… mais je pense que ça va être trop tard parce que c’est en route. Mais moi je dis aujourd’hui: si on peut, arrêtons tout et mettons-nous derrière l’équipe de France! Et ça fait longtemps que je le dis! Réfléchissons, regardons devant nous. Quand on sait que l’équipe de France va avoir un premier match très difficile, je leur souhaite vraiment de le gagner. Moi, en 1999, j’ai attaqué une Coupe du monde en ayant pris 50 points en Nouvelle-Zélande, je sais l’incertitude qui pèse autour d’un groupe. Et si je dis qu’il faut être derrière, je ne le dis pas parce que cela me fait plaisir, je le dis parce que je l’ai vécu. Et si je n’avais pas eu le président qui est décédé récemment (Bernard Lapasset), en soutien pour nous défendre et nous mettre tout le monde à dix mètres, nous n’aurions pas été finalistes de la Coupe du monde. Et aujourd’hui, quelque part je me dis: s’il se passe quelque chose, ça peut mettre le grain de sable qui va impacter le groupe France. C’est quelque chose qui me fait peur aujourd’hui, je le dis. Je le dis gravement même (il marque une pause). C’est quelque chose qui m’agace (les larmes aux yeux). Aujourd’hui, la France du rugby n’est pas unie. Et indirectement, ça impacte.

Quel message au final voulez-vous passer?

On parle beaucoup d’apaiser le rugby. Mais avec ce que je viens de dire, nous voulons aller dans ce sens. J’aimerais que tous les gens qui aiment le rugby soient dans le même état d’esprit que moi. J’en parle facilement car je l’ai vécu. Je sais qu’il ne faut pas grand-chose pour tout dérégler. Je ne pense pas qu’à la lecture de ces lignes, les gens vont dire "on reporte les élections". Mais ce serait mon souhait. On arrête tout, on pense à la Coupe du monde. On remet ces élections. Qu’est-ce qu’on va gagner de plus de l’avoir là ou en novembre? Qu’est-ce qu’il y aura de différent en six mois de cohabitation? L’équipe de France a priorité sur tout. Rangeons-nous tous derrière elle.

Article original publié sur RMC Sport